Vie des partis

Burkina Faso : Zéphirin Diabré, envers et avec tous

Zéphirin Diabré lors du 2e Congrès de l'UPC, le 21 juillet 2018 à Ouagadougou. © Hippolyte Sama

Pour prendre sa revanche sur le président Kaboré en 2020, l’opposant Zéphirin Diabré est prêt à se rapprocher de ses ex-adversaires : les partisans de Blaise Compaoré.

Le palais des Sports de Ouaga 2000 a fait salle comble. Du 20 au 22 juillet, les 5 000 places de cette arène étaient toutes occupées pour le congrès ordinaire de l’Union pour le progrès et le changement (UPC, opposition). Sans surprise et à l’unanimité, son leader, Zéphirin Diabré, a été reconduit à la tête de la formation. « Nous sommes très satisfaits de cette mobilisation. Ce n’est pas anodin », se félicite-t-il.

Si cet homme de 58 ans se refuse encore à déclarer sa candidature à la présidentielle de 2020, il ne fait guère de doutes que « Zéph’ » se présentera face au sortant, Roch Marc Christian Kaboré, contre lequel il avait perdu dès le premier tour en 2015.

En attendant de sortir du bois, le chef de file de l’opposition aiguise sa stratégie. Celle-ci vise notamment à se rapprocher davantage des autres partis d’opposition, à commencer par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), de l’ancien chef de l’État Blaise Compaoré. Eddie Komboïgo, le patron du parti, était d’ailleurs présent au congrès de l’UPC, où il a multiplié les gestes à l’égard de Diabré.


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« Il faut savoir évoluer »

Ce copinage entre partisans de l’ex-président et ceux qui furent ses premiers opposants peut prêter à sourire. Il est toutefois totalement assumé par les responsables de l’UPC. « Il faut savoir évoluer. Nous nous sommes séparés en 2014 sur la question de la modification de l’article 37 [qui devait permettre à Compaoré de briguer un nouveau mandat et qui a provoqué sa chute], mais maintenant il faut regarder devant nous », assure Diabré.

Selon lui, il s’agit désormais de « peaufiner » ce rapprochement. Peaufiner et non créer, car les deux partis collaborent depuis qu’ils sont côte à côte dans les rangs de l’opposition. Ce fut le cas aux municipales de 2016, durant lesquelles l’UPC avait remporté plusieurs postes grâce au soutien d’élus du CDP, à commencer par des mairies d’arrondissement à Ouagadougou.


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La Coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC), de l’UPC, et la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (Coder), du CDP, se rencontrent régulièrement pour accorder leurs violons face à la majorité. « Nous envisageons de les rassembler », assure un baron de l’UPC. Pas question pour autant de présenter un candidat unique dès le premier tour en 2020.

Haine tenace

Pour Diabré, le calcul est simple. Trois grands partis, qu’il surnomme les « baobabs », structurent la vie politique burkinabè : le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) du président Kaboré, l’UPC et le CDP. Si les deux derniers parviennent à s’entendre, cela mettrait le premier en difficulté. Malgré l’impopularité de Compaoré, sa formation reste l’une des mieux implantées dans le pays. Bien qu’elle n’ait pas été autorisée à présenter de candidat à la présidentielle de 2015, elle avait obtenu 13 % des voix aux législatives, contre 20 % pour l’UPC et 34 % pour le MPP.

Accusant Kaboré de n’avoir encore rien fait pour la réconciliation nationale, « Zéph’ » entend en faire sa priorité s’il est élu. Convaincu qu’il est le seul à pouvoir parler aux barons du MPP comme à ceux du CDP, qui se vouent une haine tenace depuis leur divorce en 2014, il entend jouer les rassembleurs. « Le pays en a besoin », estime-t-il. Autre thème sur lequel le principal opposant veut concentrer ses efforts : la sécurité. Son pays est régulièrement visé par des attaques de groupes jihadistes depuis le départ de Blaise Compaoré.

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