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Agroalimentaire

RDC : Miluna, l’art de cultiver les palmiers

Palmeraie en Côte d'Ivoire (photo d'illustration). © Camille Millerand pour JA

Dix ans après avoir racheté une concession d’Unilever dans le nord-ouest du pays et investi dans de nouvelles plantations, la société congolaise voit décoller sa production d’huile brute.

C’est au cœur de la très agricole province du Sud-Ubangi, dans l’extrême nord-ouest du pays, qu’est située la concession rachetée en 2007 à Plantations et huileries du Congo (PHC, filiale d’Unilever) par Miluna. En dix ans, sous la houlette de son associé gérant Jean-Claude Hoolans, entrepreneur né à Kisangani, la société a diversifié les plantations et productions, auparavant limitées à l’hévéa et au caoutchouc. La concession s’étend sur 25 000 hectares (ha), dont une vaste superficie de forêt primaire (8 000 ha).

Dans les zones de jachère, elle accueille des plantations d’hévéas (4 800 ha), de cacaoyers (500 ha), de caféiers robusta (40 ha) et de palmiers à huile (1 600 ha, dont 900 ha en production), sur lesquelles Miluna emploie environ 1 500 personnes, dont 500 travailleurs temporaires.

Deux unités d’extraction d’huile

Entre les réhabilitations, les superficies nouvellement plantées, la construction de bâtiments et des usines, l’ouverture de routes et l’acquisition de matériel, la société a réalisé un investissement total de 25 millions de dollars (22 millions d’euros). Elle dispose désormais de deux unités d’extraction d’huile : la première, installée en 2012, peut traiter une tonne de régimes par heure et sert maintenant d’appoint à la seconde, mise en service en 2017, d’une capacité de 6 t/h.

La production d’huile brute a été portée de 60 t/mois en 2016 à 90 t/mois en 2017 et à 200 t/mois en 2018. Quant aux déchets, ils sont tous recyclés : les rafles sont utilisées comme engrais, les fibres et les coques de noix servent de combustible pour alimenter la chaudière de l’usine.


>>> A LIRE – Reportage : le renouveau de l’huile de palme au Congo-Brazzaville


Les variétés de palmiers choisies proviennent du centre de recherches de Yaligimba (près de Bumba), qui appartient à Feronia, l’un des plus importants industriels de la filière dans le pays (lire encadré). « On préfère les semences de RD Congo, qui ont fait leurs preuves, plutôt que celles importées d’Asie, qui ne sont pas adaptées à nos terroirs », précise Jean-Claude Hoolans, qui préside par ailleurs la commission agriculture et forêt de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) depuis 2012.

Afin de pallier le manque d’agronomes et de techniciens qualifiés, Miluna accueille en stage des étudiants en agronomie de l’Université de Kinshasa. « On engage les meilleurs. Nous en avons déjà recruté six », poursuit l’entrepreneur, qui tient à faire travailler des Congolais.

Marché inondé

L’huile brute produite par Miluna est destinée au marché local, principalement aux usines de Marsavco et de Palmco, installées à Kinshasa. Elle est transportée par camion-citerne jusqu’au port d’Akula (à 18 km de la plantation), puis par barge sur la rivière Mongala et le fleuve Congo pour, dix jours plus tard, atteindre Kinshasa, notamment le port privé de Marsavco, situé à La Gombe.

Le marché congolais a été récemment inondé par de l’huile de palme provenant d’Angola, qui passait en fraude par Lufu

« C’est une société sœur, Nocafex, qui assure le transport de l’huile, des autres productions de la plantation et des denrées vivrières (maïs, arachide, manioc…) produites par de petits exploitants de la région », explique Jean-Claude Hoolans.

Il est cependant encore difficile d’être rentable en RD Congo, notamment à cause de la concurrence des importations d’huile brute et de produits raffinés. Le marché congolais a ainsi été récemment inondé par de l’huile de palme provenant d’Angola, qui passait en fraude par Lufu, ville-­marché située à 80 km au sud de Matadi : les prix sont tombés à 450 dollars/t, avant de remonter, à la suite de contrôles aux frontières, à environ 600 dollars/t… Ce qui est encore un peu juste.


Palmarès des industriels

Les entreprises qui possèdent des plantations et assurent la production industrielle d’huile de palme brute sont peu nombreuses en RD Congo. La plus importante d’entre elles est Feronia RDC, filiale du financier canadien Ravi Sood, qui, en 2009, a racheté des participations de l’anglo-néerlandais Unilever dans les Plantations et huileries du Congo (PHC). Le groupe exploite 17 000 ha et a produit 27 189 t d’huile brute en 2017.

Numéro deux de la filière, le Groupe Blattner Elwyn (GBE) produit 15 000 t à 20 000 t d’huile brute par an, talonné par Brabanta, filiale de Socfin (groupe Bolloré), qui possède 6 200 ha de palmeraies et a produit 13 000 t d’huile brute en 2017. Des sociétés aux superficies plus réduites contribuent à la production industrielle, dont Miluna. Toutes opèrent dans la moitié nord du pays et dans le Kongo-Central, les zones les plus favorables à ce type de plantations.

En aval de la filière, plusieurs raffineries transforment l’huile brute en huile de table, margarine et savon, dont la Margarinerie et savonnerie du Congo (Marsavco, rachetée par le groupe Rawji à Unilever en 2002), qui est la seule à importer de l’huile brute, ainsi que Sulfo Industries, Savons et cosmétiques de Kinshasa (Savcoki) ou encore l’ivoirien Palmco, récemment implanté dans le pays.

Toutes subissent la concurrence des produits raffinés importés d’Asie, dont l’offre est devenue plus importante que la demande. Un paradoxe, sachant que la RD Congo réunit les savoir-faire et les conditions pédologiques et climatiques pour être l’un des premiers producteurs mondiaux d’huile de palme.

 

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