Agroalimentaire

Semences et pesticides : l’Afrique dans le viseur de Syngenta

L’Égypte, où le groupe dispose d’un centre de R&D à Qaha (dans le delta du Nil), est l’une de ses places fortes. © Syngenta

Passé sous pavillon chinois, le géant des semences et pesticides mise sur la recherche pour se démarquer de la concurrence sur un marché encore naissant.

Créé en 2000 après le rapprochement des filiales agrochimiques de Sanofi et d’Astra Zeneca, le suisse Syngenta, 12,6 milliards de dollars (10,6 milliards d’euros) de chiffre d’affaires en 2017, est passé il y a un an sous le contrôle du géant pékinois ChemChina, qui l’a racheté pour 44 milliards de dollars. Avant son rachat, Syngenta était au troisième rang mondial des produits phytosanitaires et semences agricoles, un secteur en pleine concentration, avec le rapprochement au même moment des américains DuPont de Nemours et Dow Chemicals et de l’allemand Bayer avec l’américain Monsanto.

Sur le continent comme ailleurs, Syngenta, dirigé depuis les bords du Rhin, à Bâle, est davantage présent sur le marché des produits phytosanitaires – 9,2 milliards de dollars de revenus dans le monde en 2017 – que sur celui des semences agricoles – 2,8 milliards de dollars. Piloté par le Français Pierre Cohadon en Afrique et au Moyen‑Orient, assisté du Britannique Peter Veal, directeur marketing et commercial, le suisse a réalisé dans cette zone environ 390 millions de dollars de chiffre d’affaires, répartis à parts égales entre trois zones : Moyen-Orient - Afrique de l’Est, Maghreb-Afrique de l’Ouest et Afrique australe, des marchés encore restreints. À titre de comparaison, la France représente plus de 1 milliard de dollars pour le suisse.

Filiales locales

Le continent est moins investi par les géants du secteur agrochimique que d’autres du fait de la prédominance d’une agriculture familiale, représentant quelque 80 % de sa production. Mais il est devenu une cible prioritaire pour Syngenta, qui veut y être pionnier et dominant. Le suisse s’y revendique déjà comme leader des pesticides et semences potagères, et entend le devenir progressivement dans le domaine des semences de grandes cultures (maïs, soja, blé et sorgho notamment). Pour cela, en juillet 2013, il avait déjà acquis le zambien MRI, actif dans la distribution de semences de maïs blanc en Afrique australe et en Afrique de l’Est, la plus vendue dans cette région.

Actuellement, l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc, la Zambie et le Kenya, où l’agriculture est le plus mécanisée, sont les places fortes de Syngenta, avec des filiales locales solides dans ces cinq pays. « Nous devons nous renforcer en Afrique de l’Ouest. Nous avons réinvesti dernièrement en Côte d’Ivoire et au Sénégal avec des bureaux de représentation, mais nous devons avoir des produits plus adaptés aux grandes cultures de cacao et de café, sans quoi nous n’y percerons pas », estime Pierre Cohadon.

Le directeur Afrique et Moyen-Orient entend s’appuyer sur sa filiale de Casablanca pour progresser à l’ouest du continent, grâce aux accords de libre-échange existant et à un management marocain au fait de la demande agricole de la région. Pierre Cohadon, qui vise le milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2025 sur sa zone, recherche également activement un partenariat au Nigeria, où il a installé une filiale, notamment pour la distribution de ses produits.

Stations de recherche

Le groupe entend prendre des positions avant ses grands concurrents, les conglomérats Bayer-Monsanto et Dow-DuPont, mais aussi les producteurs de pesticides génériques asiatiques, qui vont nécessairement s’intéresser au continent à mesure que les brevets de produits phytosanitaires les plus anciens feront leur entrée dans le domaine public. Si ces pesticides génériques ne représentent aujourd’hui que 10 % du marché mondial, les analystes prévoient qu’ils atteindront 30 % dans dix ans.


>> A LIRE – OGM : l’Afrique à tout prix


Pour les tenir à distance, le groupe mise sur ses performances en matière de recherche et de développement, que le Hongrois Akos Balogh coordonne pour le continent. « Nous avons regroupé en une seule entité nos équipes travaillant sur les nouveaux produits de protection des récoltes pour la zone, avec des chercheurs marocains, égyptiens, sud-africains et jordaniens. Nous faisons les premiers essais de nos produits dans notre centre de recherche de Stein (à 40 km de Bâle) avant de faire des cultures in situ dans nos deux grandes stations de recherche agricole, à Qaha (dans le delta du Nil), en Égypte, et près du Cap, en Afrique du Sud », explique ce docteur en biologie.

Syngenta se défend de vendre sur le continent des semences OGM – marché largement dominé par son concurrent Monsanto (aujourd’hui Bayer) –, qui font polémique du fait de leurs répercussions environnementales et de la dépendance qu’elles créeraient vis-à-vis des semenciers. « Elles sont pour le moment présentes essentiellement en Afrique du Sud », indique Peter Veal, qui n’exclut pas d’investir progressivement ce marché si les régulateurs s’y montrent ouverts.

Potentiel de croissance

Mais le groupe entend travailler avant tout à l’amélioration des semences locales, qui constituent pour le moment l’essentiel de celles utilisées par les agriculteurs et que ces derniers ont souvent du mal à obtenir, soit parce que leurs exploitations agricoles se trouvent dans des régions reculées, soit faute de moyens financiers.

Alors que Peter Veal estime que les grandes exploitations représentent environ 70 % de ses ventes de semences et produits phytosanitaires, et les petits agriculteurs seulement 30 %, il est persuadé que le potentiel de croissance des ventes sur le continent tient d’abord à ces derniers. « Nous devons les aider à accroître la taille de leurs surfaces cultivées et leurs rendements. Pour cela, nous ne pouvons nous contenter de notre rôle de fournisseurs de semences et pesticides. Il nous faut aussi fournir conseils et formation autour de nos produits, sans quoi ils n’obtiendront pas les résultats escomptés », indique le responsable marketing et commercial, qui a dirigé la filiale kenyane du groupe pendant cinq ans avant de rejoindre le siège bâlois.

Pour la firme, c’est avec la croissance de ces agriculteurs, capables d’investir et de mutualiser certaines de leurs opérations, logistiques ou de récolte, que Syngenta pourra véritablement faire décoller ses ventes africaines.

Fermer

Je me connecte