Politique

[Tribune] RDC : Pourquoi j’ai adhéré au Front commun pour le Congo

Par

Historien

Elikia M'Bokolo (Congo - RDC), historien, professeur des u!niversité. © Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

L'historien Elikia M'Bokolo explique ici les raisons qui l'ont poussé à rejoindre le Front commun pour le Congo, qui soutient Jospeh Kabila en RDC.

Serais-je le concepteur ou l’âme secrète du Front commun pour le Congo ? Au vu des réactions violentes et bassement injurieuses qu’a suscitées mon adhésion à la Charte constitutionnelle de cette nouvelle force politique, on pourrait le croire. Pourtant, je n’en suis que le 100e signataire, en tant que « personnalité indépendante », sur une longue liste de quelques centaines de personnes, partis et associations.

Dois-je rappeler que je suis un homme libre, qui ne reconnaît à personne le droit de lui dicter sa pensée, ses opinions, ses choix, ses actes ? Dois-je aussi rappeler que le temps terrible du parti unique et de la pensée unique a sombré avec la chute sans honneurs de la République mobutiste ?

Ces condamnations et ces injures montrent à quel niveau de médiocrité est tombée la politique congolaise. Engoncés dans la pensée unique et embourbés dans la misère matérielle, beaucoup sont persuadés qu’on ne prend des engagements que pour gagner de l’argent. Comment peut-on être assez imbécile pour penser qu’à mon âge, après la carrière qui est la mienne et dont je m’honore, je serais assez idiot pour ramper sous la table du prince en vue de grappiller quelques miettes du supposé festin ?


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Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’en tous lieux et en tous temps « savants » et « intellectuels » doivent se placer « au-dessus de la mêlée ». Il leur faut, certes, établir leur singularité et leur renom sur la base de leurs travaux. Mais, comme l’ont démontré tant d’autres avant moi en Afrique et ailleurs, il est des moments où le savant doit savoir quitter sa « tour d’ivoire » pour contribuer à éteindre l’incendie et à assainir les bourbiers. C’est ce que j’ai choisi de faire en m’associant au Front commun congolais. C’est mon droit le plus absolu. En politique, quand on choisit « pour », on choisit en même temps « contre ». Mon choix veut dire que je ne suis pas de ceux qui croient aux fils à papa, aux Berlusconi « modèle africain », ou aux porteurs de croix et de goupillons.

Mon adhésion au FCC s’inscrit dans la continuité de mes engagements. J’ai trois champions en RD Congo : la prophétesse Kimpa Vita, condamnée par l’Inquisition et brûlée vive (1706) pour avoir combattu l’esclavage et la déportation des Congolais aux Amériques ; le prophète Simon Kimbangu, condamné à mort pour avoir annoncé qu’« un jour le Noir sera blanc et le Blanc sera noir » et qui a croupi trente ans en prison (1921-1951) ; et Patrice Lumumba, bien sûr, assassiné par les colonialistes belges, dont les héritiers s’arrogent aujourd’hui le droit de donner des leçons de démocratie et de « bonne gouvernance » aux Congolais ! Je ne peux donc m’associer aux prétendus « opposants » qui, pour signer leur manifeste fondateur, n’ont trouvé d’autre endroit qu’une obscure banlieue de Bruxelles !

La vie politique congolaise a trop longtemps été un combat de coqs alimenté de trahisons, de retournements et de ralliements spectaculaires, tôt ou tard démentis, jamais clairement expliqués aux citoyens, réduits au rôle de spectateurs criards, manipulables à souhait, appelés à soutenir les « grands hommes » au nom d’arguments régionalistes, ethniques, xénophobes, avec l’aide de ces innombrables « frères en Dieu » dont on sait qu’ils ne crachent pas sur les espèces sonnantes et trébuchantes.


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La raison d’être du FCC est d’essayer de sortir de ce gigantesque bourbier. Avant le FCC, j’ai participé, toujours en tant que personnalité indépendante, à plusieurs initiatives visant à aplanir des divergences nationales. Durant les Concertations nationales (2011), j’ai plaidé au sein de la Commission des conflits, présidée par Thomas Luhaka (alors membre du Mouvement de libération du Congo, de Jean-Pierre Bemba), plusieurs dossiers cruciaux, dont celui du statut des « Congolais de l’étranger » et celui des moyens que, à notre avis, le gouvernement devait fournir à Jean-Pierre Bemba pour recruter les avocats les plus à même d’assurer sa libération.

J’ai participé, en cette même qualité de personnalité indépendante, à la grande réunion de réconciliation-conciliation, présidée par Edem Kodjo : mon groupe a proposé le schéma actuellement en place (Joseph Kabila président, un Premier ministre issu de l’opposition).

À la suite des tractations destinées à ramener l’Église catholique dans le forum, j’ai été de ceux qui pensaient qu’elle avait quitté sa place « au milieu du village » en se posant comme juge et partie. Dans cet État laïc qu’est le Congo (article 1 de la Constitution), les institutions religieuses doivent éviter de se mêler de politique et laisser leurs fidèles jouer pleinement leur rôle de citoyens. Puisque tel n’a pas été le cas, je n’ai pas cautionné l’« Accord du 31 décembre 2016 ».

Le FCC n’est pas le parti de Joseph Kabila : « son » parti (le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, PPRD) n’est que l’un des signataires de la Charte. Le credo du FCC (à chacun d’en prendre connaissance) est un ensemble de principes inséparables de l’État de droit. Sa ligne politique fait écho aux ambitions issues des longues luttes du peuple congolais et à sa détermination à prendre sa part dans le combat contre le désordre mondial actuel, fondé sur de multiples prédations, dont le Congo est l’une des principales victimes.

Il m’appartient de travailler avec les nombreuses associations membres du FCC à produire un projet politique et un programme de gouvernement. C’est aux citoyens qu’il appartiendra de choisir.

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