Sécurité

G5 Sahel : le Mauritanien Hanana Ould Sidi, nouveau patron de la force conjointe antiterroriste

Le général Hanana Ould Sidi passe les troupes en revue, en 2016. © Cpl. Olivia McDonald/U.S. Marine Corps Forces Europe

Le chef d’état-major adjoint prend la direction de la force conjointe antiterroriste dans la région. Portrait d’un militaire exigeant, au sens politique aiguisé.

Le général mauritanien Hanana Sidi Hanana, dit Hanana Ould Sidi, qui remplace le général malien Didier Dacko à la tête de la force conjointe G5 Sahel, ne paie pas de mine. On imagine mal que le chef d’état-major adjoint des armées mauritaniennes, petit de taille et d’apparence souriante, soit la cheville ouvrière de toutes les opérations militaires de son pays.

Et pourtant : l’homme supervise aussi bien l’envoi d’un troisième bataillon en République centrafricaine, où l’ONU ne tarit pas d’éloge sur l’efficacité des Mauritaniens, que le recrutement en cours des hommes nécessaires pour la participation de la Mauritanie aux opérations militaires dans le reste du Sahel. C’est encore lui qui donne à la chasse aérienne l’ordre de tirer sur les trafiquants de drogue qui tentent de traverser l’extrême nord du pays, « mais sans les tuer, pour qu’ils puissent répéter ensuite qu’on ne passe pas en Mauritanie », explique-t-il.


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Le général Sidi, né le 31 décembre 1956 à Bassiknou (Sud-Est), est le fils du chef des Oulad Daoud, une tribu guerrière à cheval sur la frontière mauritano-malienne. À 22 ans, il s’engage dans l’armée, qui l’envoie comme élève officier à Meknès, au Maroc. Et après avoir commandé plusieurs régions militaires, il gravit les échelons un à un : aide de camp du chef de l’État en 2003, directeur général de la sécurité extérieure et de la documentation en 2005, puis inspecteur général des forces armées de 2009 à 2013, année où il est nommé chef d’état-major adjoint.

Reconstruire une armée moderne

Avec son chef, le général Ghazouani, et surtout le président, Mohamed Ould Abdelaziz, il partage cette ambition de reconstruire une armée moderne après les échecs de la guerre contre le Polisario, à la fin des années 1970, et les déboires face aux assauts du terrorisme islamiste jusqu’en 2011.

Le plus difficile est de donner du moral, de la fierté et de la combativité aux hommes

« Les unités doivent être au top sur tous les plans : carburant, munitions, pièces détachées, nourriture, eau, pneus, etc., déclarait Hanana Ould Sidi en mars dernier à Jeune Afrique. Car elles doivent être totalement autonomes et opérationnelles. »

« Mais, prévenait-il, le matériel ne suffit pas. Le plus difficile est de donner du moral, de la fierté et de la combativité aux hommes. C’est une question de formation et d’entraînement. »

Aujourd’hui, la Mauritanie est le plus sûr des cinq pays du G5 Sahel : plus un seul attentat n’y a été commis depuis 2011. Aucune attaque n’est à redouter du côté de la frontière est, car les ergs du Sahara interdisent toute pénétration hostile. La frontière nord, elle, est sécurisée par les Brigades spéciales équipées de véhicules tout-terrain qui travaillent en coopération avec l’aviation.

Dans ces zones désertiques, il est facile de repérer des agresseurs et de les détruire

Depuis 2008, les budgets des armées ont progressivement dégagé des moyens pour parvenir à ce niveau d’excellence. « Dans ces zones désertiques, il est facile de repérer des agresseurs et de les détruire, explique le général Sidi. En revanche, dans les zones peuplées du Sud, près du fleuve Sénégal, le repérage est plus difficile. Nous connaissons leurs chefs, mais pas leurs troupes. C’est là qu’il faut de bonnes informations pour pouvoir anticiper. »


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Ancien du renseignement, le général voit converger vers lui les données collectées par les agents infiltrés dans les bases arrière des jihadistes, mais est aussi informé de qui surveille les mosquées et les marchés en territoire malien.

