Finance

Benedict Oramah veut rendre Afreximbank incontournable

Benedict Oramah, le président de Afreximbank lors de la réunion annuelle qui s’est tenue du 11 au 14 juillet à Abuja, au Nigeria. © Afreximbank

Vingt-cinq ans après sa création, l’institution panafricaine enchaîne les bons résultats et table sur une nette montée en puissance de ses opérations.

« Qui se souvient du scepticisme qui a accueilli la création d’Afreximbank ? » La question que Benedict Oramah adresse aux cadres, actionnaires et clients de la Banque africaine d’import-export, réunis à la mi-juillet à Abuja pour célébrer son jubilé d’argent, est purement rhétorique. Le président nigérian de l’institution panafricaine, aux manettes depuis septembre 2015, et ses deux prédécesseurs – son compatriote Christopher Edordu et l’Ivoirien Jean-Louis Ekra – n’ont cessé de rappeler l’afropessimisme qu’Afreximbank a dû affronter au début des années 1990, celles des ajustements structurels et de la dévaluation du franc CFA.

Nombre d’observateurs prédisaient une fin rapide au projet de feu Babacar N’Diaye, alors patron de la Banque africaine de développement (BAD) et principal inspirateur de cette institution spécifiquement dévolue au commerce intra- et extra-africain.

220 millions de dollars de bénéfice net en 2017

Vingt-quatre ans après sa première opération – un financement accordé au Conseil ghanéen du cacao (Cocobod) –, Afreximbank ne s’est jamais aussi bien portée. Son bilan a atteint 11,9 milliards de dollars (9,2 milliards d’euros) l’an dernier, contre moins de trois milliards au début de la décennie.

Son produit net bancaire a dépassé 370 millions de dollars en 2017, tandis que le bénéfice net a grimpé à 220 millions de dollars, soit les plus fortes performances de l’institution depuis cinq ans. Entre 2016 et 2017, la banque a approuvé 20 milliards de dollars de financement, soit un tiers des 56,63 milliards de dollars approuvés depuis sa création.

D’habitude réservé en public, Benedict Oramah, recruté en 1994 comme analyste, n’a pu résister à un instant d’autosatisfaction. « Il ne fait aucun doute qu’Afreximbank a fait une énorme différence, comme l’avaient envisagé ses pères fondateurs. Nous célébrons le 25e anniversaire d’un enfant qui a atteint l’âge adulte et est maintenant une banque établie et réputée », s’est réjoui le patron d’Afreximbank, qui a reçu à Abuja les félicitations des présidents nigérian et sud-africain, Muhammadu Buhari et Cyril Ramaphosa, ainsi que du patron de la BAD, son compatriote Akinwumi Adesina. Ce dernier a rappelé leurs années communes à l’université Obafemi Awolowo, à Ife, en pays yoruba.

La banque parie sur l’impulsion fournie par la Zone de libre-échange continentale (Zlec), signée par 44 pays africains, pour booster ses activités

« Mais le travail n’est pas encore terminé », estime Benedict Oramah. Afreximbank table sur une nette montée en puissance de ses opérations. Dans le cadre de son cinquième plan stratégique, elle prévoit le déboursement de 25 milliards de dollars cumulés entre 2017 et 2021 pour soutenir le commerce intra-africain et la mobilisation au total de 90 milliards de dollars pour les échanges commerciaux internes comme internationaux. Interrogé par JA, Benedict Oramah estime que le projet est bien avancé, avec 8 milliards de dollars de financement accordés l’an dernier. L’institution parie sur l’impulsion fournie par la Zone de libre-échange continentale (Zlec), signée par 44 pays africains le 21 mars, pour booster ses opérations mais aussi renforcer les liens avec ses clients. Afreximbank estime occuper un espace original et central dans le système financier et commercial du continent, que l’élimination des barrières douanières et non tarifaires ne peut que renforcer.


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Un arsenal diversifié d’instruments financiers à disposition

« Afreximbank comble une lacune sur le marché africain, où l’appui au crédit à l’exportation est généralement limité », estime l’agence de notation Moody’s. Moins connu du grand public que la BAD, le groupe panafricain Ecobank ou même China Eximbank et l’Agence française de développement, Afreximbank dispose d’un arsenal diversifié d’instruments financiers. Outre les traditionnelles lettres de crédit et garanties commerciales pour les exportateurs et les importateurs africains, elle leur fournit indirectement des crédits par ses prêts à d’autres institutions financières.

En tant qu’entité supranationale, Afreximbank bénéficie du « statut de créancier privilégié » et donc d’un traitement particulier dans la plupart des pays africains, qu’il s’agisse de ses créances, qui sont remboursées prioritairement, ou de l’accès préférentiel aux devises étrangères qui lui est régulièrement accordé, au Nigeria et en Égypte par exemple, en 2017.

En vingt-cinq ans, la banque estime avoir contribué à mobiliser 65 milliards de dollars pour les économies africaines grâce à de tels mécanismes

Afreximbank tire le maximum de profit de ce statut. L’an dernier, la banque a été le chef de file ou le co-chef de file de onze prêts syndiqués qui ont mobilisé plus de 3 milliards de dollars, pour des clients tels que le gouvernement kényan (500 millions de dollars en 2017) ou le producteur indépendant d’électricité rwandais Yumn Ltd (225 millions de dollars, pour développer une centrale de 80 MW). En vingt-cinq ans, la banque estime avoir contribué à mobiliser 65 milliards de dollars pour les économies africaines grâce à de tels mécanismes. Cette activité représente aujourd’hui 34 % des opérations, juste derrière les lignes de crédit (43 %).

Indifférente aux pressions internationales

Autre spécificité, contrairement à la BAD, par exemple, dont 40 % du capital est aux mains de pays extérieurs au continent, ou à Ecobank, coté en Bourse à Lagos et Abidjan, Afreximbank est détenu par des États ou institutions publiques africains (54 %) et des leaders locaux du secteur privé (26 %). Aussi, l’institution, dont le siège est au Caire, dispose d’une flexibilité rare et paraît souvent indifférente aux pressions internationales et aux retournements de conjoncture économique.

« Quand le Zimbabwe a été mis sous le coup des sanctions américaines, au début des années 2000, aucune banque internationale ne souhaitait collaborer avec nous. Aucune : à l’exception d’Afreximbank », a témoigné l’entrepreneur Strive Masiyiwa, patron du groupe de télécoms Econet Wireless, fondé à Harare en 1993, présent à Abuja. L’institution revendique un rôle contracyclique essentiel au Soudan du Sud, confronté à une dure crise militaire et humanitaire, en Guinée, au plus fort de l’épidémie Ebola, au Nigeria et en Afrique centrale francophone, en difficulté après la chute des cours du pétrole.

Pour réaliser son ambitieux nouveau plan stratégique quinquennal, Afreximbank peut compter sur la fidélité de ses clients historiques tels que Cocobod, mais aussi sur le dynamisme des champions du commerce intra-africain. La banque accompagne une dizaine de ces groupes, parmi lesquels le nigérian Dangote Group, qui a signé à Abuja un accord de prêt de 650 millions de dollars, le spécialiste tanzanien de l’agro-industrie Export Trading Group (300 millions de dollars accordés en février), le conglomérat tunisien Loukil, qui a obtenu un financement de 300 millions d’euros en mai 2017 pour l’exportation de véhicules vers Djibouti.

En parallèle, Afreximbank prépare la première foire du commerce intra-africain, qui cible plus de 1 000 exposants, 70 000 visiteurs et 25 milliards de dollars d’affaires commerciales conclues durant la semaine du 11 au 17 décembre 2018, au Caire.

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