Culture

Maroc : à la découverte de la synagogue Slat Attia

La cour intérieure du lieu de culte. © Soufiane Bouhali/dar souiri

En cours de rénovation à l’initiative du conseiller royal André Azoulay, la synagogue marocaine de Slat Attia, à Essaouira, abritera bientôt un centre de recherches et un musée.

Au détour d’une des rues principales de la médina d’Essaouira se dresse une imposante porte. Derrière, une synagogue du début du XIXe siècle, Slat Attia.

Tarik Ottmani, élu de gauche du conseil communal, issu d’une famille mixte juive et musulmane, en a les clés. À l’intérieur, des ouvriers s’affairent : le lieu est en pleine rénovation. Le roi Mohammed VI pourrait venir l’inaugurer à la fin de l’année.

« Sa grande entrée n’a pas été pensée pour intimider le croyant, mais pour permettre aux commerçants de faire passer leurs dromadaires et de les y délester de leurs marchandises », déclare Ottmani.

Conserver l’esprit de l’époque

Il y a quelques mois encore, tout était en ruine. Les colonnes de pierre qui encadrent la cour intérieure gisaient au sol. Le parti pris a été de donner un coup de jeune au lieu tout en conservant les lignes et l’esprit de l’époque.

Le bâtiment ne sera pas seulement un lieu de culte mais pourra accueillir conférences et expositions

Les matériaux ont changé : le cèdre a remplacé le traditionnel thuya. Coût des opérations, supporté par le ministère de la Culture avec le soutien de diplomaties étrangères : entre 8 et 10 millions de dirhams [de 720 000 à 900 000 euros].

 

La salle consacrée à la prière et son balcon au premier étage, réservé aux femmes, sont fin prêts. Mais le bâtiment, qui appartient à la communauté juive, ne sera pas seulement un lieu de culte ; les ouvriers aménagent des espaces qui pourront accueillir des conférences et des expositions.

L’homme fort d’Essaouira

Derrière le projet de rénovation, il y a une association, Dar Souiri, fondée par André Azoulay. Ce conseiller du roi, âgé de 77 ans, est l’homme fort d’Essaouira. « Vous devez visiter la synagogue en rénovation, c’est un projet formidable ! » insiste ce représentant de la communauté juive.

Across Legal Lines: Jews and Muslims in Modern Morocco rappelle comment le colonisateur français a brisé l’intégration juridique des Juifs

Dar Souiri sera associée à la gestion du lieu et mène déjà des discussions avec des universités étrangères pour monter des partenariats. Elle collecte aussi des fonds documentaires auprès de familles juives au Maroc et à l’étranger.


Depuis longtemps, cette communauté passionne. En 2015, Alma Rachel Heckman a soutenu aux États-Unis une thèse sur l’engagement des Juifs marocains dans le mouvement national et communiste. En 2017, Jessica Marglin a reçu le National Jewish Book Award pour Across Legal Lines: Jews and Muslims in Modern Morocco, qui rappelle comment le colonisateur français a brisé l’intégration juridique des Juifs qui existait dans la société précoloniale.

Deux synagogues, de plus petite taille, sont déjà ouvertes à Essaouira. Accolées l’une à l’autre, elles sont situées dans le Mellah, ancien quartier juif. Leur premier étage offre une vue sur l’océan, à quelques mètres de là. La première, Haïm Pinto, n’a jamais fermé. La seconde, Slat Lkahal, a rouvert en 2016, rénovée avec les deniers de la communauté. Elle est appelée à accueillir de petites expositions sur l’histoire juive de la ville.

Pour le moment, des photos sont épinglées sur les murs, imprimées sur de simples feuilles A4, témoignant d’une époque où l’on comptait entre 35 et 40 synagogues dans la ville. Aujourd’hui encore, des milliers de personnes visitent le mausolée de Rabbi Haïm Pinto, au centre du cimetière juif, le long de l’océan. Ce sera bientôt tout un parcours patrimonial qui sera proposé dans la ville, et Slat Attia en sera le cœur.

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