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Cet article est issu du dossier «RDC : grandeur nature»

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Économie

[Analyse] RDC : une fragile reprise économique

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

La mine de cuivre Frontier à Sakania, au Katanga (RDC). © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique.

Si l’économie congolaise se porte mieux, beaucoup reste encore à faire. Le pays fait notamment toujours partie des mauvais élèves quant au climat des affaires.

L’économie se porte mieux. La chute des prix des matières premières avait provoqué, en 2015, un fort recul de la croissance. Leur remontée corrige peu à peu cet effet négatif : le produit intérieur brut a progressé de 2,4 % en 2016, de 3,7 % en 2017, et pourrait accélérer à 3,8 % en 2019, selon la Banque mondiale.

Il est vrai que le cours du cobalt a bondi l’an dernier de 127 % ; celui du coltan, de 59 % ; et celui du cuivre, de 13 %. Ce regain a permis de stopper la dégringolade. « Le gouvernement a fait d’énormes efforts budgétaires, rappelle Bob David Nzoimbengene, associé en charge du bureau de Deloitte en RDC.

Beaucoup reste à faire

Certes, l’inflation a dépassé les 45 % en 2017, mais la dépréciation continue du franc congolais par rapport au dollar s’est arrêtée, l’exécution du budget en devises de l’exercice en cours se solde par un excédent à la fin juin, augmentant ainsi les réserves à environ cinq semaines d’importations des biens et services. »

Une société établie dans l’ensemble de la RD Congo subit chaque année en moyenne 250 contrôles de tous types

De là à prétendre, comme le gouvernement, que les acteurs économiques sont redevenus confiants, il y a un pas qu’il serait hasardeux de franchir dans ce pays aussi vaste que chaotique en matière de gouvernance publique ou privée. « Il y a eu des améliorations, reconnaît Bob David Nzoimbengene. On peut créer une entreprise en trois jours. Un ordre des experts-comptables a été créé et mis en place, ce qui devrait redonner confiance, notamment dans le secteur bancaire. Mais il reste beaucoup à faire. »

FMI, Banque centrale du Congo, mai 2018.

Parmi les mauvais élèves ?

Le pays fait toujours partie des mauvais élèves pour son climat des affaires. L’administration ne facilite pas le travail des entreprises. « Une société établie dans l’ensemble de la RD Congo subit chaque année en moyenne 250 contrôles de tous types », résume le responsable de Deloitte.

Côté privé, c’est également loin d’être parfait : « Les entreprises devraient adopter une politique de transparence en publiant régulièrement leurs informations financières complètes pour rassurer les différents partenaires, ainsi que d’autres investisseurs potentiels. » Ce qui ne rassure pas ces derniers, c’est la hausse décidée par le gouvernement des redevances minières, qui devraient quintupler pour les « minerais stratégiques ».

Selon une note de RDC Capital, le numéro un mondial du cobalt, Glencore, y perdrait 325 millions de dollars par an. Le coup n’est pas mortel, et le gouvernement est fondé à mieux faire contribuer des multinationales ultra-bénéficiaires à un budget qui peine à financer les énormes besoins du pays. Ce budget, destiné à 80 millions de Congolais, est comparable à celui de la Ville de Paris !

De quoi faire peur aux plus audacieux

Ce qui est inquiétant, c’est le yoyo pratiqué par le gouvernement : quand les prix des minerais s’effondrent, il déroule le tapis rouge aux investisseurs ; quand ils remontent, il les matraque avec de nouvelles taxes. Quand on sait que la rentabilité d’un investissement minier se calcule sur vingt ou trente ans, il y a de quoi faire peur aux plus audacieux.


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De plus, ce renfort financier semble surtout destiné, à très court terme, à permettre au gouvernement de se passer de l’aide – et donc du contrôle – de l’étranger pour financer les élections de décembre, d’un coût estimé à 1,3 milliard de dollars.

Comme le conclut Bob David Nzoimbengene, « la situation politique impacte négativement la situation économique en RD Congo », tant il est vrai qu’il est difficile de faire des projets à long terme dans un pays à la merci de la politique et des cours des matières premières… qui financent celle-ci.

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