Politique

Kenya : William Ruto et Uhuru Kenyatta, une rupture inéluctable ?

© Infographie JA

Le président Uhuru Kenyatta devait passer le relais en 2022 à son colistier, William Ruto, son vice-président. Leurs relations se sont récemment tendues, le signe d'un revirement de la part du chef de l'État ?

Confortablement assis dans le jardin de sa luxueuse résidence, dans le quartier tout aussi chic de Karen, à Nairobi, William Ruto n’y va pas par quatre chemins : « Je n’ai pas soutenu Uhuru Kenyatta [en étant son colistier lors des présidentielles de 2013 et 2017] pour qu’il soutienne en retour [ma candidature à celle de 2022]. »

En lançant cette pique le 8 juillet au micro de la chaîne NTV, le vice-président confirme les rumeurs qui circulaient depuis plusieurs semaines : ses relations avec le chef de l’État ne sont pas au beau fixe.

L’idylle politique entre Ruto et Kenyatta, qui avaient formé le ticket gagnant des deux derniers scrutins présidentiels, semble toucher à sa fin. En mai, Kenyatta a lancé une vaste opération anticorruption, que les partisans du vice-président perçoivent comme une attaque directe à leur endroit. Plusieurs proches de Ruto, soupçonnés d’avoir trempé dans des affaires de détournement de fonds au sein d’agences gouvernementales du secteur de l’énergie, sont en effet visés.

Ben Curtis/AP/SIPA

Dans l’entourage du futur candidat, on ne croit pas à un hasard et on note que ces scandales éclatent au moment même où les partisans de Kenyatta reprochent à Ruto de faire déjà campagne pour le prochain scrutin.

L’alliance entre ces deux poids lourds de la vie politique kényane a toujours reposé sur de fragiles fondations

Mariage de circonstance

Paranoïa ou accusations fondées ? Toujours est-il que la rupture paraît inéluctable. L’alliance entre ces deux poids lourds de la vie politique kényane a toujours reposé sur de fragiles fondations. Déjà, lors des négociations qui conduisirent à la création de la coalition Jubilee en 2013, la plupart des observateurs avaient vu dans leur union un mariage de circonstance.

Au lendemain des violences postélectorales qui, en 2007-2008, firent plus de 1 500 morts, Uhuru Kenyatta, issu de l’ethnie kikuyue, et William Ruto, le Kalenjin, tous deux sous le coup de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans cette crise, se rapprochèrent afin de mieux se protéger.

L’accord – tacite – voulait que Kenyatta brigue la présidence en 2013 et se fasse réélire quatre ans plus tard. Ruto, dans le rôle du colistier, devait ensuite disposer du soutien de la coalition pour la présidentielle suivante. Stratégie payante dans un premier temps, puisque les deux hommes bénéficièrent d’un non-lieu à la CPI et que Kenyatta remporta un second mandat en octobre 2017, au terme d’une élection une nouvelle fois chaotique.

Peu imaginaient que l’union « UhuRuto » tiendrait après l’abandon des poursuites de la CPI

Deux autres poids lourds

Peu imaginaient que l’union « UhuRuto » tiendrait après l’abandon des poursuites de la CPI (en 2014 pour Kenyatta, en 2016 pour Ruto). Kenyatta a beau avoir besoin de l’United Republican Party (URP) de Ruto pour ne pas fragiliser sa majorité au Parlement, il sait sa base et son propre parti profondément hostiles à Ruto.

Ben Curtis/AP/SIPA

La logique des calculs électoraux, qui prévalait depuis près de dix ans, risque fort de voler en éclats. En se réconciliant en mars avec Raila Odinga, son rival à la dernière élection présidentielle, Kenyatta a ramené sur le devant de la scène un autre poids lourd de la politique. Il a également engagé des discussions avec Gideon Moi. Fils de l’ancien président Daniel arap Moi, ce sénateur de l’Ouest, Kalenjin comme Ruto, nourrit lui aussi de grandes ambitions.

Si cette stratégie fonctionne, Kenyatta pourrait mettre le candidat de son choix sur orbite en 2022 et laisser Ruto sur le bord de la route. Pas sûr que ce dernier se laissera faire.

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