Agroalimentaire

[Tribune] Les sols, grands oubliés des politiques agricoles

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Journaliste économique à Jeune Afrique, en charge de l'agrobusiness et de la production électrique

En Algérie, l'agriculture représente 12% du PIB algérien. © Magharebia/CC/Flickr

Il est courant d'expliquer les piètres performances de l’agriculture africaine par les faibles doses d’engrais administrées aux terres cultivées. Mais la qualité des sols - souvent très dégradés - est aussi un facteur à prendre en compte.

Sur tous les continents, à toutes les institutions et à tous les gouvernements, le professeur indien Rattan Lal, l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la « science des sols » et Prix Nobel de la paix 2007 – en tant que membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) –, martèle inlassablement son message : « Le sol est la fondation de toute vie. Il doit être à la base de toute politique agricole digne de ce nom et la première de nos priorités. »

Le 29 juin, au Forum Planet A, à Châlons-en-Champagne (France), celui qui travailla près de vingt ans en Afrique (1969-1987), tout particulièrement au Nigeria pour l’Institut international de l’agriculture tropicale (IIAT), a de nouveau interpellé son auditoire : « Peu importe combien de fertilisants vous administrez à vos terres, peu importe combien vous les irriguez ou combien d’OGM vous y faites pousser, le plus important, la première mesure que vous devez entreprendre, c’est de restaurer les sols dégradés. »

Cette injonction qui semble des plus rationnelles ne va pas de soi. Tant s’en faut. « Je me répète, c’est vrai, concède Rattan Lal en aparté, mais les gouvernants ne m’entendent pas. Alors je continue. »


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Un rendement céréalier médiocre

En 1961, le rendement du mil en Afrique était de 0,58 tonne par hectare. En 2016, il était de 0,68 t/ha (+ 17 %). Sur la même période, celui du sorgho n’a guère davantage progressé, de 0,81 t/ha à 0,98 t/ha (+ 21 %). Le maïs fait certes mieux, en cinquante-cinq ans son rendement sur le continent a crû de 85 % (de 1,04 t/ha à 1,93 t/ha).

Javier Mármol/CC/ Flickr

Mais si on le compare à l’évolution du rendement des céréales dans le monde sur la période (+ 194 %), la performance reste médiocre, d’autant que sur le continent il partait de plus bas.

Lorsqu’il pleut, l’eau ne pénètre pas et s’évapore. Si vous y mettez des nutriments, aux premières pluies, ils se volatilisent dans l’atmosphère

« La raison est évidente, juge le désormais professeur de l’université de l’Ohio (États-Unis), les sols africains sont dégradés. Leur concentration en matière organique est très inférieure à ce qu’elle devrait être. Dans des pays comme le Niger, le Sénégal ou le Burkina Faso, elle oscille entre 0,05 et 0,1 % quand les sols les plus adaptés aux cultures ont des taux supérieurs à 2 %. Lorsqu’il pleut, l’eau ne pénètre pas et s’évapore. Si vous y mettez des nutriments, aux premières pluies, ils se volatilisent dans l’atmosphère. »

Politique de long terme

Il est courant pour expliquer les piètres performances de l’agriculture africaine de mettre en exergue les faibles doses d’engrais (environ 15 kg/ha) administrées aux terres cultivées, dix à vingt fois inférieures à ce qui se pratique ailleurs.

Restaurer une terre ne prend pas un ou deux ans mais une à deux générations

« Mais dans un sol dégradé, leur efficacité est divisée par cinq », rappelle M. Lal. À écouter cet homme plein de bon sens, on a du mal à comprendre pourquoi il n’est pas plus entendu. Lui a une idée : « Restaurer une terre ne prend pas un ou deux ans mais une à deux générations. Je pense que les gouvernants n’aiment rien moins que les politiques de long terme. » Ils ont sans doute trop peur de n’en récolter aucun fruit.

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