Musique

Maroc – Gnaoua : Asmâa Hamzaoui… tel père, telle fille

Lors du Festival d’Essaouira, au Maroc, le 22 juin 2018. © Karim Tibari/A3Com

Fait rare dans la tradition gnaoua, la maâlema Asmâa Hamzaoui joue avec le guembri de son père, Rachid Hamzaoui. Et partage la scène avec la Malienne Fatoumata Diawara.

« On retiendra la danse habitée d’une Fatoumata Diawara presque en transe sur les sons endiablés du guembri de la maâlema » : le communiqué de clôture de la 21e édition du Festival d’Essaouira (21-23 juin) met en avant la performance de la jeune Asmâa Hamzaoui. Le 22 juin, en effet, les deux musiciennes ont fusionné devant des milliers de spectateurs emportés par une performance originale. Quelques heures avant de monter sur scène dans une belle tenue satinée pour un solo suivi d’un duo avec la diva malienne, Asmâa Hamzaoui s’était présentée à la presse. Avec du retard, elle était apparue derrière des lunettes fleuries et pailletées, de longues tresses blondes encadrant son visage illuminé par un sourire.

Pour ceux qui l’avaient déjà rencontrée, le décalage était frappant avec la personne plus réservée qu’elle était deux ans auparavant.

Le guembri de son père

Installée dans un riad d’Essaouira, la jeune Casablancaise, diplômée en pâtisserie, se souvient : « La première fois que je suis venue ici… c’était avec papa. » Son père, Rachid Hamzaoui, est un maâlem, un maître, titre qui se transmet le plus souvent de père en fils. Depuis l’enfance, Asmâa l’accompagne. Elle était là en 2007, alors qu’il montait sur scène pour le festival. Il jouait du guembri, elle officiait aux qraqeb. En 2017, elle est invitée une première fois au festival avec son groupe, Bnat Timbouktou, composé de cinq jeunes femmes, pour un concert sur une petite scène.

Ce 22 juin, elle se produit devant des milliers de jeunes venus de tout le Maroc, d’Europe et d’ailleurs. Elle chante en darija, comme elle l’a appris en reprenant du Oum Kalthoum lors des fêtes de quartier. Et elle tire sur les épaisses cordes de son instrument, symbole d’une culture et d’un savoir-faire particulier. Comme le veut la tradition, elle utilise celui qui appartenait à son père.


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Aujourd’hui, jusque dans de très codifiées lila, elle joue du guembri lors de l’oulad bambra, partie d’ouverture profane de la cérémonie. « Il est rarissime de voir des femmes jouer du guembri lors de lila », précise le musicologue Ahmed Aydoun. Les femmes, en général, officient comme moqadema, sortes d’organisatrices, à l’instar de la mère d’Asmâa, qui l’accompagne à Essaouira. « Alors qu’elle est en fauteuil roulant, pendant les balances d’Asmâa, elle s’est levée pour mieux la voir », sourit Aïcha, sa sœur. Les membres de sa famille soutiennent la jeune artiste et l’aident à préparer un deuxième album, Ouled Ghaba (« les enfants de la forêt »). Le premier sonnait comme une déclaration : Ana Gnaouia (« je suis une gnaouie »). Inspirée par les musiques urbaines, la jeune femme évolue dans un registre traditionnel, ses textes étant influencés par la thématique de l’éloignement forcé.

En 2016, Asmâa Hamzaoui croisait une première fois le chemin de Fatoumata Diawara. Sur scène, leurs talents conjugués promettaient déjà le meilleur.

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