Energies renouvelables

[Tribune] Refaire de la Méditerranée un espace d’échanges

Par

Député des Français du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest

A Blida, à la frontière entre le Maroc et l'Algérie. © Creative Commons / Wikimedias

En créant une Communauté euro-méditerranéenne pour la transition énergétique (Cemer), composée dans un premier temps par l’Espagne, la France, l’Italie, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, la Méditerranée pourrait devenir une zone d’opportunités.

Triste record, triste constat, triste spécificité que se partagent l’Algérie et le Maroc depuis vingt-quatre ans. Mille six cents kilomètres de frontières. Aucun passage terrestre possible depuis 1994. C’est la plus longue frontière constituée dans le monde à ce jour. Et la seule fermée depuis que les Corées du Nord et du Sud ont rouvert la leur.

Le coût de cette fermeture est singulièrement élevé. Il est d’abord économique, avec une perte d’un à deux points de croissance pour chaque État. Selon la Banque mondiale, le manque à gagner représenterait deux milliards de dollars chaque année pour le Maroc et l’Algérie, et constituerait, sur vingt ans, une perte supérieure à 50 % du PIB annuel.

Une zone d’opportunités

Un véritable frein au développement, sachant qu’un seul point de PIB en plus par an permettrait la création de 30 000 emplois des deux côtés. Le coût est aussi humain : des milliers de familles séparées, un parcours du combattant pour se retrouver. Le 22 juillet dernier, des dizaines de manifestants se sont réunis, de part et d’autre de la frontière, pour demander sa réouverture.

Au-delà de leurs spécificités, les deux pays partagent une histoire commune, millénaire. Des complémentarités. Des ambitions qui résonnent de concert. Et qui trouvent écho dans l’ensemble de la zone euro-méditerranéenne, où nous aurions dû, plus tôt, plus vite, plus fort, faire fructifier l’héritage commun.

Le bilan : une immigration clandestine dramatique, des conflits larvés depuis quarante ans, un terrorisme qui frappe partout…

Le bilan de cinquante années d’absence de coopération méditerranéenne s’étale aujourd’hui sous nos yeux : immigration clandestine dramatique, conflits larvés depuis quarante ans, terrorisme qui frappe partout et un État libyen au bord de la faillite.

Si nous ne faisons rien, nous vivrons demain dans une zone qui n’aura d’autre choix que de se militariser à outrance pour se « protéger ». Une zone où les pires menaces sont à craindre, alors qu’elle pourrait devenir une zone d’opportunités et de culture commune, avec une porte ouverte sur l’Afrique subsaharienne.

Une Communauté euro-méditerranéenne

Il reste encore des motifs d’espoir. Celui d’une intégration par la Méditerranée, grâce à des projets concrets. Elle est impérative et doit être durable. Comme je l’ai maintes fois appelé de mes vœux, en avril dernier encore, à l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée, au Caire, nous pourrions imaginer un groupement énergétique, à l’image de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), qui donna naissance des années plus tard à l’Union européenne. Ici aussi, ce projet pourrait être une première étape vers un dessein plus global et plus politique : la création d’une Communauté euro-méditerranéenne pour la transition énergétique (Cemer).

La Cemer pourrait devenir le premier espace de recherche et de production d’énergie verte dans le monde

Cette structure pourrait être composée, dans un premier temps, de l’Espagne, de la France, de l’Italie, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Une organisation Nord-Sud au format restreint, dans un ensemble géopolitique et géographique cohérent, dont la vocation serait à terme de s’élargir. Le noyau dur peut s’appuyer sur de nombreux atouts et ressources. Et pourrait devenir le premier espace de recherche et de production d’énergie verte dans le monde. La Cemer s’inscrirait alors dans la construction du monde de demain, en mutualisant les moyens et les investissements massifs sur les énergies renouvelables, qu’elles soient solaires, éoliennes ou hydrauliques.


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Le soleil, ressource inépuisable

L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) estime que la baisse des coûts de l’énergie solaire photovoltaïque ouvre de vastes horizons énergétiques pour l’Afrique. Aujourd’hui, 700 millions d’Africains n’ont pas accès à l’énergie. Chaque année, ce sont dix millions d’Africains de plus qui intègrent ce terrible contingent. Et la croissance démographique est telle que le continent devrait compter 2,2 milliards d’habitants d’ici trente ans. Une bombe à retardement si nous n’anticipons pas.

Entre le Maroc et l’Algérie, l’un offre l’ouverture atlantique, l’autre l’immensité territoriale

Le Maroc et l’Algérie peuvent capitaliser sur l’immensité saharienne pour exploiter cette ressource inépuisable qu’est le soleil. L’un offre l’ouverture atlantique, l’autre l’immensité territoriale. Les deux pays doivent – et peuvent – se réconcilier autour de projets qui dépassent leurs clivages politiques. En imaginant une exploitation de seulement 10 % de la surface saharienne, combien de millions d’individus en Afrique pourraient être éclairés grâce à une énergie propre ? Et pourquoi pas en Europe un jour ? La Cemer n’est pas qu’un rêve. Elle représente davantage encore qu’un enjeu géopolitique, économique, social et écologique : un projet de civilisation.

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