Le chef d’état-major adjoint considère que « la guerre n’est jamais bonne ». Une sorte de sage, qui sait aussi que la lutte contre les terroristes sera longue et pas seulement militaire. « Au début, raconte-t-il, ils n’étaient pas à l’aise dans la population malienne. Aujourd’hui oui, parce qu’ils ont creusé pour elle des puits. Ils la soignent, la nourrissent et la protègent. Cette population, qui se sent abandonnée, est de leur côté. Pour la détacher des terroristes, il faut agir politiquement, économiquement, socialement et religieusement. »

Des moyens qui tardent à arriver

Comme le chef de l’État mauritanien, le général Sidi croit dans la force conjointe du G5 Sahel pour rétablir un début d’ordre dans les immensités désertiques de la région. Les relations sont bonnes entre les états-majors des cinq pays. Les bataillons se constituent lentement. Mais il manque du matériel, et les quelque 420 millions promis par l’Europe, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe pour former et équiper les 5 000 hommes appelés à progressivement remplacer sur le terrain l’opération française Barkhane tardent à venir.

Le nouveau patron de la force conjointe croit que l’appui promis finira par arriver, mais, comme tous les responsables mauritaniens, c’est sur la suite qu’il s’interroge : « Le problème, ce sera la continuité de cet effort financier. » Et pendant de nombreuses années.


Oumar Bikimo, tête de colonne

Aux côtés de Hanana Ould Sidi, c’est un combattant aguerri qui devient chef d’état-major adjoint de la force G5 Sahel. Le général de division Oumar Bikimo incarne lui aussi les valeurs militaires de son pays, le Tchad, que cette nomination récompense enfin.

Né à Faya-Largeau, dans le Nord, en 1960, Oumar Bikimo s’engage dans l’armée dès son 18e anniversaire. Formé aux États-Unis aux opérations de maintien de la paix et à la gestion des ressources humaines et matérielles, il alterne des postes domestiques – à la garde présidentielle, dans la zone du Tibesti, à la présidence de la République, aux états-majors, à la Garde nationale et nomade – avec des responsabilités à l’étranger.


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(par Maman Sambo Sidikou, secrétaire permanent du G5 Sahel)


Dans l’univers hostile du Sahara

En 2006, il dirige la première intervention militaire conjointe de la Cemac en Centrafrique. Surtout, il est à partir de 2013 le commandant en chef des Forces armées tchadiennes au Mali (Fatim). Un an après, il est nommé adjoint du commandant de la Minusma. Selon divers témoignages, il rongeait son frein à la tête de cette troupe plus habituée à prendre des coups qu’à en donner. Le général Bikimo a une longue expérience des combats dans l’univers hostile du Sahara. En 2004, il neutralise dans le Tibesti des éléments du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) commandés par l’un de ses chefs algériens, Abdelaziz « El Para ».

En 2013, il est à la tête des colonnes tchadiennes qui prennent en tenaille des terroristes dans l’Adrar des Ifoghas. Elles ressortent victorieuses de ces affrontements, aidées par les troupes françaises. La nomination du Tchadien Oumar Bikimo comme commandant en second des 5 000 hommes qui formeront la force de frappe du G5 Sahel met du baume au cœur à son président, Idriss Déby Itno, ulcéré d’être considéré avec méfiance par les autres pays d’Afrique de l’Ouest.


Pas de soldats mauritaniens au Yémen

Le bruit a couru que la Mauritanie enverrait au Yémen des troupes aux côtés des forces saoudiennes pour combattre les rebelles houthis. Réponse du général Sidi : « Il n’y a pas de militaires mauritaniens au Yémen. Dans ce pays comme en Afghanistan, où la géographie est propice à la guérilla et où les tribus ont une forte tradition guerrière, personne ne peut gagner. Il faut discuter. »

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