Politique

Tunisie – Fadhel Moussa, maire de l’Ariana : « Il faut agir avec et pour les citoyens »

Fadhel Moussa le maire de l'Ariana dans son nouveau bureau, dans la municipalité de l’Ariana, le 3 juillet 2018. © Ons Abid/JA

À la tête d'une liste indépendante, (Al-Afdhal), l'ancien consultant, juriste et universitaire Fadhel Moussa, a surclassé les partis dits traditionnels dans sa ville.

Jeune Afrique : que représente la victoire des indépendants ?

Fadhel Moussa : La population a exprimé son aversion pour tout ce qui est politique. Elle a cassé un mythe qui voudrait que la Tunisie doive se résigner à voir le pouvoir partagé entre deux partis qui monopolisent la vie publique sans qu’il y ait d’avancées concrètes. D’où le vote massif pour les indépendants.

Quelles sont vos priorités pour la ville ?

Nous avons écouté les citoyens, et nos promesses sont liées à leurs attentes. Ils nous demandent d’améliorer le quotidien, qui s’est dégradé – l’éclairage public, l’évacuation des déchets et la circulation urbaine –, de remédier à la multiplication des nids-de-poule et de réguler la construction pour mieux respecter l’aménagement du territoire. Ils se plaignent aussi des trottoirs occupés par des constructions anarchiques et souhaitent voir appliqués les arrêtés de démolition. Ils souhaitent aussi que nous nous occupions de la vocation des sols, de l’environnement et des espaces verts.

Et que leur répondez-vous ?

Nous promettons de faire appliquer la loi de manière égale. De refuser le désordre et le sous-développement.

Il faut tout revoir, tout imaginer en matière urbaine, culturelle et sportive

Le taux d’éducation des jeunes de l’Ariana est de 90 %. Il faut mettre à contribution ce vivier pour des projets d’avenir, comme la smart city. Développer des applications numériques pour la gestion quotidienne. Nous avons des atouts : un budget confortable et le soutien des citoyens. Et nous ne sommes pas soumis aux mêmes pressions que les communes tenues par un parti, où le risque est fort de voir les exécutifs négliger la vie locale au profit des échéances nationales de 2019.


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Quelle est l’incidence du nouveau code des collectivités locales sur la gestion des communes ?

Le pouvoir local dans la Constitution est important, mais le code des collectivités comporte des incohérences. Il a été examiné à la hâte, après trois reports des municipales, et, de ce fait, il a été trop négocié sur le plan politique. Exemple : le texte ne dit rien sur les modalités de désignation des 14 commissions du conseil municipal. Il renvoie à un règlement intérieur qui vaut pour tout le fonctionnement des municipalités, mais qui doit être approuvé par décret. Lequel n’a pas été promulgué. En tout, 37 décrets d’application sont nécessaires, pour le règlement intérieur et l’organigramme notamment. Certes, la libre administration permet à une mairie d’élaborer ses propres textes, mais un référentiel s’impose, surtout pour des collectivités nouvellement créées. Il aurait fallu que les décrets d’application sortent en même temps que le code pour éviter des lectures biaisées et des contentieux ou difficultés de fonctionnement.

La situation vous semble-t-elle décourageante ?

Elle est révolutionnaire : nous construisons sans passé en matière de décentralisation, de libre administration ou de démocratie participative.

Sur le plan national, la transition démocratique s’est essoufflée et n’a malheureusement pas atteint ses objectifs

Mais les collectivités locales vont lui donner un second souffle ! Et les partis, minés par une mauvaise image, peuvent se ressaisir au niveau local et agir, avec et pour les citoyens.

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