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Société

Maroc : Moumk’in, mode d’emploi pour baisser le chômage des jeunes

Signature, le vendredi 27 avril 2018, à Rabat, de la Charte de mise en œuvre du plan national de promotion de l'emploi 2021, en présence du chef du gouvernement M. Sa‚d-Eddine El Othmani. © MAP

Pour endiguer le chômage des jeunes, le gouvernement vient de mettre en place un plan qui préfère être réaliste plutôt que vainement ambitieux. Objectif : remobiliser, en responsabilisant.

Moumk’in, littéralement « possible », est le nom que le gouvernement a choisi de donner à sa charte de mobilisation nationale pour l’autonomisation des jeunes. « C’est un terme qui porte un message positif à destination des jeunes et vise à les responsabiliser, explique Mohamed Yatim, ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle. Chaque jeune est capable de réussir son projet professionnel s’il se sent responsable de son avenir, se décide à le construire avec une grande détermination, en tirant profit des outils et des programmes que les pouvoirs publics mettent à sa disposition. »

Pendant plus de six mois, le département de l’Emploi a coordonné la mise en place de ce plan, présenté comme innovant. « Contrairement aux anciens programmes, qui reposaient essentiellement sur les mesures incitatives à l’emploi et sur l’intermédiation, la charte Moumk’in est le fruit d’une démarche participative, globale et intégrée, avec la contribution active de soixante-dix parties prenantes », argumente l’ancien syndicaliste devenu ministre.

Approche volontariste

Signé le 27 avril, ce programme implique quatre ministères, la confédération patronale CGEM (lire pp. 83-85) et l’Association des régions du Maroc (ARM). L’objectif affiché est de créer 1,2 million d’emplois d’ici à 2021, en incluant le potentiel des stratégies et plans sectoriels déjà en cours. « C’est une ambition qui paraît démesurée au vu de la dynamique de croissance au Maroc », nuance Jamal Belahrach.

Objectif : ramener le taux de chômage à 8,5 %, alors que celui-ci s’établit actuellement à plus de 10,5 %

L’ancien vice-président de la CGEM salue néanmoins cette approche volontariste, tout en regrettant qu’elle ne soit pas plus précise sur « les mesures d’accompagnement des entreprises pour favoriser la création d’emplois ». Au sein du gouvernement, on n’en démord pas. Pour Mohamed Yatim, le potentiel de création de 1,2 million de postes de travail est bien là, si l’on tient compte des différents plans sectoriels. Quitte à y inclure certains objectifs qui semblent difficilement réalisables.


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À titre d’exemple, le programme pour le tourisme baptisé « Vision 2020 » est encore bien loin d’avoir créé les 80 000 emplois attendus. « Dans la pléthore de plans stratégiques, très peu figurent parmi les bons élèves, remarque un ancien parlementaire membre de la commission des Finances. Le seul programme qui s’approche réellement des chiffres annoncés en matière de création d’emplois est le plan d’accélération industrielle, avec 58 % des emplois créés sur le demi-million de postes de travail promis à l’horizon 2020. »

D’ailleurs, au ministère du Travail, on préfère se fixer un objectif raisonnable : ramener le taux de chômage à 8,5 %, alors que celui-ci s’établit actuellement à plus de 10,5 %. « Pour atteindre un tel niveau, il faut créer en moyenne 200 000 emplois nets par an sur la période 2018-2021, explique Mohamed Yatim. Et cela en incluant évidemment tous les emplois, c’est-à-dire dans le formel comme dans l’informel, les salariés, les indépendants et même les emplois non rémunérés. »

Alfred De Montesquiou/AP/SIPA

Fiasco de la formation

Cet objectif paraît nettement plus réaliste, d’autant que le programme Moumk’in prévoit le déploiement d’une batterie de mesures au cours des prochaines années. « Le gouvernement va davantage lier les subventions et les exonérations accordées aux investisseurs dans le cadre de la charte d’investissement au nombre effectif d’emplois créés », souligne le ministre, qui promet aussi des mesures de soutien au secteur associatif, considéré comme un réservoir important d’emplois.

Il est également question d’ouvrir les appels d’offres publics aux coopératives, ainsi que de permettre aux administrations et entreprises publiques de solliciter des autoentrepreneurs – comme ces mesures nécessitent un aménagement des procédures, leur mise en place risque toutefois de prendre du temps.

48,4 % des demandeurs d’emploi sont diplômés de l’enseignement général, tandis que 17,4 % ont suivi un cursus de formation professionnelle

Reste que pour tous les acteurs du marché du travail, la formation, et notamment la formation qualifiante, constitue le principal défi à relever car c’est là que le bât blesse. Une récente étude du Haut-Commissariat au plan (HCP) révèle que les titulaires de diplômes de l’enseignement général ou de la formation professionnelle sont majoritaires au sein de la population active au chômage : 48,4 % des demandeurs d’emploi sont diplômés de l’enseignement général, tandis que 17,4 % ont suivi un cursus de formation professionnelle.


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Ce constat sans équivoque illustre la contre-performance du système de formation, dans lequel le pays a pourtant investi des milliards de dirhams. Toutefois, plus le diplôme est élevé, plus le taux de chômage est faible : 18,9 % pour les licenciés ; 15,9 % pour les titulaires de DEA, DESS ou master ; 7,7 % pour les ingénieurs et 3,9 % pour les titulaires d’une thèse de doctorat.

« Depuis des années, nous demandons d’accorder une importance capitale aux soft-skills [la personnalité et le savoir-être] dans les cursus de formation, mais aussi de favoriser l’apprentissage en entreprise à travers des mesures incitatives pour le recrutement des jeunes diplômés », rappelle Jamal Belahrach.

Cette fois-ci, le gouvernement semble avoir entendu le message puisque le dispositif Moumk’in entend favoriser la multiplication des stages. À l’heure où 370 000 personnes viennent grossir chaque année les rangs de la population active marocaine – qui représente déjà 63 % de la population –, il devient urgent de rendre les programmes liés à l’emploi enfin efficaces.


Une dose de social pour doper le marché du travail

Afin d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, mais aussi d’élargir les droits des salariés, le gouvernement a prévu d’élaborer un pacte social, de faire promulguer la loi sur le droit de grève et d’aller vers une généralisation progressive de la couverture sociale, de façon à ce que les travailleurs indépendants en bénéficient.

L’Inspection du travail sera par ailleurs renforcée, avec la possibilité, après réalisation d’une étude de faisabilité, de séparer les missions de contrôle de celles de conciliation. Le dispositif d’indemnisation pour perte d’emploi sera simplifié et complété par des mesures visant à faciliter le retour à l’emploi.

Nouvelles formes de travail

Enfin, toujours dans le cadre du plan Moumk’in, il est prévu d’étudier, en vue de leur éventuelle mise en place, des cadres juridiques pour les nouvelles formes de travail – travail à temps partiel, télétravail, etc. – issues des profondes transformations qu’a connues le marché du travail.

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