Politique

Côte d’Ivoire : l’insondable Guillaume Soro

Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale reste proche de Bédié, au grand dam d’Alassane Ouattara. © Sia KAMBOU/AFP

Dans le contexte actuel de possible recomposition de l’échiquier politique ivoirien, Guillaume Soro représente l’une des principales inconnues. Si les relations entre Alassane Dramane Ouattara (ADO) et le président de l’Assemblée nationale sont officiellement au beau fixe, la confiance a pourtant été rompue.

En refusant d’assister à l’Assemblée constitutive du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Soro a provoqué l’ire du chef de l’État. En visite officielle au Canada, il a prolongé son séjour – officiellement pour une urgence médicale, officieusement pour rendre visite à un ami. Et avoir affirmé à RFI et France 24, le 22 juillet, réfléchir à une possible candidature dès 2020 n’a rien arrangé. Dans l’entourage d’ADO, on estime que Soro doit clarifier sa position, au risque de perdre sa place à la tête du perchoir.

Certes, le chef de l’État a demandé au mois de mai au président du Parlement de s’entendre avec ses « frères ennemis », Amadou Gon Coulibaly, le chef du gouvernement, et Hamed Bakayoko, le ministre de la Défense, pour créer une union sacrée en vue de conserver le pouvoir en 2020. Mais Guillaume Soro et son camp sont persuadés qu’ils n’entrent pas dans les plans du président. Signe de la tension actuelle, certains proches de Soro sont régulièrement importunés à l’aéroport lors des formalités administratives à effectuer quand ils souhaitent quitter le pays.

Véritable test

La situation est complexe. Si la cassure avec Henri Konan Bédié (HKB) se confirme, la possibilité que Soro se présente à la présidentielle ou s’allie avec HKB risque de diviser l’électorat du Nord. Dans l’esprit du pouvoir, Soro et Bédié ont passé un accord.

En privé, l’ancien chef rebelle dit ne pas comprendre les crispations qu’il suscite

Et si le second se montre jusqu’au-boutiste, c’est parce qu’il est conseillé par le premier. « Soro envoie régulièrement sa conseillère Affoussiata Bamba Lamine [ancienne porte-parole des Forces nouvelles] à Daoukro pour assurer Bédié de son soutien », s’énerve un proche du président. Dans ces conditions, l’affaiblissement de l’un passe par celui de l’autre.

En privé, l’ancien chef rebelle dit ne pas comprendre les crispations qu’il suscite. Il estime être en droit d’avoir son propre agenda et a émis l’idée de proposer sa démission au chef de l’État. « On sait bien que, s’il veut être candidat en 2020, Soro devra quitter le perchoir d’ici au début de l’année 2019 », commente un proche d’ADO.

Osera-t-il franchir le Rubicon ? S’il affirme en privé ne pas se sentir concerné par le parti unifié tel que construit par le Rassemblement des républicains (RDR), il ne l’a pas encore affirmé publiquement. Les élections locales d’octobre seront pour lui un véritable test. Certains de ses proches se présenteront en indépendants contre des pontes du pouvoir dans plusieurs circonscriptions. L’un d’eux, Tefour Koné, ancien député de la commune d’Abobo, affrontera Hamed Bakayoko aux municipales. Cardosi Koné, un oncle de Soro, sera en compétition pour la présidence du Conseil général de Ferkessédougou (Nord) contre Birahima Téné Ouattara, le frère cadet d’Alassane Ouattara.

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