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Mohamed Mbougar Sarr à Paris, en septembre 2021

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Prix Goncourt 2021 : Mohamed Mbougar Sarr, la littérature et la vie

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Et il est comment le dernier… Mohamed Mbougar Sarr ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20:35

De purs hommes, Mohamed Mbougar Sarr Philippe Rey / Jimsaan

Véritable fil rouge de son roman « De purs hommes », le thème de l’homosexualité permet à Mohamed Mbougar Sarr d’exprimer les contradictions d’une société.

En toile de fond, le Sénégal. Plus précisément sa capitale, Dakar, et son lot de paradoxes… Dans De purs hommes, Mohamed Mbougar Sarr livre un récit multidimensionnel avec, pour fil rouge, le thème de l’homosexualité.

Une question ô combien épineuse dans un pays où le goorjigeen (« homme-femme », en wolof) est considéré comme une aberration de la nature, un individu dépourvu du droit d’existence, un criminel tant au regard de la loi des hommes que de celle de Dieu, qui, socialement, pèsent lourd. Sarr part d’un fait-divers : la violente exhumation d’un corps dans un cimetière musulman. Un corps qui, étant exhibé nu, à la merci de la vindicte populaire, est « mis à mort » une deuxième fois.

Paradoxalement, dans cette scène décrite avec un luxe de détails saisissants, le lecteur est pris à la gorge mais éprouve à la fois une fascination morbide. Car dans ce roman, entre apprentissage et introspection, l’auteur livre un récit complexe, subtil, qui renvoie au cheminement de son héros. Celui-ci, un jeune professeur de lettres sénégalais, tombe sur une vidéo de l’exhumation. Et cette humiliation post-mortem filmée au téléphone portable le plonge dans un profond désarroi avant de le conduire à emprunter de dangereux sentiers.

Une société homophobe

L’auteur tire le fil de l’abominable, usant d’une verve nerveuse parsemée de subtiles évocations érotiques, mais surtout gorgée de convictions profondes – comme le droit à la différence – assénées tels des coups de hache. À travers les pérégrinations du héros, Sarr exprime les contradictions d’une société comme abrutie par des préceptes dont on ne situe plus vraiment l’origine. Comment comprendre l’admiration d’une société homophobe pour le superbe danseur aux jal-jali (ceintures de hanches), lourdement fardé, aux ongles vernis, à la robe pailletée et à la longue chevelure, qui vient amplifier la délicieuse folie du sabar, cette enivrante danse des corps ?

On note aussi une admirable charge poétique portée par l’inclination d’un vivant envers un mort, socle d’une interrogation constante sur ce qui fait que l’on est homme ou qu’on ne l’est pas. Sur la frontière si poreuse entre le pur et l’impur. « Ils appartenaient de plein droit à l’humanité pour une raison simple : ils faisaient partie de l’histoire de la violence humaine. » C’est ce que déroule Mohamed Mbougar Sarr dans ce roman percutant : les traits de la violence entre « purs hommes ».