Politique

Soudan du Sud : Riek Machar face à Salva Kiir, un duel interminable

© JA

Le président d'un côté, Salva Kiir, le rebelle de l'autre, Riek Machar, son ancien vice-président : chacun est convaincu que le temps joue en sa faveur. Et ne veut rien lâcher.

« Tout ça pour ça », serait-on tenté de dire… Pour la première fois depuis juillet 2016, Salva Kiir (66 ans), président du Soudan du Sud, et Riek Machar (65 ans), son ancien vice-président, tout sourire, ont échangé poignées de mains et accolades devant les photographes.

Ces retrouvailles se sont déroulées le 20 juin à Addis-Abeba, sous les auspices d’Abiy Ahmed, le Premier ministre éthiopien, qui préside l’Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l’Est (IGAD), chargée de la médiation sur le conflit qui ronge le pays depuis décembre 2013. Une seconde rencontre a eu lieu à Khartoum cinq jours plus tard.

Ces deux rendez-vous ont été organisés alors que l’ONU, sous l’impulsion des États-Unis, brandit la menace de sanctions.

Première mèche

Dans la foulée, un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé. Le dernier, en décembre 2017, n’avait duré que quelques heures. Celui-ci tiendra-t-il plus longtemps ?

Juste après le sommet d’Addis, Michael Makuei Lueth, le porte-parole du gouvernement sud-soudanais, avait allumé une première mèche : « Nous en avons assez de Riek Machar et des dommages qu’il a causés aux Sud-Soudanais », avait-il asséné devant des journalistes, précisant que Salva Kiir n’accepterait pas que Machar « participe à un gouvernement de transition ». Jugeant cette déclaration « irresponsable », le camp adverse avait aussitôt riposté qu’« il gardait confiance dans le processus de paix, mais conservait son droit naturel [à exercer sa] légitime défense ».


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Un pas en avant, deux pas en arrière : ce scénario se répète inlassablement depuis le début des combats entre les forces loyales à Kiir et celles de Machar, accusé de fomenter un coup d’État. Certes, un accord, signé en août 2015, prévoit un partage du pouvoir avec la rébellion. Mais à l’heure de fêter, ce 9 juillet, les sept ans d’une indépendance au goût amer pour laquelle ils ont combattu côte à côte, chacun des deux protagonistes est convaincu que le temps joue en sa faveur.

Position de force ?

Malgré l’urgence humanitaire – le conflit a fait des dizaines de milliers de victimes et a poussé à l’exil plus de quatre millions de Sud-Soudanais –, Salva Kiir est persuadé que, puisque son adversaire a quitté le pays (il vit en Afrique du Sud), son armée a de facto gagné la guerre civile. S’estimant en position de force, il exclut d’associer à son gouvernement un rival qu’il ne considère plus comme le représentant de l’opposition.

Pas question de faire des concessions pour la paix », a déclaré Riek Machar

Riek Machar, de son côté, voit dans les pressions qu’exercent les acteurs régionaux un signe de l’isolement croissant du régime et dans le retour à la table des négociations une forme de reconnaissance de la communauté internationale après deux années passées en résidence surveillée à Pretoria. « Pas question de faire des concessions pour la paix », a-t-il répété après la rencontre d’Addis-Abeba.

Anciens compagnons d’armes

Le processus de paix reste donc tributaire de la rivalité des deux anciens compagnons d’armes. « [Mes adversaires] pensent que je suis un obstacle à la paix et que, si je quitte le pouvoir après la signature d’un accord, il n’y aura plus de problème. Mais quelle serait ma motivation à ramener la concorde si je devais me retirer juste après ? », résume Salva Kiir. Voilà qui ressemble fort à une impasse.

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