Politique

[Tribune] Patrimoine africain : objets volés non identifiés

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Mis à jour le 07 juillet 2018 à 14h25

Par  Scholastique Mukasonga

Écrivaine rwandaise, lauréate du Prix Renaudot 2012 pour Notre-Dame du Nil.

Des statuettes béninoises exposées au Quai Branly, à Paris.

Des statuettes béninoises exposées au Quai Branly, à Paris. © CC/Wikimedia Commons

En visitant l’un de ces musées qui exposent ce qu’on appelle prudemment des « arts premiers », une image incongrue m’est venue à l’esprit : l’arc de Titus, à Rome.

Sur ce monument est sculpté le cortège triomphal de l’empereur Titus qui vient d’écraser la révolte juive et détruire jusque dans ses fondements le temple de Jérusalem. C’était en 70 de notre ère. Un des hauts-reliefs exhibe le butin prestigieux présenté à la foule des Romains. Certes, si les musées consacrés aux arts « exotiques » ne célèbrent plus le triomphe des troupes coloniales et que les objets ainsi présentés sont mis au rang d’œuvres d’art telles que les conçoit la culture occidentale, il n’en reste pas moins que le passé colonial et impérial surgit parfois là où on s’y attend le moins.

Ainsi, à Fontainebleau, ce magnifique château qui fut la demeure de tant de rois et de deux empereurs. Au rez-de-chaussée du Gros Pavillon est installé un musée chinois, œuvre de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Plus de 800 objets d’Extrême-Orient décorent ces salons. Certains sont des cadeaux diplomatiques offerts par une ambassade du royaume de Siam, 300 proviennent du palais d’Été, non loin de Pékin, mis à sac et incendié en 1860 par l’expédition franco-anglaise au cours de ce qui a été appelé la seconde guerre de l’Opium.

Il serait bon d’indiquer sur les notices présentant ces objets la façon dont ils ont été acquis

Il est peu probable que la Chine réclame les porcelaines du musée chinois de Fontainebleau, mais, pour l’Afrique, il en va autrement : la question de la restitution des œuvres acquises par pillage risque de se poser avec acuité.

En 2016, le Bénin avait demandé le rapatriement d’objets pillés en 1892 dans les palais d’Abomey, parmi lesquels deux statues emblématiques de la culture du pays : celles du roi Béhanzin et de son père Glélé. Vénérées dans un sanctuaire du palais royal d’Abomey, elles en sortaient sur des chariots lors des grands rituels ou pour accompagner le souverain à la guerre. Elles lui parlaient dans une langue secrète que traduisait un interprète.

La réponse du ministre français des Affaires étrangères d’alors fut sans appel : du point de vue juridique de l’« inaliénabilité » des biens, la restitution est impossible. Le président Macron semble, lui, décidé à étudier la question. Le 22 mars, l’Élysée a annoncé qu’une commission était créée et qu’une mission irait déterminer sur place comment réaliser ces restitutions, qu’elles soient temporaires ou définitives. Certes, il ne s’agit pas de vider les grands musées européens consacrés aux arts venus d’ailleurs. Des compromis seront sans doute trouvés. Dans l’attente, il serait bon d’indiquer sur les notices présentant ces objets la façon dont ils ont été acquis.

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