Diplomatie

[Tribune] L’Afrique centrale, moteur de l’intégration continentale en panne

Par

François Louncény Fall est secrétaire général adjoint des Nations unies, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale (Unoca).

Siège de la Banque de Développement des Etats de l'Afrique Centrale (BDEAC), à Brazzaville (Congo). © Baudouin Mouanda pour JA.

Les espoirs affichés lors de la signature de l'accord sur la Zone de libre-échange continentale, à Kigali, ne deviendront réalité qu'à la condition que les États mettent en place desolitiques socio-économiques capables d’induire un développement durable et inclusif, ainsi que des mécanismes de prévention des conflits et de gestion pacifique des crises.

Le 21 mars 2018, les pays africains ont fait un pas important vers l’intégration en signant à Kigali, au Rwanda, l’accord sur la zone de libre-échange continentale (zlec). Le succès de cette initiative, et de tant d’autres qui ont été prises pour renforcer l’intégration régionale en Afrique, sera tributaire des progrès réalisés par les cinq communautés économiques régionales (CER) qui constituent la charpente tant de l’intégration politique et économique que de l’architecture de paix et de sécurité du continent.

Or, si des progrès tangibles ont été accomplis par certaines d’entre elles, notamment par la Cedeao et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), d’autres avancent à un rythme plus lent, comme la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Il est évident que l’intégration africaine passera par la CEEAC ou ne se fera pas

Mais compte tenu de la situation géographique de cette CER au cœur du continent – qui en fait la seule ayant des frontières avec chacune des quatre autres –, de ses immenses ressources naturelles et de son potentiel énergétique, il est évident que l’intégration africaine passera par la CEEAC ou ne se fera pas. Ses dirigeants doivent d’ailleurs rencontrer leurs homologues ouest-africains à l’occasion d’un sommet inédit, à Lomé, le 30 juillet.

L’Afrique centrale devra servir de pont entre les différentes CER : les infrastructures reliant l’Afrique, du Cap au Caire et de Djibouti à Dakar, passeront ainsi par cette région. Mais leur réalisation ne sera possible que si sa situation sociopolitique et sécuritaire le permet.

Vincent Fournier/JA

Elles sont donc tributaires, en fin de compte, de la capacité des États d’Afrique centrale à mettre en place des politiques socio-économiques capables d’induire un développement durable et inclusif, ainsi que des mécanismes adéquats de prévention des conflits et de gestion pacifique des crises.

Il est vital de renforcer l’intégration sous-régionale au-delà de la Cemac pour embrasser l’ensemble des États membres de la CEEAC

Certes, des progrès ont récemment été réalisés, notamment la libre circulation des personnes entre les six États membres de la Cemac, zone dotée d’une monnaie unique et d’institutions communes dans divers domaines.

Cependant, certains pays importants, tant par leur superficie et leur démographie que par leur économie, tels que l’Angola et la RD Congo, n’en font pas partie, ce qui limite la portée de ces progrès. Il est donc vital de renforcer l’intégration sous-régionale au-delà de la Cemac pour embrasser l’ensemble des États membres de la CEEAC.


>>> À lire – Afrique centrale : chute des cours des matières premières, un mal pour un bien ?


D’autres organisations sous-régionales existent en Afrique centrale et poursuivent des objectifs similaires à ceux de la CEEAC. Afin de mettre de l’ordre dans cette situation et renforcer l’efficacité des institutions sous-régionales, les États d’Afrique centrale ont entamé un processus de rationalisation des CER de la sous-région, mené par le Cameroun. Il vise à mettre en place des mécanismes appropriés pour renforcer la coopération et les synergies, tout en évitant les duplications et en établissant une répartition efficace des responsabilités sur la base des avantages comparatifs de chaque organisation.

Il est évident que ce travail devra déboucher sur le renforcement du rôle de la CEEAC, qui est reconnue par l’Union africaine (UA) comme le pilier de l’intégration continentale en Afrique centrale. Cependant, pour jouer pleinement son rôle, celle-ci devra aussi faire son aggiornamento. C’est tout le sens du processus de réforme institutionnelle de la CEEAC conduit par le Gabon.

La Communauté telle qu’elle existe aujourd’hui n’a, en effet, pas la capacité de faire efficacement face aux défis auxquels l’Afrique centrale est confrontée, qu’il s’agisse des crises à ramification régionale – comme celles qui traversent le bassin du lac Tchad, la Centrafrique et la RD Congo –, du braconnage, de la piraterie dans le golfe de Guinée, des crises postélectorales, des trafics d’armes et de la libre circulation des personnes et des biens.

Les Nations unies sont convaincues que la rationalisation des CER d’Afrique centrale ainsi que la réforme institutionnelle de la CEEAC sont nécessaires pour réaliser pleinement l’intégration en Afrique centrale et créer les conditions adéquates d’une paix et d’un développement durables dans la sous-région. C’est ainsi que le Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale (Unoca) s’efforce de mobiliser la communauté internationale pour que ces deux processus soient menés à terme, de manière graduelle et synchronisée, pour plus d’efficacité.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte