Télécoms

Kenya : Safaricom fait chatter M-Pesa

Centre d’appels dans une commune rurale du Kenya. © Sven Torfinn/PANOS-REA

La filiale de Vodacom fait évoluer son service vedette de « mobile money » en un réseau social qui intègre le paiement et les conversations en ligne.

Safaricom continue de se démarquer. L’opérateur kenyan teste actuellement la messagerie instantanée sur son application de transfert d’argent M-Pesa. « Nous pensons qu’il existe une relation intrinsèque entre les discussions en ligne et les transactions économiques, et c’est autour de ce principe fondamental que nous souhaitons construire une plateforme », explique Kamal Bhattacharya, directeur de l’innovation de l’entreprise. Le futur service, baptisé Bonga (« chatter » en swahili), vise à « renforcer les aspects sociaux qui existent au sein du réseau M-Pesa », ajoute-t-il.

Il s’agit du premier produit de l’incubateur d’innovation Alpha créé en 2017 par Safaricom. L’année dernière, le numéro un du mobile au Kenya a également lancé Masoko, un service de commerce électronique, et il étend ses activités dans la fibre optique pour accroître l’accès à internet sur tout le territoire. Il planche par ailleurs sur la monétisation des énormes quantités de données personnelles qu’il a accumulées sur ses clients à partir de ses opérations de télécommunications et d’argent mobile.

Quant au nouveau service Bonga, « nous avons examiné comment les gens utilisent M-Pesa et nous avons ensuite conçu l’outil qu’il faut pour faciliter leur vie », détaille Kamal Bhattacharya. Les 23,4 millions de clients de M-Pesa pourront avoir recours à la plateforme pour des transactions entre usagers, entre un usager et une entreprise, ainsi que pour la collecte de fonds au sein des groupes sociaux.

Protection des données

Selon ce manager, Bonga est actuellement en phase de tests internes et sera déployé « dans les prochains mois ». Ce nouveau service représente une évolution naturelle pour Safaricom, à en croire Deepak Dave, un analyste financier établi à Nairobi. « Le groupe va intégrer M-Pesa encore plus profondément dans le tissu de la société et en faire un pilier essentiel de l’économie », déclare-t-il alors que l’opérateur a aussi annoncé en avril dernier avoir conclu un accord avec PayPal.

Le service Bonga inclura par ailleurs le cryptage de bout en bout. Conscient du récent scandale qui a secoué Facebook, Kamal Bhattacharya souligne qu’aucune information ne sera conservée. « Nous ne voyons pas le contenu des messages et nous n’en archivons aucun », insiste-t-il. Toutefois, « dans un pays où il n’y a pas de loi sur la protection des données, il est probable que des utilisateurs seront inquiets », relève Deepak Dave.

Diversification : en avant toute !

Au Kenya, le marché des télécoms se partage entre Safaricom, Airtel Kenya et Telkom Kenya. Ces trois groupes ont récemment été rejoints par Faiba (Jamii Telecom). La 4G, quant à elle, y fait presque figure d’histoire ancienne puisque Safaricom l’a lancée dès 2014. Et celui-ci planche déjà sur la génération suivante. Détenu notamment par l’État kenyan et par le sud-africain Vodacom à hauteur de 35 % chacun, il compte parmi ses clients 69 % des abonnés mobiles au Kenya, selon les dernières données du régulateur.

Mais M-Pesa représente 80 % de la valeur de l’ensemble des transactions d’argent mobile du pays. Le modèle économique diversifié de l’opérateur se reflète dans ses résultats 2017-2018 publiés début mai. Le chiffre d’affaires cumulé des services voix (39,6 %) et SMS sortants (7,9 %) a représenté pour la première fois moins de 50 % du résultat de 213 milliards de shillings (2,1 milliards d’euros). En revanche, les activités de M-Pesa et de données mobiles ont atteint 28 % et 16,2 % du total des facturations, contre 21 % et 9,5 % il y a trois ans. Pour Safaricom, ce sera bientôt « data first » !

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