Agroalimentaire

Bois : le camerounais Sodinaf se lance dans la transformation

Sodinaf hérite de 970 800 ha de forêt, dont 270 800, en Centrafrique, encore inexploités © Renaud Van Der Meeren/EDJ

Le négociant entre de plain-pied dans l’industrie forestière en reprenant deux filiales du groupe français Rougier, actuellement en redressement judiciaire.

Fabrice Siaka vient de réaliser un coup double. Fondateur de la Société de distribution nouvelle d’Afrique (Sodinaf), le négociant de 40 ans a fait main basse sur deux des filiales du groupe Rougier, en redressement judiciaire.

Le 7 juin, il concluait la reprise au Cameroun de la Société forestière et industrielle de la Doumé (SFID), jusque-là détenue à 99,91 % par Rougier Afrique centrale, lui-même intégralement contrôlé par Rougier Afrique International (RAI), et en Centrafrique de 100 % de Rougier Sangha-Mbaéré (RSM), également propriété de RAI.

À travers cette opération, dont le montant n’a pas été révélé (SFID aurait été acheté pour environ 3,6 milliards de F CFA, soit près de 5,5 millions d’euros), le Camerounais, qui a bénéficié de l’accompagnement de Société générale, acquiert le troisième exploitant forestier de son pays, propriétaire de deux scieries, à Mbang, dans l’Est, et à Djoum, dans le Sud.

1000 employés supplémentaires

Avec RSM et SFID dans son escarcelle, Sodinaf, qui n’employait que 300 personnes, voit près de 1 000 autres salariés le rejoindre, d’autant que Siaka s’est engagé à ne pas « dégraisser », contrairement au management de SFID, qui prévoyait le départ de plus d’une centaine d’employés dans le cadre de cette reprise. Le repreneur hérite aussi de 970 800 ha de forêt, dont 270 800 en Centrafrique obtenus en 2015 et totalement inexploités.

Fabrice Siaka a pleinement conscience des investissements à réaliser

« Les concessions forestières camerounaises ne sont plus très riches en essences, et l’outil de transformation a besoin d’être renouvelé, notamment par l’acquisition de fours de dessiccation du bois. Des investissements indispensables que Rougier n’a pas voulu réaliser », prévient un analyste. Fabrice Siaka, qui a commandé une due diligence, en a pleinement conscience.

« La concession de Djoum garde tout son potentiel pour ce qui est des essences. Seule celle de Mbang pose réellement problème, et nous comptons sur la Centrafrique pour alimenter cette scierie en bois », réplique le nouveau propriétaire.

L’activité a décollé grâce à son partenariat avec Louis-Dreyfus

Pour contourner le risque permanent de congestion du port de Douala, qui a déjà eu de lourdes répercussions sur l’activité de Rougier, le patron est en train d’aménager une base logistique de 10 ha dans la zone portuaire de Kribi afin d’y stocker son bois.

En onze ans d’existence, Sodinaf, implanté au Cameroun, au Tchad, en Centrafrique et en RD Congo – les quatre sociétés étant regroupées sous le holding parisien Négoce marché pour l’Afrique –, s’est imposé dans le commerce du riz, où il occupe la ­deuxième place derrière l’indien Sonam.

En 2017, il a importé 200 000 tonnes de riz et 50 000 t de maïs et de tourteaux de soja (alimentation animale), qu’il distribue dans la zone Cemac, pour un chiffre d’affaires de près de 50 milliards de F CFA. C’est à partir de 2012 que l’entreprise voit son activité décoller grâce au groupe Louis-Dreyfus, devenu son fournisseur exclusif.

Si, comme son concurrent Soacam, fondé par le magnat Nana Bouba Djoda, Siaka possède ses propres entreprises logistiques, il est en outre propriétaire d’une centaine de camions assurant la distribution dans toute la zone.

Huile de palme, aviculture et production de bière

Le promoteur aurait pu en rester au négoce. Mais la crise qui touche la zone Cemac depuis quatre ans, avec pour corollaire la chute des réserves de change, le pousse à opérer un choix stratégique. « Les banques étant très peu liquides en devises, il nous fallait trouver un produit à exporter pour s’en procurer, afin de limiter notre endettement et les transferts à l’international. Nous avions le choix entre le cacao et le bois », explique-t-il.

Ce rachat concrétise le rêve de Siaka de s’implanter dans l’industrie

Mieux, ce rachat concrétise le rêve de Siaka de s’implanter dans l’industrie. « Le négoce demeure une activité fragile. On se devait de consolider cela avec des actifs fiables et solides », ajoute-t-il. Après le bois, le Camerounais entend poursuivre son aventure industrielle en transformant de l’huile de palme grâce à la Nouvelle Raffinerie du Cameroun, qui ouvrira ses portes l’année prochaine.

Après quoi, l’entrepreneur fourmille encore de projets, de l’aviculture à la fabrication de bière. Un clin d’œil à André Siaka, emblématique patron des Brasseries du Cameroun pendant vingt-cinq ans, dont il n’est que l’homonyme…


Lecourt le bienfaiteur

Fabrice Siaka doit une fière chandelle à Edmond-Patrick Lecourt. En travaillant chez Savent Brokers, dirigé par ce dernier, le Camerounais a eu l’idée, avec le parlementaire Aliyoum Fadil, de fonder Sodinaf en 2007.

Le trader monégasque, qui a fait fortune en Afrique, l’a « initié » et lui a prêté 50 000 euros pour qu’il se lance. Enfin, il a mis sa structure « cofacée » à la disposition de Siaka pour sa première importation de… lait.

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