Dossier

Cet article est issu du dossier «Maroc : l'atout jeunes»

Voir tout le sommaire
Culture

Maroc : ringardes, les Dar Chabab ?

Des jeunes contre un mur au Maroc. © Flikr/CC/David Rosen

La mondialisation, l’internet et surtout les réseaux sociaux semblent bien avoir mis un terme aux années fastes des Dar Chabab (« maisons des jeunes »).

C’est dans les quartiers ouvriers d’un Maroc à peine indépendant que, non sans arrière-pensée politique, ont émergé les Dar Chabab (« maisons des jeunes »). Pendant des décennies, elles ont permis à des centaines de milliers d’enfants et de jeunes de s’initier à différentes formes d’expression artistique – théâtre, musique, danse… – et d’aiguiser leur appétit d’animations culturelles.

Véritables pépinières de talents, elles fourniront même le gros du contingent des artistes qui ont laissé leur empreinte dans la mémoire collective des cinquante dernières années.

L’un des exemples les plus emblématiques est celui de la maison des jeunes de Hay Mohammadi. Construite dans les années 1950 par des activistes de la gauche française, cette Dar Chabab accueille les enfants et les jeunes des quartiers qui composent cet arrondissement populaire de Casablanca. Très vite, la réussite du projet fut totale.

DOM pour JA


>>> A LIRE – Maroc : Mohammed VI veut mettre la jeunesse et la justice sociale au cœur du « nouveau modèle de développement »


Le lieu a notamment permis l’éclosion de groupes de musique légendaires tels que Nass El Ghiwan, Lemchaheb ou encore Jil Jilala. De son côté, le dramaturge Tayeb Seddiki y a déniché une nouvelle génération d’acteurs avec lesquels il a monté plusieurs pièces passées à la postérité.

Dans le centre-ville de Casa, Dar Chabab Zerktouni, autre haut lieu de l’animation culturelle, était, elle, surtout encadrée par les mouvements du scoutisme marocain.

Cette hyperactivité socioculturelle a alors fait des émules dans tout le royaume. Peu à peu, d’autres maisons des jeunes ont vu le jour, pilotées cette fois par le ministère de la Jeunesse et des Sports, soucieux d’injecter la culture du kitsch de l’ère de Hassan II dans l’esprit des plus jeunes.

603 maisons des jeunes

Selon les statistiques du ministère de tutelle, on dénombre aujourd’hui 603 maisons des jeunes au Maroc, dont 74 % situées en milieu urbain. Si l’on considère que le pays compte près de 9 millions de jeunes de 15 à 29 ans – tranche d’âge la plus concernée par les Dar Chabab –, il faudrait toutefois en ouvrir au moins le double pour parvenir à répondre aux besoins.

En même temps qu’ils ont révolutionné la notion de « socialisation » de la jeunesse, la mondialisation, l’internet et surtout les réseaux sociaux semblent bien avoir mis un terme aux années fastes des Dar Chabab. Certaines sont dans un état de vétusté avancé, d’autres laissées à l’abandon. Et pour ce qui est de dénicher les nouveaux talents, tout au moins ceux du divertissement, les télé-crochets les ont aussi reléguées parmi les vestiges du siècle dernier.


>>> A LIRE – Maroc : l’éducation des jeunes mise en cause


Pourtant, en cette année 2018, à l’ère du buzz et de l’ultraconnectivité, le ministère de la Jeunesse vient de lancer un vaste plan visant à réhabiliter ces maisons des jeunes. Sans avoir pour autant défini un projet culturel qui soit dans l’air du temps.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte