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Cet article est issu du dossier «Cameroun : l'éternel retour»

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Politique

[Édito] Le Cameroun à l’aune du fact-checking

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Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

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Le président camerounais Paul Biya mettant son bulletin dans l'urne lors de l'élection présidentielle du 9 octobre 2011, à Yaoundé. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Parler du Cameroun dans notre magazine édité en France, ex-­métropole coloniale suspectée de néocolonialisme, c’est prendre un risque qui se mesure à l’aune de la polarisation des esprits, ce dogmatisme si néfaste à l’expression démocratique.

Osez traiter votre sujet sous l’angle du verre à moitié plein et vous serez pulvérisé par des imprécateurs qui y verront une connivence avec le palais d’Etoudi. Ils dénonceront une opération de communication destinée à ripoliner l’image de Paul Biya, dépeint par ses détracteurs comme un président soutenu par la Françafrique. Ils vous opposeront vos critiques passées pour mieux mettre en évidence la forfaiture que constitue, à leurs yeux, votre suspect revirement, comme s’il était impossible de changer de paradigme sans se contredire.

Décrivez le verre à moitié vide et vous vous retrouverez dans le collimateur du pouvoir, au sein duquel pullulent les tenants de la théorie du complot. Ils feront remonter au président des « notes » alarmistes et fantasmatiques dénonçant une « tentative de déstabilisation » ourdie par un ennemi extérieur que nul n’a encore vu à l’œuvre mais qui a bon dos. Alors qu’approche l’élection présidentielle du 7 octobre, à laquelle le président sortant n’a pas encore déclaré sa candidature, les susceptibilités s’accroissent.

Essayez l’équilibrisme et vous serez pris entre deux feux, avec, comble de l’ironie, l’indifférence des revues de presse.

Résilience économique

Dans la relation ambivalente qui lie Jeune Afrique au Cameroun, la sagesse commande de laisser parler les faits. Ceux-ci montrent que, comparativement à ses voisins d’Afrique centrale, le Cameroun possède l’économie qui a le mieux résisté à la baisse des cours du pétrole, eu égard à sa diversification.

Que de nombreux projets d’infrastructures ont abouti, à l’instar du deuxième pont sur le Wouri, de la centrale à gaz et du port en eau profonde de Kribi. Que d’autres sont en cours, dont les chantiers de la Coupe d’Afrique des nations [CAN] 2019 ou de l’autoroute Yaoundé-Douala.

Marche en avant

Restituer les faits, c’est constater, aussi, à travers les coupures d’électricité, que le déficit énergétique n’a pas été résorbé. Que le pays attire moins d’investissements directs étrangers que la Côte d’Ivoire. Que le tissu de PME nationales souffre à cause de l’accumulation de la dette publique intérieure, l’État n’ayant payé que 42 milliards de F CFA [64 millions d’euros] sur un stock arrêté à 750 milliards.

À cause de ces obstacles, auxquels s’est ajoutée la chute des cours du baril, la croissance camerounaise s’est érodée ces trois dernières années – elle était estimée à 3,2 % en 2017, contre 4,6 % en 2016 et 6 % en 2015.

Après les mauvaises nouvelles, l’espoir. À très court terme, la croissance pourrait être portée par la mise en exploitation de nouveaux champs gaziers, par les activités du BTP, liées notamment à l’accueil de la CAN 2019, en même temps que par l’essor du tourisme, dopé par cet événement, et par une hausse de l’offre énergétique.

Ne reste plus qu’à organiser une présidentielle transparente et à mettre un terme aux hostilités liées à la crise anglophone pour redonner plus de visibilité aux investisseurs et, enfin, reprendre la marche en avant.

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