Energies renouvelables

[Tribune] L’idylle marocaine entre Masen et Acwa Power irrite

Par

Journaliste économique à Jeune Afrique, en charge de l'agrobusiness et de la production électrique

La centrale solaire de Noor 3, au Maroc, en avril 2017. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Les développeurs d'énergies renouvelables commencent à bouder le royaume chérifien. Ils reprochent à l'agence Masen de confier la quasi-totalité de ses projets aux saoudiens d'Acwa Power.

À la grand-messe de l’énergie électrique continentale, l’Africa Energy Forum (AEF) à Maurice (19 au 22 juin), les efforts déployés par la délégation marocaine pour attirer la lumière n’ont pas franchement rencontré le succès escompté. Le panel du 21 juin consacré exclusivement au dispositif en vigueur dans le royaume n’a rassemblé qu’une trentaine de curieux contre plus d’une centaine pour ceux portant sur le Nigeria ou le Ghana. Un contraste d’autant plus saisissant qu’en juin 2017, à Copenhague, lors de la même conférence, les deux panels marocains avaient suscité une très grande affluence.

Un an plus tard, la donne a changé. Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) et ancienne ministre de l’Énergie (2007-2012), a pourtant déroulé une stratégie aussi claire que convaincante en matière de mix énergétique et d’opportunités offertes aux investisseurs. Elle a aussi rappelé les ambitions élevées du gouvernement concernant les énergies renouvelables : atteindre les 52 % d’électricité produite à partir de ces technologies d’ici à 2030.

Il n’y a pas de marché au Maroc. On le sait maintenant, ce sont toujours les mêmes qui gagnent.

Peine perdue. Les développeurs et sociétés d’ingénierie spécialisés dans les ENR ont choisi de bouder sa présentation. Il est vrai que l’AEF est une conférence centrée avant tout sur l’Afrique subsaharienne, avec de surcroît une inclination prononcée pour les pays anglophones. Mais dans les coulisses les explications avancées quant à ce désamour étaient plus prosaïques. « Il n’y a pas de marché au Maroc. On le sait maintenant, ce sont toujours les mêmes qui gagnent. »

Voilà la petite musique entendue ici et là. Et comment leur donner tort ? Après avoir raflé les projets solaires lancés par l’agence Masen, Noor I, Noor II, Noor III et Noor PVI, les Saoudiens d’Acwa Power sont en passe d’emporter l’une des deux centrales du projet Noor Midelt (près de 400 MW). Et s’ils ont perdu l’appel d’offres sur le projet éolien intégré de 850 MW en 2015, ce dernier avait été attribué par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable… Or, désormais, c’est à Masen que revient l’ensemble du développement des projets renouvelables au Maroc.

Jeu de dupes ?

Dès lors, certains développeurs ENR estiment qu’il est devenu inutile « de déposer un dossier qui peut coûter plus de 2 millions d’euros pour être in fine quasiment certain de ne rien remporter ». Du côté de l’agence Masen, on se défend d’un quelconque parti pris et on met en avant le jeu de la concurrence : « Acwa Power propose quasiment à chaque fois les tarifs les moins chers, et ils livrent à l’heure. Nous sommes très contents de leur travail. C’est aussi simple que ça. » Un argumentaire qui ne rassurera pas forcément ceux qui durant l’AEF ne voulaient plus participer à ce qu’ils considèrent comme un jeu de dupes.

Fermer

Je me connecte