Politique

[Tribune] Agents publics, sortez de l’entre-soi

Par

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Le quartier commercial de Ganhi à Cotonou, capitale économique du Bénin, le 23 février 2016 (photo d'illustration). © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Le corporatisme à outrance dans les pays africains empêche la circulation des compétences et n'améliore pas le rendement des politiques publiques, selon Oswald Padonou.

En Afrique francophone, s’il y a une chose dans l’organisation de nos services publics que nous n’avons sans doute pas héritée de l’ancien colonisateur – en dehors de la « petite » corruption à laquelle vous avez opportunément pensé, la grande existant partout –, c’est bien le corporatisme à outrance, qui empêche la circulation des idées et des compétences, et amoindrit l’efficacité de l’action publique.

On connaissait déjà la célèbre formule de Platon : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre. » La géométrie étant la justesse, soit la justice distributive, par opposition à la justice commutative qui établit l’égalité arithmétique. Au fond, le philosophe disait simplement : « Que personne d’injuste ne s’introduise subrepticement ici. » Or, depuis des lustres, sa pensée a été travestie un peu partout et particulièrement en Afrique.

Trouble-fêtes

Comme pour justifier la pratique de l’entre-soi, la légitimation d’un corporatisme assumé qui rejette tout « intrus » et entretient plus qu’une identité, un cercle vicieux où l’ouverture d’esprit peut être exceptionnellement la qualité de quelques trouble-fêtes.

Dans les ministères assumant des fonctions régaliennes, il est de notoriété publique que les Finances « appartiennent » aux inspecteurs des finances (au sens large), la Défense aux officiers généraux et supérieurs, l’Intérieur aux administrateurs civils et commissaires de police, les Affaires étrangères aux diplomates et la Justice aux magistrats. Quelque part, cela va de soi, au regard des missions assignées à ces administrations.

Des magistrats peuvent valablement servir à des postes stratégiques au ministère des Finances, par exemple

Prébendes et rentes

Mais à y voir de plus près, et en comparant nos pratiques avec celles de certains États du Nord, on se rend compte que, en fonction de leurs spécialisations, de leurs parcours et de leurs centres d’intérêt, des magistrats peuvent valablement servir à des postes stratégiques au ministère des Finances, par exemple. De la même manière, des diplomates sont employables un peu partout en raison de l’internationalisation de nombreuses politiques publiques. Et, de toute évidence, des expertises civiles peuvent servir à la Défense.

C’est là un chantier à investir, par la décision et par l’incitation… et non pas par le discours et les fora interminables

Hélas, dans nombre de nos pays, les pesanteurs bureaucratiques, la personnification des fonctions, la « nécessité » de protéger des systèmes distributifs de prébendes et de rentes favorisent ce repli sur soi et cette incapacité à encourager la circulation des compétences entre différents services pour améliorer le rendement des politiques publiques.

C’est là un chantier à investir, par la décision et par l’incitation… et non pas par le discours et les fora interminables.

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