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Cet article est issu du dossier «Maroc : l'atout jeunes»

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Société

Maroc : Le Boulevard, un festival pas comme les autres

Le festival L'Boulevard. © Zakaria Latouri

Du 14 au 23 septembre, Casablanca accueillera la 18e édition de ce rendez-vous underground qui a permis l’émergence d’une scène alternative nationale.

Coiffures rock, style punk, du heavy metal à fond… C’est un Maroc méconnu que Le Boulevard des jeunes musiciens, communément appelé L’Boulevard, a permis de révéler dès son lancement, à la veille des années 2000, dans le sillage de l’ouverture engagée par Mohammed VI après son accession au trône.

Une ambiance de feu qui a rendu imberbes les islamistes de l’époque. « Les conservateurs ont utilisé tous les arguments pour nous combattre quand le festival a commencé à prendre de l’ampleur et à représenter un véritable phénomène de société, mais les choses ont beaucoup changé depuis, car nous-mêmes avons travaillé notre image », résume Mohamed Merhari, dit Momo, l’un des cofondateurs de l’événement.


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Au fil des années, L’Boulevard s’est fait une place de choix dans le calendrier des festivals urbains du continent. D’autant que les censeurs autoproclamés ont dû ronger leur frein à partir de 2009, quand un geste royal est venu cautionner le rendez-vous artistique.

Zakaria Latouri pour JA

Cette année-là, Mohammed VI a débloqué une enveloppe de 2 millions de dirhams (environ 177 000 euros), tirés de sa cassette personnelle, pour les allouer à l’hyper­active association EAC-L’Boulvart (Éducation artistique et culturelle), porteuse de l’événement, qui rassemble plus de 100 000 jeunes Marocains à chacune de ses éditions. Un geste de soutien que le souverain a réitéré quelques années plus tard, permettant ainsi au petit L’Boulevard de devenir grand et de révéler une culture urbaine marocaine.

Un budget sur la corde

Avec l’appui d’autres structures publiques, l’association a inauguré en 2010 une fabrique culturelle : le Boultek. Dans ses trois studios de répétition défilent une soixantaine de groupes par an, tandis que sa salle de concert programme des événements au moins une fois par semaine. « Entre le Tremplin et L’Boulevard, nous accompagnons chaque année quelque 70 groupes de jeunes musiciens », souligne Momo, qui, au gré des éditions, a vu une nouvelle scène marocaine éclore, se développer et se renouveler.

Chadi Ilias

Pour la sociologue Dominique Caubet, auteure d’un ouvrage sur la scène urbaine casablancaise, « EAC-L’Boulvart a été la structure qui a permis de fédérer le mouvement Nayda [“Debout !”]. Et on a même commencé à parler d’une “Movida” version marocaine, tout en mesurant les limites de la comparaison ».

En plus du tremplin des jeunes musiciens et du festival, dont la 18e édition se tiendra du 14 au 23 septembre, EAC-L’Boulvart organise deux événements de street art, l’un à Casablanca et l’autre à Rabat, pour lesquels l’engouement se confirme d’année en année. Une quinzaine de partenariats ont par ailleurs été noués avec des festivals à travers le monde, et les locaux du Boultek accueillent des résidences artistiques (pour une durée moyenne de trois mois), sans compter les dizaines d’ateliers de formation destinés aux enfants.


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Même s’il continue de grandir et de prendre de l’ampleur, l’événement reste toutefois vulnérable. Chaque année, ses organisateurs sont contraints de tirer le diable par la queue pour boucler les financements.

En 2016, par exemple, le festival musical a dû être annulé faute de sponsors, avant de reprendre une année plus tard. « Tout ce que nous gagnons sur L’Boulevard nous sert à faire tourner la fabrique culturelle et à assurer la tenue des autres grands événements que nous portons », explique Momo, qui confie que le budget de l’association se rapproche des 8 millions de dirhams, les meilleures années.

Un montant qui ne représente même pas le cachet de certains artistes internationaux que peuvent s’offrir d’autres festivals marocains importants. L’underground a encore du chemin à parcourir avant d’apercevoir le bout du tunnel.

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