Elections

[Édito] RDC : au-dessous du volcan

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Joseph Kabila, président de la RDC, à Kinshasa, le 29 juin 2010. © Dirk Waem/AP/SIPA

Le 19 juillet, palais du Peuple, Kinshasa. Le président Joseph Kabila, 47 ans, vient d’achever un discours très attendu devant le Parlement réuni en congrès...

Une heure d’autosatisfaction à égrener un bilan forcément flatteur. Mais rien sur son avenir politique, si ce n’est l’« engagement » de respecter la Constitution congolaise, ce qui ne veut pas dire grand-chose par les temps qui courent.

Le 24 juillet, dans un grand hôtel bruxellois. Jean-Pierre Bemba, 55 ans, annonce à la fois son retour en RD Congo, le 1er août, et sa candidature à la présidentielle du 23 décembre. L’ex-chef de guerre et ancien vice-président s’exprime pour la première fois depuis son acquittement en appel, le 8 juin, par la Cour pénale internationale.

En quelques semaines, l’échiquier politique congolais a été bouleversé. Côté pouvoir, on a assisté à la création du Front commun pour le Congo (FCC), vaste coalition réunissant autour de Kabila des personnalités et des partis résolus à soutenir une candidature unique – sans que l’on connaisse le nom de l’heureux élu. Côté opposition, il y a donc eu l’inattendu retour dans l’arène de Bemba, aux côtés, entre autres, de Moïse Katumbi, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe.

À noter d’ailleurs l’ubuesque « deux poids, deux mesures » appliqué à Bemba et à Katumbi. C’est tout juste si les autorités de Kinshasa ne déroulent pas le tapis rouge sous les pas du premier – son passeport diplomatique a été fabriqué et lui a été délivré en un tournemain –, alors qu’elles ne reculent devant rien, et surtout pas devant les affaires judiciaires farfelues (spoliation immobilière, mercenaires fictifs, falsification de passeport, etc.), pour empêcher le second de rentrer au pays. Tout se passe comme si Kabila craignait davantage Katumbi que Bemba, dont l’étoile a, il est vrai, beaucoup pâli depuis les 42 % obtenus au second tour de la présidentielle de 2006.

Le scrutin sera-t-il ouvert, libre et transparent ?

Les cartes sont donc rebattues. Bien téméraires seraient les haruspices qui se hasarderaient au moindre pronostic. Différées depuis deux ans, les élections se tiendront-elles cette fois à la date prévue ? Kabila tentera-t-il de se présenter ? Mettra-t-il sur orbite un quelconque « Medvedev » chargé de briguer sa succession tandis qu’il continuerait de tout diriger dans l’ombre ? Les ténors de l’opposition seront-ils capables de mettre leur ego de côté pour présenter un candidat unique ? Le scrutin sera-t-il ouvert, libre et transparent ?

Seule certitude, Kabila demeure le maître des horloges, et le rapport des forces lui est favorable. Certes pas dans les sondages ; encore moins dans le cœur des Congolais ; mais grâce à la mainmise qu’il exerce sur l’administration, la justice et l’armée. Il vient d’ailleurs de réorganiser l’état-major en plaçant des hommes de confiance, comme le général Numbi ou le lieutenant-général Mbala, aux postes stratégiques.

Cyril Ramaphosa et João Lourenço entretiennent avec Kabila des liens beaucoup moins amicaux que Jacob Zuma ou José Eduardo dos Santos en leur temps

Sur le plan international, en revanche, sa situation n’est pas bonne, et, insensiblement, son horizon se bouche. L’Union européenne et les États-Unis maintiennent leurs sanctions. La Belgique n’entretient plus aucune relation avec son gouvernement. Et la France laisse l’Afrique du Sud et l’Angola prendre la main. Or Cyril Ramaphosa et João Lourenço entretiennent avec lui des liens beaucoup moins amicaux que Jacob Zuma ou José Eduardo dos Santos en leur temps. Pour le dire crûment : Kabila n’a plus beaucoup d’amis.

Bref, tous les ingrédients d’un cocktail détonant sont réunis. Les Congolais observent cet improbable champ de bataille où les « grands quelqu’un » se rendent coup pour coup, alors que les urgences sont plus que jamais légion. Cinquante-huit ans après son indépendance, la RD Congo demeure hélas un diamant brut. La désespérante chronique de l’un des plus grands gâchis du continent continue de s’écrire.

Ailleurs en Afrique, la tenue d’élections peut s’apparenter à une promesse. Ici, elle augure troubles et tensions. Année après année, les acteurs politiques locaux continuent de donner la détestable impression de danser sur un volcan. Peut-on encore éviter la crise qui se profile ? Une grande partie de la réponse est entre les mains de Joseph Kabila. Les Congolais, eux, prient pour un salvateur sursaut.

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