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Cet article est issu du dossier «Présidentielle à Madagascar : 36 prétendants pour le palais d'Iavoloha»

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Politique

Madagascar : Rajoelina, un retour à grande vitesse

L’ancien président de la transition sur la place du 13-Mai, à Antananarivo, le 23 avril. © RIJASOLO/AFP

À trois mois de la présidentielle, « TGV » fait son come-back. Désormais principal opposant au pouvoir en place, il semble en très bonne position dans la course.

Andry Rajoelina avait vu loin. En 2014, au moment de remettre la clé géante qui symbolise Madagascar à Hery Rajaonarimampianina, alors tout nouveau chef de l’État, celui qui était encore le président de la transition avait pris congé de ses partisans bouleversés en leur donnant rendez-vous « pour la présidentielle de 2018 ».

Il a tenu parole. Ces dernières semaines, les caravanes orange de son parti, le Mapar, sillonnent le nord et l’est du pays, derrière leur leader retrouvé. L’ancien DJ, qui enflammait les nuits de « Tana » il y a vingt-cinq ans, a conservé son sens du spectacle. Depuis son retour, début mars, après quatre ans d’exil volontaire en France, il replonge, visiblement heureux, dans les grands bains de foule qui l’avaient porté par le passé jusqu’à l’hôtel de ville de la capitale. À tout juste 44 ans, l’ancien plus jeune chef d’État du continent n’a rien perdu de sa superbe. La silhouette s’est peut-être un peu épaissie, mais l’œil reste charmeur, le sourire irrésistible et le verbe haut.

Des adversaires affaiblis

Ce retour fracassant sur la scène politique est déjà une victoire pour Andry Rajoelina. Alors que la présidentielle arrive à grands pas – le premier tour se tiendra le 7 novembre –, « TGV », surnom dont il a hérité aux premières heures de sa carrière politique, est à nouveau sur les rails. Pour l’instant, il ne se présente officiellement à rien. Mais le 1er août, date de dépôt des dossiers pour la présidentielle, il devrait annoncer sa candidature, lors d’un de ces shows dont il a le secret, au palais des sports d’Antananarivo.

L’ex-président est en position de force face à ses probables principaux adversaires, tous très affaiblis. « C’est un favori par défaut mais un favori quand même », souffle un membre du corps diplomatique. L’actuel président, Hery, est désavoué jusque dans son camp. Quant à Marc Ravalomanana, l’homme qui a précédé Rajoelina à la tête de l’État, de 2002 à 2009, il semble ne pas disposer des fonds nécessaires pour faire campagne à travers le pays.

Une famille fortunée

Rajoelina ne connaît pas ce genre de problème. Chef d’entreprises à succès dans les années 2000, il s’est constitué une belle cassette. Sa belle-famille compte parmi les plus prospères de la Grande Île (son épouse, Mialy, est l’héritière de feu la richissime Nicole Razakandisa). Et certains de ses amis sont aussi très fortunés, tel le patron du groupe Sodiat « Mamy » Ravatomanga.

Politiquement, le patron du Mapar a tous les atouts en main. Malgré sa longue absence, ses réseaux sont toujours en place et il n’a eu aucun mal à s’appuyer sur la contestation générale pour mobiliser ses troupes. Le 25 mai, la Haute Cour constitutionnelle (HCC) a obligé le chef de l’État à nommer un Premier ministre « de consensus ». Et c’est à Rajoelina, chef du « parti ou groupement de partis majoritaire lors des législatives de 2014 », que les sages ont demandé de proposer un nom.

Il veut participer le plus vite possible aux élections. C’était l’une de ses principales revendications, témoigne l’un des médiateurs

Depuis le 4 juin, celui qu’il a désigné, Christian Ntsay, dirige donc un gouvernement de « cohabitation ». Son parti a récupéré le portefeuille de l’Intérieur et Rajoelina a pu placer des membres de son premier cercle au gouvernement, comme son conseiller Augustin Andriamananoro, ainsi que Christine Razanamahasoa, porte-voix des députés frondeurs rassemblés sur la place du 13-Mai, à Tana. Rajoelina a même démontré sa force en obtenant que les manifestants évacuent l’esplanade.

Il a enfin réussi, après d’âpres tractations, à faire avancer le premier tour de scrutin, initialement prévu fin novembre. « Il veut participer le plus vite possible aux élections. C’était l’une de ses principales revendications », témoigne l’un des médiateurs.

S’étant vu interdire de se présenter en 2013, tout comme l’ex-président Marc Ravalomanana, au nom d’une politique de « ni-ni » qui n’a rien réglé, Rajoelina semble pressé d’obtenir l’onction populaire et de remplacer le qualificatif de « putschiste » qui lui colle aux semelles depuis 2009 par celui de « président élu ».

L’Initiative pour l’émergence de Madagascar

Il semble même prêt à tous les compromis. En laissant la plupart des ministères régaliens à l’ancienne équipe et en acceptant le maintien à leur poste des membres les plus contestés, il apparaît comme celui qui apaise un climat tendu. « Cela renforce son image d’homme responsable qui, après avoir appris de ses erreurs, est capable d’occuper les plus hautes fonctions de l’État », décrypte un négociateur.

Si, en privé, Rajoelina ne cache pas sa volonté de prendre sa revanche sur Hery, qui l’a trahi en 2014, en précipitant sa chute, « il s’interdit en public toute critique, et refuse d’entrer dans la polémique, observe le représentant de l’un des principaux bailleurs institutionnels du pays. Il se place au-dessus de la mêlée ».

Ses alliés ont beau lui reprocher d’avoir montré ses limites lors des dernières négociations, face à un Hery plus roublard, c’est bien lui qui fait figure de principal opposant. Pour cette campagne, Rajoelina s’est taillé un programme sur mesure : l’Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM), qu’il a présentée en grande pompe à Tana le 24 mai. Prochaine étape : la campagne officielle pour la présidentielle, qui promet d’être animée…


Hery est-il fini ?

Le compte à rebours a commencé pour le président Hery Rajaonarimampianina : il ne lui reste que trois mois pour réaliser les promesses de son quinquennat. S’il veut pouvoir concourir à sa propre succession, il devra même démissionner début septembre, pour respecter le délai constitutionnel de 60 jours avant le premier tour du scrutin, annoncé pour le 7 novembre. « Il se précipite aux inaugurations officielles pour défendre son bilan », relève un diplomate.

Annoncé perdant et perdu, le chef de l’État a déjà prouvé sa capacité de résilience. Il vient de résister à une nouvelle demande de déchéance et a réussi à maintenir ses fidèles au sein du nouveau gouvernement de coalition. Détesté à Antananarivo, il compte sur les campagnes, qu’il tient fermement depuis les victoires de son parti, Hery Vaovao ho an’i Madagasikara (HVM), aux cantonales de 2015 et aux sénatoriales de 2016, pour inverser la tendance. À moins qu’il refuse tout simplement d’y aller… C’est, semble-t-il, ce que lui demande son épouse, selon le dernier bruit qui court dans la capitale.


Calendrier serré

1er août : ouverture du dépôt officiel des candidatures

6 septembre : date limite pour la démission du président de la République, si ce dernier souhaite se représenter

7 novembre : premier tour de la présidentielle

19 décembre : second tour, si aucun candidat n’a obtenu la majorité au premier

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