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Glencore : Ivan Glasenberg en terrain miné

Ivan Glasenberg a été l’artisan de la fusion, en 2013, de Glencore avec la compagnie minière Xstrata. © arnd wiegmann/REUTERS

Dans le viseur de la justice américaine pour des opérations en RDC et au Nigeria, Glencore et son emblématique patron Ivan Glasenberg font désormais face à la défiance des investisseurs.

Fin juin, le patron sud-africain de Glencore pensait avoir sauvé la mise de son groupe en RD Congo. Ivan Glasenberg venait d’éviter l’éviction de celui-ci de la mine de cuivre et de cobalt de Kamoto, moyennant un chèque de 150 millions de dollars (128 millions d’euros) pour la compagnie publique Gécamines, son partenaire local qui l’accusait de malversations. Mais quelques jours après avoir conclu cet arrangement avec Kinshasa, Glencore faisait face à une crise de confiance des marchés sans précédent à son égard pour le manque de transparence de ses affaires, en RDC donc, mais aussi au Nigeria et au Venezuela.


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Le 2 juillet, le département américain de la Justice l’a enjoint de lui transmettre des documents sur ses activités dans ces trois pays, où le groupe est soupçonné d’avoir enfreint la réglementation sur la corruption et le blanchiment d’argent. Une nouvelle affaire dont se serait bien passé Ivan Glasenberg.

Ivan Glasenberg est réputé pour sa détermination, ou sa brutalité selon ses détracteurs

Seul maître à bord

En une journée, l’action de sa compagnie a chuté de 12 % à la Bourse de Londres, amputant son propre patrimoine de 421 millions de dollars. Le 18 mai, la valeur du titre de Glencore avait déjà dégringolé de 7 % après des fuites sur une enquête menée par le Serious Fraud Office, l’agence britannique anti-corruption, sur ses filiales congolaises en raison des liens du milliardaire sud-africain avec l’homme d’affaires israélien controversé Dan Gertler, proche de Joseph Kabila, grâce auquel le groupe avait pris pied en RDC.

Réputé pour sa détermination – ou sa brutalité selon ses détracteurs –, Ivan Glasenberg, 61 ans, a été l’artisan de la fusion en 2013 de Glencore, géant du négoce de matières premières, et de la compagnie minière Xstrata, avec l’ambition de faire du nouvel attelage basé en Suisse une énorme « machine à cash », présent de la mine jusqu’au client final.

À la suite de l’opération, le groupe, dirigé depuis la discrète ville de Zoug par Ivan Glasenberg – seul maître à bord après avoir débarqué sans ménagement l’ancien patron de Xstrata –, contrôle pas moins de 75 % du zinc, 50 % du cuivre, 40 % du cobalt et 30 % de l’alumine échangés sur la planète. Il est aussi le premier producteur mondial de ferrochrome et de charbon thermique, ainsi qu’un négociant majeur de produits pétroliers.

Le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 221 milliards de dollars en 2017

Ces positions sont en grande partie dues à ses actifs acquis sur le continent, avec cinq mines dans la ceinture de cuivre (RDC et Zambie), des gisements de zinc au Burkina Faso, de fer en Mauritanie, de pétrole au Tchad, ainsi que de charbon et de ferrochrome en Afrique du Sud. Le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 221 milliards de dollars en 2017, a aussi la haute main sur le trading de brut et de fer du Congo, de la Mauritanie et du Tchad.


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Flibustier des affaires

Originaire de Johannesburg, diplômé de la prestigieuse Université du Witwatersrand, Ivan Glasenberg est l’un des « Rich Boys », cette poignée de traders aux dents longues à l’origine de la croissance exponentielle de Glencore. Ce groupe est nommé ainsi en référence au fondateur de la compagnie, le sulfureux Marc Rich, condamné aux États-Unis pour fraude fiscale et violation d’embargo, qui avait choisi Zoug et la Suisse comme port d’attache.

Il a hérité de son mentor, Marc Rich, une certaine habilité à se mouvoir dans des environnements risqués

Ivan Glasenberg, l’un de ses plus fidèles lieutenants, a effectué ses classes au sein de la puissante filiale sud-africaine de Glencore. Il a hérité de son mentor le goût du secret et une certaine habileté à se mouvoir dans des environnements politiquement risqués, où les retours sur investissement sont les plus substantiels. Comme Marc Rich, Ivan Glasenberg apprécie les deals imaginatifs, n’hésitant pas à devenir le banquier d’États défaillants en échange de matières premières à bas coûts.

Recours aux paradis fiscaux ?

Sous son impulsion, Glencore a aussi, selon l’ONG suisse Public Eye, plus que jamais recouru aux paradis fiscaux pour y loger ses bénéfices, et ainsi échapper à l’impôt en Afrique. Privilégiant une organisation très centralisée, le dirigeant du groupe suisse n’hésite pas à rencontrer lui-même ministres et chefs d’État.

Tous les actionnaires ne seront pas prêts à le soutenir si les régulateurs épinglent le géant suisse pour ses opérations africaines

Pour sortir Glencore de l’ornière en RDC, il a ainsi rendu visite à Joseph Kabila à Kinshasa. Il profite également chaque année du forum de Davos pour nouer des liens avec des dirigeants politiques du continent, comme ce fut le cas en 2015 avec le président guinéen Alpha Condé.

Cette agilité financière, relationnelle et fiscale a contribué au succès de Glencore et de son dirigeant, mais pourrait aussi causer leur perte. En dépit de très généreux dividendes – 5,8 milliards de dollars de résultat net en 2017 –, tous les actionnaires ne seront pas prêts à soutenir le PDG de la compagnie si les régulateurs épinglent le géant suisse pour ses opérations africaines.

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