Musique

Musique : Baaziz, ou le retour d’un trublion en Algérie

L’artiste, sur les planches du Théâtre national d’Alger, le 24 mai dernier. © fadila ouamrane

Le chanteur Baaziz remonte sur les scènes algériennes après quinze ans d’absence. En changeant d’univers musical et de ton.

Marinière blanc et rouge, voix tannée par les cigarettes, Baaziz nous accueille chez lui, dans un quartier tranquille des hauteurs d’Alger. Son appartement, sobrement décoré, est impeccable, il vient de passer la serpillière. Sur un meuble s’accumulent les photographies de sa vie d’artiste. Un micro sur pied trône au milieu du salon non loin de ses deux guitares : une sèche et une électrique. En lieu et place de la télévision, un ordinateur et une table de mixage : « C’est mon studio, c’est là que je répète et prépare mes spectacles », lance-t-il en souriant.

À 55 ans, Baaziz vient de signer pour plusieurs dates de concert en Algérie. Un retour sous les feux des projecteurs inattendu après quinze années d’absence. « Après le spectacle au Théâtre national d’Alger, le 24 mai dernier, tout est allé vite. L’opéra m’a donné une date fin juillet, et d’autres représentations se sont ajoutées pour la rentrée. »

 Mes chansons étaient très virulentes… ce qui faisait un peu peur aux programmateurs, lance-t-il dans un éclat de rire

Connu comme chanteur, auteur, compositeur à la plume aiguisée et au verbe pimenté, Baaziz commence sa carrière en 1989. À l’époque, il dénonce principalement la politique algérienne, ce qui lui vaut de ne plus pouvoir se produire dans le pays. « Mes chansons étaient très virulentes… ce qui faisait un peu peur aux programmateurs, lance-t-il dans un éclat de rire. En 2000, j’ai été invité à la télévision algérienne. Je devais chanter “Algérie mon amour” et j’ai finalement interprété “Les généraux”. Ils ont coupé l’antenne à cause de cette chanson. »

Baaziz fait finalement son sac et s’envole pour la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali. Il finira par en être expulsé, en 2008, et provisoirement interdit de séjour. C’est le temps des concerts en France et à l’international. « En 2011, j’ai donné mon dernier concert à Montréal. C’était magnifique, mais je voulais passer à autre chose, j’étais fatigué. J’ai eu une proposition en Tunisie pour travailler sur le projet Star Academy Maghreb, je me suis lancé. »

 J’ai perdu ma confiance dans le modèle démocratique occidental. Je me battais pour une Algérie moderne, c’était utopique

« Aujourd’hui, j’ai envie d’interroger la société. J’ai compris que le pouvoir n’est pas le seul responsable de ce qui se passe, en Algérie comme ailleurs. » Une cigarette à la bouche, il poursuit : « J’ai eu le temps de prendre du recul sur ce que j’ai écrit dans le passé. Il y a certaines chansons, comme “Démocratie”, que je n’interpréterai plus. »

À présent, il dit s’exprimer avec la même force, mais de façon différente. « J’ai perdu ma confiance dans le modèle démocratique occidental. Je me battais pour une Algérie moderne, c’était utopique. Dorénavant, ce qui inspire mes textes, ce sont les gens. Je trouve trop facile de dire : le peuple est gentil, et le pouvoir méchant. »

Un public au rendez-vous

Dans son nouveau spectacle, Chaabi je m’en fous, il quitte l’univers folk-rock pour chanter du chaabi. Cette musique populaire algérienne a bercé ce fils de musicien : « Il fallait que j’y revienne, ce spectacle en est l’occasion. » Baaziz est heureux, comme un gosse qui retrouve ses amis. Et son public est au rendez-vous : le 24 mai, le Théâtre national d’Alger était plein à craquer (plus de 700 personnes, de l’orchestre au troisième balcon) pour applaudir le grand retour de l’enfant terrible.

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