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Société

RDC : « Touche de piment », table incontournable du pouvoir congolais

Attention, version dfinitive à venir.C'est pour faire la prémaquette et donner les bonnes dimensions à DOM © Dom pour JA

«Bonjour général ! » Suzy Muka Okonofua se lève d’un bond pour saluer Jean-Claude Kifwa – officier supérieur connu pour ses méthodes controversées alors qu’il servait à Kisangani –, accompagné ce jour-là de son épouse et de son fils aîné. En femme d’affaires aguerrie, la restauratrice échange quelques amabilités avec son hôte de marque avant de le conduire au bar, où il semble avoir ses habitudes.

En quelques années, le restaurant Touche de piment, situé avenue de la Justice, à La Gombe, est devenu l’un des lieux de rendez-vous incontournables des hommes et des femmes de pouvoir dans la capitale congolaise. Officiers supérieurs, ministres et conseillers, principalement issus de la majorité, viennent régulièrement déguster les spécialités locales sur la terrasse aménagée au bord de la piscine, dans le jardin de la ville. Lorsque les circonstances l’exigent, ils peuvent même tenir séance dans l’un des salons VIP de l’établissement, à l’abri des oreilles et des regards indiscrets.

Majorité, opposition… Tout le monde peut venir à Touche de piment !

Parmi les habitués : le ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, son homologue de l’Intérieur, Henri Mova Sakanyi, ou encore du Plan, Modeste Bahati Lukwebo. Les militaires y ont aussi leur rond de serviette, à l’instar du général Fall Sikabwe Asinda, commandant de la 34e région militaire (Nord-Kivu), et du général de brigade Jean-Claude Yav, considéré comme un proche du président Joseph Kabila. Sans oublier la visite, à deux reprises, de la première dame, Olive Lembe Kabila, qui s’échappe pourtant rarement de son palais.

Pourquoi une telle proximité avec le régime ? « Mes parents travaillent pour le chef de l’État. Ils s’occupent de l’intendance de la présidence, mais ils sont totalement apolitiques, assure Suzy Muka Okonofua, qui est revenue d’Afrique du Sud pour assurer la gérance du restaurant familial. Majorité, opposition… Tout le monde peut venir à Touche de piment ! » Et de citer en exemple le cas d’un mystérieux professeur, promoteur du mouvement Maï-Maï, qui résiderait aux États-Unis.

Une discothèque pour les noctambules

Gare cependant aux importuns. « Nous sommes une maison de paix, mais nous n’aimons pas les tracasseries », explique Suzy Muka Okonofua. À l’en croire, un simple coup de fil suffirait à rameuter la garde présidentielle – le palais de Joseph Kabila est tout proche – pour écarter un éventuel gêneur et ramener le calme dans l’établissement. « Les gens viennent ici pour la tranquillité, insiste-t-elle encore. Les officiers et les ministres sont comme tout le monde, ils ont besoin eux aussi de se détendre ! »

Côté divertissement, les noctambules disposent aussi d’une discothèque : une petite salle avec boule à facettes au plafond et DJ aux platines, où les huiles du régime peuvent venir se déhancher jusqu’à l’aube. « Ils ont terminé à 4 h 30 du matin cette nuit », fait remarquer avec enthousiasme la maîtresse des lieux, en ajoutant que Léonard She Okitundu figure parmi les clubbeurs assidus.

Cuisine savoureuse et pimentée

Les moins fêtards privilégieront le buffet-brunch du dimanche, au prix unique de 40 dollars. Une cuisine savoureuse et, forcément, fort pimentée, avec ses incontournables spécialités congolaises : chèvre grillée, ragoût de feuilles de manioc, biteku-teku (feuilles d’amarante), etc. Avis aux amateurs, la maison propose aussi du crocodile. Soyez rassurés : une fois cuisiné, le saurien aux crocs acérés fond en bouche.

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