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Cet article est issu du dossier «RDC : grandeur nature»

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Energie

RDC : des centrales qui rassemblent les énergies

Installation de panneaux photovoltaïques à Manono, dans le Tanganyika, pour le compte de Congo Energy (Groupe Forrest). © Enerdeal

Du barrage de Sanga, à l’ouest, au parc solaire de Manono, à l’est, les opérateurs privés participent à la modernisation des infrastructures de production et de transport d’électricité. Une contribution indispensable et salvatrice pour la RDC.

En dépit d’une puissance installée de 2 500 mégawatts (MW) et d’un potentiel évalué à 100 000 MW, la RD Congo ne dispose dans la pratique que de 1 000 MW d’électricité. Une offre qui, bien qu’en nette amélioration grâce aux initiatives engagées récemment, reste encore très en deçà des besoins du pays, estimés à 1 600 MW, au minimum.

Une carence imputable à une maintenance insuffisante des installations existantes, ainsi qu’au manque d’investissements, tant pour rénover les centrales et les lignes de transport d’électricité que pour en construire de nouvelles.

Partenariats public-privé

Ces dernières années, des montages ont été mis en place, dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), pour commencer à pallier ce déficit. Les financements émanant du privé sont apportés par des compagnies minières étrangères, lesquelles veulent éviter que les activités d’exploitation de leurs filiales dans le pays ne soient freinées par le manque d’électricité.

« Elles peuvent emprunter, parce qu’elles ont les reins assez solides pour boucler le montage financier et rassurer les banques », explique un opérateur minier.

Le secteur public est, quant à lui, représenté par la Société nationale d’électricité (Snel) et par les compagnies minières nationales propriétaires des ouvrages électriques. Ce sont des sociétés commerciales, mais, leur capital étant détenu par l’État, elles doivent se soumettre aux règles de ce dernier, notamment en matière de marchés publics.

Congo Energy a préfinancé et construit la centrale solaire de Manono, dans le Tanganyika (1 MW), mise en service en mars

Ces entreprises sont bénéficiaires des prêts, dont les taux d’intérêt sont assez bas, et les remboursements se font sur la base de leur consommation d’électricité (c’est-à-dire du montant de leurs factures) : une partie sert à rembourser la dette, une autre revient à la Snel, et une troisième est destinée à la maintenance.

D’autres sociétés sont associées à ces montages. C’est le cas de Congo Energy, entreprise du pôle électricité du Groupe Forrest, qui intervient soit comme directeur de projet (gestion des flux financiers, validation technique des travaux, études de faisabilité), soit comme contractant (préfinancement et réalisation des travaux).

Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Ainsi, en partenariat avec la Snel, Congo Energy a préfinancé et construit la centrale solaire de Manono, dans le Tanganyika (1 MW), mise en service en mars, et a également réalisé les réseaux de moyenne et basse tension, les cabines de distribution, les raccordements des abonnés et les éclairages publics de cette ville de 20 000 habitants.

En tant que directeur de projet, elle a effectué les études de faisabilité du complexe hydroélectrique de Nzilo-2, dans le Haut-Katanga. La division énergie de Forrest, via NSM Hydro, dont elle est l’actionnaire majoritaire, rénove par ailleurs la centrale de Sanga, dans le Kongo-Central. Dans une deuxième phase, la société souhaiterait assurer la maintenance de l’ouvrage.

Projets

Une quinzaine d’autres projets en PPP ont été menés à bien ou sont en cours. L’un des plus anciens – l’accord entre la Snel et Tenke Fungurume Mining (TFM) a été conclu en 2006 – porte sur la réhabilitation-modernisation de la centrale hydroélectrique de Nseke (230 MW, achevée en 2016), dans le Lualaba, pour un coût estimé à 200 millions de dollars.

La mise à niveau, en cours, des centrales de Mwadingusha, Koni et Nzilo-1 est réalisée dans le cadre d’un PPP entre la Snel et le canadien Invanhoe Mines. Celle de la centrale de Nzoro-1, ainsi que la construction de Nzoro-2 et d’Azambi, fait intervenir Kibali Goldmines (KGM), un partenariat entre les sud-africains Randgold et AngloGold et la Société minière de Kilo-Moto (Sokimo).


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Quant au projet Fript – pour « Fiabilisation, réhabilitation et renforcement des infrastructures Snel de production [Nzilo et Inga-2] et de transport » –, il associe la Snel au suisse Glencore et aux belges Congo Energy (directeur de projet) et Tractebel. Ce PPP a déjà permis de réparer deux groupes d’Inga-2 et de doubler la capacité de la ligne (de 1 700 km) entre Inga (Kongo-Central) et Kolwezi (Lualaba), pour la porter à une puissance de 1 000 MW. C’est l’une des réalisations emblématiques de ce type de projet.

Le minier est le premier bénéficiaire

Le schéma est quelque peu différent en ce qui concerne le complexe hydroélectrique de Busanga (240 MW), à 60 km de Kolwezi, dont la construction a été lancée mi-2016 pour un coût estimé à 660 millions de dollars. Ce projet s’inscrit dans le cadre du partenariat sino-congolais « minerais et infrastructures », signé en 2008 entre un groupement d’entreprises chinoises et le gouvernement congolais.

Son exploitation a été concédée à la Sino-congolaise hydroélectrique (Sicohydro), une coentreprise entre la Sino-congolaise des mines (Sicomines), la Snel et la Gecamines.

Dans tous les cas, le minier est le premier bénéficiaire de l’électricité produite, mais d’autres clients peuvent aussi en profiter. Ainsi, les filiales locales de Glencore ne consommant pas toute l’électricité transportée par la ligne Inga-Kolwezi, la Snel peut en distribuer à d’autres clients.

Par ailleurs, de nouvelles formules peuvent être développées, comme la possibilité pour un acteur privé d’exécuter un ouvrage et d’en être propriétaire, dans le cadre de l’ouverture du marché de l’électricité. À condition d’adopter les textes d’application de la loi de 2014, d’en revoir certains articles et d’en finir avec les « prix administrés », qui ne reflètent pas les coûts de construction et de production.

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