Économie

Tajeddine Bennis veut placer le Maroc sur la carte mondiale de l’automobile

Patron de Snop au Maroc, cet ingénieur des Mines passé chez Renault est l’une des chevilles ouvrières de l’industrie automobile, en plein boom dans le royaume.

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Par - à Tanger
Mis à jour le 9 octobre 2018 à 11:49

Le patron de Snop (à droite) avec le ministre Moulay Hafid Elalamy lors d’une visite en 2016 de l’usine d’emboutissage du groupe à Tanger. © jalal hamouda/MAP

Fier de cette deuxième usine ! Tajeddine Bennis, 53 ans, patron au Maroc de l’entreprise française Snop (Groupe FSD), ne cachait pas son enthousiasme lors de l’inauguration, le 25 avril, du site Smom sur la zone franche TFZ de Tanger. En Monsieur Loyal, il a fait les honneurs du site aux patrons de Renault et de Peugeot au Maroc, ainsi qu’à un parterre d’officiels dont Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Le président et fondateur de Snop, l’industriel Michel Pinaire, avait également fait le déplacement. Ce site accolé à l’usine d’emboutissage du groupe, qui a nécessité un investissement de 10 millions d’euros, n’est pas tout à fait comme les autres, assure Tajeddine Bennis. Smom fabrique des outillages de presse, ces « empreintes » en acier usinées au micron près qui servent à mettre les tôles en forme sous les coups des presses d’emboutissage.

Et d’en décliner les enjeux : « Cela apporte un nouveau métier au Maroc sur des fonctions demandant un grand savoir-faire. Il faut quatre à cinq ans pour former un bon outilleur. Par ailleurs, ce site pourra travailler en synergie avec l’Europe pour capter des productions d’outillages localisées en Asie. »

Un interlocuteur clé

De quoi ravir celui qui est aussi un des piliers de l’Amica, la très active fédération de l’industrie automobile dont il préside la commission « Industrie ». Son mantra ? Faire monter en puissance la filière qui compte des dizaines de nouvelles usines chaque année et mettre les compétences au diapason de ce secteur ultra-concurrentiel.


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Il est aussi intarissable sur les besoins de sous-traitance ou encore sur les coûts de traversée du détroit de Gibraltar par camion. « Placer le Maroc sur la carte mondiale de l’automobile, c’est le défi qui anime tous les industriels réunis au sein de l’Amica, en étroite coordination avec la politique industrielle des pouvoirs publics », dit-il, faisant référence au Plan d’accélération industrielle du ministre de l’Industrie Hafid Elalamy et de sa stratégie « d’écosystèmes industriels », dont Tajeddine Bennis est un des interlocuteurs clés pour l’automobile.

D’ailleurs, quand on interroge Marc Nassif, directeur général de Renault Maroc, celui-ci répond du tac au tac : « C’est un tailleur de bonsaï, dont l’imperceptible travail quotidien permet de parvenir au résultat voulu. »

Virus de l’industrie

Car notre homme connaît son affaire, comme en témoigne son parcours. Natif de Fès, il quitte le Maroc en 1984 pour suivre ses études supérieures à l’École des mines de Nancy. Diplômé six ans plus tard, il intègre Renault. Un choix qui marquera toute la suite de sa carrière. Il débute dans la fonderie, de l’ingénierie à l’industrialisation sur le site de Cléon, en France. Il travaillera ensuite à la direction des achats, notamment au Portugal.

En 2004, le constructeur lui demande de participer à l’industrialisation de la Logan à la Somaca, l’usine historique du Maroc dont Renault détient 80 %. Ce sera l’occasion d’un retour au pays. Depuis, sa carrière se conjugue avec le boom de l’automobile dans le royaume, un secteur qui a atteint 5,2 milliards d’euros à l’exportation en 2017, soit + 7,1 %.

Lorsque Renault décide en 2004 d’implanter son usine géante à Tanger, et qui sera inaugurée en 2012, il quitte le groupe pour TMSA, l’agence spéciale de Tanger, avec comme mission de préparer l’accueil des équipementiers de la firme au losange. Ce travail achevé, il est repris par le virus de l’industrie. D’autant qu’il se voit proposer par Michel Pinaire de piloter la création de la première usine Snop. « Un beau challenge, celui de monter à partir de rien avec les équipes du groupe une usine d’emboutissage devant servir Renault, en misant fortement sur la formation ».

Des dizaines d’alternants

Car un des crédos de Tajeddine, c’est sa foi en la jeunesse. Au lancement de l’usine Snop en 2012, les opérateurs et techniciens découvraient pour la plupart l’emboutissage, voire les cadences de l’automobile. « Avec les méthodes éprouvées de Snop et le concours de cadres expatriés, nous avons pu développer le savoir-faire du personnel dans ce métier et atteindre au Maroc un niveau de performances aux standards internationaux. »

Autre illustration, la création du second site a été l’occasion de nouer un partenariat avec l’OFPPT, l’office marocain de la formation professionnelle. Celui-ci vient d’ouvrir sur son centre de TFZ un cursus voué aux métiers de l’outillage avec plusieurs dizaines d’alternants, pour la plupart en stage chez Smom.

Se soucier des ratios de performance tout en étant attentif à l’engagement collectif est la marque de fabrique de Tajeddine Bennis. « Il est un lien fort entre les opérateurs de la filière », lâche Meryem Chami, patronne d’Altran au Maroc… au risque de faire grommeler notre homme, peu porté à l’autocélébration et qui préfère mettre en avant le travail des permanents de l’Amica, celui du ministère de l’Industrie et, bien sûr, celui des équipes de Snop.

Et pas question de perdre de vue le business. Dans un secteur sans cesse en mouvement au Maroc, des opportunités apparaissent, comme le démarrage cet été de l’usine Peugeot mais aussi des menaces. L’espagnol Gestamp, principal concurrent de Snop, est en train de construire une usine à Kenitra. « Le jeu normal de l’industrie », assure-t-il.