Politique

Guinée équatoriale : Obiang Nguema, sous l’arbre à palabres

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo © Panafrica international

Et si cette fois, c’était la bonne ? Le président équato-guinéen Obiang Nguema dit vouloir libérer les prisonniers politiques et dialoguer avec l’opposition. Échaudés, ses détracteurs doutent de sa sincérité.

« Un prédateur furtif, opportuniste et solitaire, qui s’approche de sa proie en rampant à couvert. » Pour ses détracteurs, la Panthère de Malabo ressemble en tout point à la définition du félin donnée par Wikipédia. Pourquoi Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a-t-il convoqué le 13 juin, par décret, un dialogue national devant réunir toute l’opposition, intérieure et extérieure ? En trente-neuf années d’un pouvoir sans partage, il s’agit de la sixième tentative de réconciliation.


>>> A LIRE – Guinée équatoriale : Obiang veut dialoguer, l’opposition pose ses conditions


Amnistie des prisonniers politiques, promesse d’un dialogue inclusif encadré par la communauté internationale… La recette de juillet 2018 a la même saveur que celle de novembre 2014, date du dernier round de négociations.

Dialogue national en l’absence des principaux opposants

Si la tenue de la rencontre était incertaine, elle s’est finalement ouverte comme prévue le 16, et devrait se clore le 21 juillet. Et ce malgré les retards constatés dans l’envoi des invitations aux partis politiques ayant accepté la main tendue, et l’absence de tenue d’un comité préparatoire pour définir le programme de travail.

La Cored, principale coalition en exil, a décliné la proposition

La Convergence pour la démocratie sociale (CPDS, opposition), avait demandé une extension de vingt jours de la durée du dialogue. Quant à la Cored, principale coalition en exil, dont fait notamment partie l’opposant historique Severo Moto Nza, elle a tout simplement décliné la proposition, soupçonnant « une nouvelle ruse du pouvoir ».

En 2014, le dialogue s’était en effet soldé par le ralliement au régime d’un certain nombre d’opposants. Cette fois-ci, Obiang Nguema entendrait constituer un gouvernement d’union nationale. D’autres sources avancent que le maître de Malabo envisagerait même de convoquer une élection présidentielle anticipée (il a été réélu en avril 2016, et son mandat court jusqu’en 2023).

Mikhail Metzel/AP/SIPA

C’est pour donner du crédit à la démarche que les diplomates internationaux en poste à Malabo ont été conviés, tout comme l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale, le Guinéen François Louncény Fall, présent lors de l’ouverture le 16 juillet. Il s’était d’ailleurs entretenu avec le chef de l’État équato-guinéen dans la capitale, à la fin de juin. L’Union africaine a également dépêché un représentant. Même chose pour la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).

Crise interne

En Guinée équatoriale, l’histoire invite à la prudence. Mais quelques éléments de contexte ne peuvent être mis sous le tapis : le premier est une double crise, économique et politique. Même si le prix du baril de pétrole est remonté à 70 dollars, les finances et la croissance du pays ont été durablement affectées par la chute des cours entamée il y a quatre ans. Si les prévisions du FMI pour 2018 se confirment, Malabo vivra une nouvelle récession (- 8,5 %) pour la sixième année consécutive.

En décembre 2017, un coup d’État déjoué est par ailleurs venu fragiliser un peu plus le régime. Malabo soupçonne fortement l’opposition en exil, mais aussi des membres du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir). Parmi eux, Ruben Clemente Nguema, à la fois fils du ministre de l’Intérieur et président de la cour provinciale de Bata, actuellement exilé en Espagne. Également dans le viseur, l’ex-ambassadeur au Tchad et ancien secrétaire d’État à la Sécurité nationale, Enrique Nsue Anguesomo, toujours aux arrêts. Cette crise interne a conduit Obiang Nguema à resserrer son premier cercle.

La Panthère de Malabo redoute de connaître la même fin que Dos Santos

Problèmes de santé

Selon son entourage, ces années de fonction l’ont « fatigué ». D’autres événements régionaux l’auraient enfin convaincu d’amorcer une transition pacifique. Le départ de José Eduardo Dos Santos, en août 2017, après trente-huit années passées à la tête de l’Angola, et les limogeages en série dont ont été victimes les membres de son clan l’ont troublé. L’analogie entre sa position et celle de ses propres enfants – Téodorìn, vice-président et infatigable jet-setteur, et Gabriel, ministre du Pétrole – est évidente.

Frank Franklin II/AP/SIPA

Au Zimbabwe, la destitution de Robert Mugabe par des militaires, en novembre 2017, l’a également ébranlé. D’aucuns soupçonnent enfin des problèmes de santé, mais son check-up, effectué en juin pendant quinze jours aux États-Unis, n’a rien révélé d’anormal.

À 76 ans, Zé Bere Ekum (« la panthère aux aguets » en fang) a vécu la lutte pour l’indépendance contre l’Espagne, dont le cinquantième anniversaire est fêté cette année. Il a connu la dictature sanglante de son oncle, Francisco Macias Nguema, qu’il a renversé le 3 août 1979. Il a échappé à quatre coups d’État, mais rarement aux critiques. Réconcilier le pays sera-t-il son dernier défi ?

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte