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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : bouffée d'air frais»

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Finance

Mauritanie : les partenariats public-privé, un mariage contrarié

L'aéroport de Nouakchott-Oumtounsy, en Mauritanie, inauguré en 2016. © SAM

Favorisés par l’État pour développer les infrastructures, les partenariats public-privé sont freinés par la méfiance entre le monde de l’administration et celui de l’entreprise.

Comme tous les pays en développement, la Mauritanie a un énorme besoin de fonds pour combler ses déficits en infrastructures, et ses capacités de financement autonome sont faibles. Son fort taux d’endettement (supérieur à 70 % de son PIB) l’empêche d’avoir recours aux marchés financiers. La Société nationale des industries minières, « vache à lait » de l’État, a souffert de la chute du prix du fer et n’est plus en état de financer tout et n’importe quoi…

Le gouvernement a compris qu’il était temps de se tourner vers les capitaux privés pour accélérer la croissance et l’emploi. Avec le concours de la Banque mondiale (30 millions de dollars [25,9 millions d’euros]), une loi organisant les partenariats public-privé (PPP) a été adoptée, et ses décrets d’application ont été publiés en novembre 2017.

Non seulement le cadre qui sécurise ce type de coopération sur le long terme (vingt à trente ans) est en place, mais la Mauritanie possède un début d’expérience en la matière. L’aéroport de Nouakchott-Oumtounsy, inauguré en 2016, était un PPP avant l’heure puisque l’État a apporté les terrains, et la Banque nationale de Mauritanie (BNM), 80 millions de dollars. La même banque privée a épaulé financièrement de jeunes entrepreneurs dans l’équipement de villages en énergie solaire aux côtés de l’État et de l’AFD.

Pourquoi les ministères restent-ils attachés à un monopole qui a pourtant fait la preuve de son inefficacité ?

Et ce ne sont pas les projets de PPP d’envergure qui manquent. Citons l’autoroute Nouakchott-Boutilimit (153 km), qui pourrait être concédée à la société privée chargée de la construire (pour quelque 200 millions d’euros) et de l’entretenir moyennant un péage pendant vingt ans, ou encore le port en eau profonde de Nouadhibou, d’un coût estimé à 300 millions d’euros, dont 40 % seraient apportés par le privé.


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À chacun son rôle

Mais rien ne bouge. Est-ce parce que les investisseurs potentiels se souviennent des mésaventures que la puissance publique, très mauvaise payeuse, a fait subir aux entreprises de traitement des ordures de Nouakchott ? Ou encore parce que les ministères restent méfiants à l’égard du privé et ne veulent pas abandonner un monopole qui pourtant a fait la preuve de son inefficacité en matière de services publics ?

Pour promouvoir ces projets, des entrepreneurs ont créé, en 2016, un Club PPP Mauritanie, dont ils ont confié la présidence d’honneur bénévole à Michel Sapin, ex-ministre français de l’Économie. « Les responsables du secteur public ne perdront pas leur pouvoir de contrôle en confiant la gestion de l’ouvrage au privé. Ils siégeront au conseil d’administration et participeront au management », explique Mohamed Ould Noueigued, délégué général du Club et PDG de la BNM.

« Nos écoles publiques sont délabrées et seuls les pauvres les fréquentent, poursuit-il. Pourquoi l’Éducation nationale ne confierait-elle pas leur entretien au privé ? Le public fournirait les locaux et y appliquerait les programmes officiels et le privé gérerait l’école. Les parents paieraient la scolarité en fonction de leurs revenus. Les locaux seraient entretenus et les professeurs seraient payés en temps et en heure. Et les enfants pauvres auraient enfin les mêmes chances que les enfants riches, qu’on envoie dans le privé ! »

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