Sport

Cameroun : comment l’équipe féminine a éclipsé les Lions indomptables

VANCOUVER, BC - JUNE 08: (EDITOR'S NOTE: DIGITAL IMAGES WERE USED ON THIS IMAGE)Gaelle Enganamouit of Cameroon is the star of the show after her hat trick during the FIFA Women's World Cup 2015 Group C match between Cameroon and Ecuador at BC Place Stadium on June 8, 2015 in Vancouver, Canada. (Photo by Mike Hewitt - FIFA/FIFA via Getty Images) © FIFA via Getty Images

Les joueuses de l’équipe nationale du Cameroun ont éclipsé leurs homologues masculins dans le cœur des fans de foot. Qui fondent de grands espoirs sur elles pour la CAN 2018. Et, pourquoi pas, le Mondial 2019.

Qu’y a-t-il de plus triste que de suivre une Coupe du monde de foot depuis Douala alors que les Lions indomptables ne sont pas qualifiés ? Ambiance terne, pénibles encouragements pour les équipes africaines présentes en Russie et, surtout, résignation. Mais, même absente de la compétition, l’équipe nationale masculine en prend pour son grade.

« Les Lions ne soulèvent plus d’enthousiasme, explique, tout en euphémisme, Gustave Emmanuel Samnick, le président de l’Association des journalistes sportifs du Cameroun. Ils ont gagné la dernière CAN [Coupe d’Afrique des nations], mais c’était un accident. L’euphorie n’a pas duré, ajoute-t-il. » « Il y a un vrai désamour des Lions, résume un fan d’antan. Ils n’ont pas la combativité de leurs aînés, ceux de la bande de Rigobert Song. »

La passion du Cameroun pour le ballon rond se serait-elle éteinte elle aussi ? Pas tout à fait. Depuis trois ans, les Lionnes ont pris le relais.

« Aujourd’hui, le capital sympathie des joueuses féminines est supérieur à celui des hommes », constate Martin Camus Mimb, directeur général de la radio RSI, à Douala. Comment ces indomptables jeunes femmes sont-elles donc devenues les préférées des supporters ?

Une défaite au goût de victoire

Elles entrent dans l’Histoire loin des rives du fleuve Wouri. À Vancouver, au Canada, le 8 juin 2015. Dans l’indifférence quasi générale, les Lionnes font leurs premiers pas dans la Coupe du monde féminine. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, les voilà dans la lumière : elles viennent d’écraser l’Équateur six buts à zéro, dont trois marqués par une certaine Gaëlle Enganamouit – qui sera sacrée meilleure joueuse africaine de l’année.

AP/SIPA

Dans une poule difficile, les footballeuses de Carl Enow Ngachu, le sélectionneur, se prennent à rêver d’une qualification. Quatre jours plus tard, elles s’inclinent de justesse (1-2) face aux Japonaises. Mais elles l’emportent face à la Suisse (2-1), le 16 juin, à Edmonton. Direction les huitièmes de finale. Certes, dès la rencontre suivante, les Camerounaises s’inclinent face à la Chine (0-1). Mais le phénomène est né, avec, en point de mire, la CAN féminine 2016, organisée à domicile.

Cette CAN 2016 est un véritable succès populaire. Suivies de près par les fans de football camerounais et par le couple présidentiel, les Lionnes atteignent la finale, où, le 3 décembre, elles finissent par rendre les armes, très honorablement (0-1) face aux Nigérianes, tenantes du titre. Une défaite au goût de victoire. Le 8 décembre, les jeunes femmes sont reçues au palais d’Etoudi et fêtées par Paul et Chantal Biya. Le selfie du chef de l’État avec les joueuses fait le tour du web.

Ce sont elles qui sont dans les cœurs aujourd’hui. Elles sont devenues des stars », souligne Gustave Emmanuel Samnick

« Elles ont redonné le goût de la victoire aux Camerounais », note Martin Camus Mimb. « C’est l’une de nos rares fiertés au niveau du football, ces derniers temps, renchérit Gustave Emmanuel Samnick. Ce sont elles qui sont dans les cœurs aujourd’hui. Elles sont devenues des stars, alors qu’avant personne ne les reconnaissait dans la rue. »

Des sponsors encore peu nombreux

Peuvent-elles prolonger cet état de grâce ? « C’est une bonne génération de joueuses, qui a été bien gérée par Carl Enow Ngachu, avec des filles qui évoluent à l’international », poursuit Samnick. En mai 2017, dans un contexte marqué par la crise anglophone, Carl Enow Ngachu a été nommé directeur général de l’Académie nationale de football.

FIFA via Getty Images

Mais avec leur nouveau sélectionneur, Joseph Ndoko, les Lionnes ont validé sans difficulté leur ticket pour la CAN 2018, qui se déroulera au Ghana du 17 novembre au 1er décembre. En écrasant le Congo (5-0) au mois de juin, les ­vice-championnes camerounaises ont offert une démonstration de leur talent à la télévision nationale, qui, une fois n’est pas coutume, retransmettait la rencontre en direct.

Malgré l’engouement populaire pour l’équipe, la filière de recrutement des jeunes joueuses n’a guère évolué

Au Ghana, les Lionnes viseront évidemment le titre – qui devrait passer par une victoire contre leurs rivales nigérianes (dix fois titrées en douze éditions) – et elles auront à cœur de se classer parmi les trois premières équipes afin de se qualifier pour le prochain Mondial (qui aura lieu du 7 juin au 7 juillet 2019, en France).

« Maintenant, il va falloir éviter ce qu’on a connu avec Samuel Eto’o chez les garçons. Annette Ngo Ndom, la gardienne, a 33 ans, et la capitaine, Christine Manie, 34… Il faut préparer la relève, notamment en se fondant sur le championnat national », s’inquiète Martin Camus Mimb.

Malgré l’engouement populaire pour l’équipe, la filière de recrutement des jeunes joueuses n’a guère évolué, et on continue de repérer les talents dans la rue ou dans les écoles. Par ailleurs, à de rares exceptions près – comme la marque de bière Guinness, qui a pris pour égérie Gaëlle Enganamouit –, les sponsors sont encore trop peu nombreux. Le contrat publicitaire liant l’équipementier Puma à la Fédération camerounaise de football serait en renégociation : accordera-t-il plus de place aux Lionnes ?

Les championnes camerounaises suscitent des vocations, elles ont pu bénéficier des installations construites pour la CAN 2016. Reste à finir le travail.

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