Diplomatie

Chine-Afrique : Xi Jinping, en tournée impériale

Le chef de l’État a fait inscrire son nom dans la charte du PCC, faisant de lui l’égal de Mao Zedong. © Lan Hongguang/XINHUA-REA

C’est auréolé de son statut de nouvel empereur que le président chinois entame son voyage officiel en Afrique, placé sous le signe de la coopération économique. À Dakar, Kigali et Jo’burg, on déroule les tapis rouges.

C’est donc en Afrique – après une courte étape aux Émirats arabes unis – que Xi Jinping va étrenner ses habits de « nouvel empereur ». Le président chinois s’est rendu au Sénégal (les 21 et 22 juillet), avant de se rendre au Rwanda (le 23), en Afrique du Sud (du 23 au 27) et enfin à Maurice (du 27 au 29). Il s’agit de sa première tournée internationale depuis qu’il a été réélu à l’unanimité par le Parlement pour un nouveau mandat de cinq ans, le 17 mars.

Cette tournée n’a rien d’anodin à l’heure où son grand dessein « une ceinture, une route » (« Yidai, Yilu » en mandarin), aussi dénommé « nouvelles routes de la soie », devient peu à peu réalité en Asie, en Europe et en Afrique. Là, une ligne de chemin de fer entre Djibouti et Addis-Abeba. Ici, une autre reliant Nairobi et Mombasa. Dans ce projet pharaonique de mondialisation de la Chine – et de sinisation du monde ? –, destiné notamment à écouler les flots de marchandises produites par l’empire du Milieu, l’Afrique occupe une place à part.

Alors que les voisins de Pékin en Asie s’inquiètent de l’inexorable expansion de sa puissance militaire, que les États-Unis l’ont désigné premier rival commercial et que l’Europe s’affole à chaque nouvelle prise de participation chinoise dans ses entreprises, Macky Sall accueille M. Xi avec un enthousiasme non feint. On le serait à moins. La Chine a augmenté de 120 % ses investissements directs au Sénégal entre 2016 et 2017, à 110 millions de dollars (94,6 millions d’euros).

Ses entreprises sont engagées sur de grands chantiers structurants comme la construction de l’autoroute d’Ila Touba ou celle du pont de Foundiougne. L’agence de presse officielle Xinhua assurait, le 18 juillet, en prévision de l’étape dakaroise, que la coopération économique serait « au cœur de la visite officielle ». Elle promettait aussi que « le partenariat stratégique global sino-sénégalais [allait entrer] dans une nouvelle ère », au moment où le Sénégal s’apprête à devenir un important producteur de gaz avec l’entrée en production en 2021 du champ de Grand Tortue Ahmeyim.

Règne sans partage

Le président Paul Kagame peut également se réjouir. « Une ceinture, une route » est pour le Rwanda une promesse de désenclavement comme aucune autre, avec l’espoir de raccrocher les wagons qui mènent au port de Mombasa et à celui de Djibouti. Quant au président Cyril Ramaphosa, il accueillera à Johannesburg, à l’occasion du sommet des Brics, qui s’y tiendra les 26 et 27 juillet, son premier partenaire commercial, avec lequel il accuse un déficit commercial de près de 6 milliards d’euros par an. Tous ces chefs d’État espèrent bénéficier de nouveaux crédits avantageux et pourquoi pas, un jour, de profiter de la politique de relocalisation des industries manufacturières que Pékin a entamée en Éthiopie.

Mais le continent ne reçoit plus tout à fait le même homme que lors de ses précédentes visites. Le premier des princes rouges, que les pékinologues décrivaient comme un réformateur lorsqu’il a succédé à Hu Jintao, en 2012, en tant que Premier secrétaire du Parti communiste chinois (PCC), a peu à peu confisqué les clés de toutes les portes de la Cité interdite. Sous prétexte d’une campagne anticorruption, il a éliminé un à un ses rivaux, supposés comme réels. Il a affaibli les pouvoirs du gouvernement et de son Premier ministre, Li Keqiang, en multipliant le recours aux commissions au sein du PCC. Organisé le retour au culte de la personnalité qui fait généralement basculer les régimes autoritaires dans la dictature. Et, enfin, fait sauter, en mars, le verrou constitutionnel qui l’empêchait de briguer de nouveaux mandats ad vitam aeternam. Au point que de nombreux observateurs le décrivent aujourd’hui comme « l’homme le plus puissant de la planète ».

Selon lui, le pouvoir autoritaire est plus efficace que la démocratie

« Il a trompé son monde, juge le sinologue et professeur à Sciences-Po Paris, Jean-Philippe Béja. Personne ne s’attendait à ce qu’il aille si loin et si vite dans l’inversion de la politique menée depuis Deng Xiaoping. Il est même parvenu à inscrire sa pensée et surtout son nom dans la charte du PCC, faisant de lui l’égal de Mao Zedong. » Sous des traits bonhommes, le fils de dirigeant révolutionnaire déchu fait preuve d’une ambition tenace. À 21 ans, en 1974, après un exil forcé de six ans, le jeune Xi Jinping essuie neuf refus avant de voir sa demande d’adhésion au PCC acceptée. De là, il gravira tous les échelons de l’appareil, jusqu’à devenir près de quarante ans plus tard l’incarnation du pouvoir chinois.

En Afrique comme ailleurs, M. Xi défend d’ailleurs l’idée que le pouvoir autoritaire est plus efficace que la démocratie. Il promeut, selon ses propres termes, « la critique des idées de valeur universelle, de démocratie constitutionnelle et de néolibéralisme » au profit d’une « foi infaillible dans le socialisme à caractéristiques chinoises ». Cette vision en séduit plus d’un sur le continent, et « tonton Xi » devrait pouvoir la développer encore longtemps.

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