Politique

Tchad : Jean-Bernard Padaré face à Kalzeubé Pahimi Deubet, un bras de fer lointain

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Jean-Bernard Padaré, tout juste évincé du ministère d’État chargé des Transports, et Kalzeubé Pahimi Deubet, secrétaire général de la présidence, sont tous deux proches de Déby Itno, mais incapables de s'entendre.

Leur dernière bataille remonte au 18 juin. Ce jour-là, Idriss Déby Itno (IDI) procède à un remaniement ministériel, un exercice dont il est friand. Et, surprise, Jean-Bernard Padaré, 51 ans, ministre d’État chargé des Transports, des Infrastructures et du Désenclavement, quitte son poste.

Il ne l’occupe pourtant que depuis le 7 mai, date à laquelle a été désignée la première équipe gouvernementale de la IVe République, qu’il a grandement contribué à fonder.


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Durant les premiers mois de l’année, l’ancien secrétaire général de la présidence s’est en effet démené pour arracher aux fonctionnaires grévistes un accord de reprise du travail. Cette décrispation sociale et politique a ouvert la voie au dialogue national que souhaitait IDI. Un dialogue qui, sous l’impulsion de Padaré et d’Issa Ali Taher, l’ex-directeur de cabinet du chef de l’État, aura favorisé l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Anciennes passes d’armes

Sa nomination au gouvernement était-elle une récompense ? Padaré n’a en tout cas pas pu en profiter. Il n’a même pas eu le temps d’installer ses troupes : à peine a-t-il dessiné son organigramme, avec l’aval du secrétaire général du gouvernement, qu’un autre secrétaire général, celui de la présidence, souhaite y apporter quelques changements.

Voilà des années qu’ils se disputent les faveurs d’IDI

Le début d’un bras de fer… Car le nouveau « SG » n’est autre que Kalzeubé Pahimi Deubet, son aîné de dix ans. Un ancien Premier ministre (novembre 2013-février 2016) et, surtout, une vieille connaissance. Padaré voit rouge et refuse toute modification. Pahimi Deubet en réfère à Déby Itno. Désavoué, Padaré quitte son ministère, non sans laisser une impression de déjà-vu.

Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

Deubet et Padaré n’en sont en effet pas à leur première passe d’armes. Voilà des années qu’ils se disputent les faveurs d’IDI. Le premier, transfuge du Rassemblement pour la démocratie et le progrès, a été son directeur de cabinet. Le second est l’avocat de la famille du chef de l’État.

Les deux hommes sont incapables de travailler ensemble

Tous deux sont originaires du Mayo-Kebbi ouest. Et savent qu’IDI a besoin de barons fidèles au sein du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir) pour y contrer l’influence d’un autre enfant du Léré, l’opposant Saleh Kebzabo. L’ennui, c’est qu’ils sont incapables de travailler ensemble.

Traversée du désert

À la fin de 2013 déjà, ils n’avaient pas pu s’entendre. Padaré, alors garde des Sceaux, avait été limogé du gouvernement de Pahimi Deubet, arrivé à la primature un mois auparavant. Celui-ci avait proposé au sortant un poste de conseiller spécial auprès du Premier ministre. N’acceptant pas cette tutelle, Padaré avait refusé. S’ensuivit une courte traversée du désert. Cité dans plusieurs affaires, il partit en exil en France, puis revint quelques mois plus tard à la demande de Déby Itno pour devenir le porte-parole du MPS, Kalzeubé Pahimi Deubet restant, lui, à la tête du gouvernement.

Déby ne veut se passer ni de l’un ni de l’autre, mais ne parvient pas à les faire œuvrer dans le même sens », confie un proche de Padaré

Depuis, les deux hommes ont changé plusieurs fois de poste, tout en conservant leur place dans le premier cercle du chef de l’État. « Déby ne veut se passer ni de l’un ni de l’autre, mais ne parvient pas à les faire œuvrer dans le même sens », confie un proche de Padaré. Ce dernier est resté membre du bureau politique du MPS.

De son côté, Pahimi Deubet, chargé de coordonner l’action du gouvernement, fait office de Premier ministre – un poste supprimé dans la nouvelle Constitution. Tous deux devraient se retrouver sur les routes du Mayo-Kebbi ouest, dans la perspective des législatives de novembre.

Avec Albert Pahimi Padacké, un autre ancien Premier ministre, ils auront pour mission de barrer la route à Kebzabo. Sans doute veilleront-ils aussi à ne pas se laisser distancer l’un par l’autre…

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