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Étudiants de la faculté Ben M’sik de Casablanca. © Camille Millerand/Divergence

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Maroc : l’atout jeunes

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[Édito] La jeunesse marocaine, génération sacrifiée ?

Au Maroc, il y a toujours eu une volonté d’impliquer davantage les jeunes dans le processus de prise de décision, mais ses effets n’ont pas été ressentis.

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Mis à jour le 3 août 2018 à 09:27
Fahd Iraqi

Par Fahd Iraqi

Des jeunes marocains sur une plage du Maroc. © Flickr/CC/16:9clue

Conservatrice et moderne ; engagée et insouciante ; libre et opprimée ; mondialisée et renfermée ; dorée et désargentée… Au royaume des mille et une contradictions, tous les qualificatifs, mais aussi leurs antonymes, seraient valables pour décrire la situation de la jeunesse.

Une tranche d’âge (les 15-34 ans) qui représente un tiers de la population, selon le dernier recensement, et un trésor, selon tous les observateurs, conscients que le principal avantage compétitif d’une économie marocaine dépourvue de ressources naturelles réside dans sa force de travail et repose donc sur l’énergie, ainsi que sur les compétences, de la population. Mais cette jeunesse est aussi perçue comme un gâchis, tant les occasions de faire d’elle un véritable moteur de développement ont été manquées.


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Pourtant, dans les discours, il y a toujours eu une volonté politique de donner aux jeunes voix au chapitre, de les impliquer davantage dans le processus de prise de décision. Cette volonté n’a malheureusement pas été traduite dans l’action publique, ou du moins ses effets n’ont-ils pas été ressentis. À tel point que des centaines de milliers de jeunes Marocains partagent aujourd’hui ce sentiment qu’ils ne servent que de faire-valoir pour enrober des discours qui se répètent, des mesures qui se succèdent et se ressemblent…

Génération biberonnée au haut débit

Difficile de leur donner tort alors que le Maroc de 2018 peine encore à installer en bonne et due forme un Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, pourtant prévu par la Constitution il y a sept ans. Allez faire gober à cette génération biberonnée au haut débit et aux réseaux sociaux que « la jeunesse est une priorité ». Sans compter que ce fameux Conseil n’est qu’un remake d’une autre institution (le Conseil national de la jeunesse et de l’avenir), créée au début des années 1990 et censée rendre meilleure la vie des jeunes… Lesquels sont devenus parents depuis lors.


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Heureusement, l’espoir ne s’est pas totalement évanoui. En effet, si la jeunesse actuelle, toutes catégories sociales confondues, s’est résignée à accepter son statut de nouvelle et énième « génération sacrifiée », elle aspire encore à de meilleurs lendemains pour ses propres enfants. Des lendemains où la future génération préférera travailler et développer son pays plutôt que songer au moyen de traverser la Méditerranée.