Energies renouvelables

Énergie : Acwa Power vise le grand chelem marocain

Vue aérienne de la station thermo-solaire Noor à Ouarzazate, dans le sud du Maroc © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Après avoir raflé les projets Noor I, II, III et IV, le groupe saoudien tente la passe de cinq avec Noor Midelt. Mais la partie s’annonce cette fois plus compliquée.

Engie, EDF Énergies nouvelles et Acwa Power, il ne reste plus que trois prétendants à la réalisation de la première phase du projet Noor Midelt : deux centrales solaires hybrides de 800 MW au total (avec une capacité de stockage de cinq heures au minimum) qui seront attribuées d’ici à la fin de l’année et forcément à deux consortiums différents ainsi qu’en a décidé l’agence marocaine Masen.

En effet, les Japonais de JGC Corporation et les Allemands d’Innogy SA, pourtant qualifiés en 2017, n’ont finalement pas confirmé leur offre. Et parmi le trio restant, ce sont bien les Saoudiens d’International Company for Water and Power Projects, plus connus sous le nom d’Acwa Power, qui sont favoris.

Grand chelem

La force de l’habitude ? Le développeur établi à Riyad a raflé pratiquement tous les appels d’offres marocains auxquels il a postulé depuis le premier, Noor I, en 2010, jusqu’à Noor IV, en passant par Noor II et Noor III. S’il remportait Noor Midelt, il réaliserait un improbable grand chelem.

Pourtant, avec 252 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 (+ 14 % par rapport à 2015) et quelque 2 750 employés dans le monde (200 au Maroc), le saoudien est une société relativement jeune.

Créé en 2004 par la réunion de trois acteurs privés locaux (groupes Abunayyan, Al-Muhaidib et Al-Rajhi), Acwa Power s’est d’abord consacré à des projets de dessalement en Arabie saoudite, puis à des projets de centrale thermique.

Après avoir remporté plusieurs appels d’offres à domicile, la société s’exporte dès 2009 en acquérant une première centrale à Oman. « À partir de là, raconte Badis Derradji, le directeur général de la filiale marocaine, une sélection des marchés cibles a été effectuée. Les pays voisins du Golfe et puis, rapidement, l’Afrique. Avec comme priorité l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc, considérés à la fois comme des marchés porteurs et stables, mais aussi comme des bases intéressantes pour attaquer la zone d’influence de la société ».

Le développeur fait une offre mois chère de près de 25 %

Aujourd’hui, Acwa Power dessale environ 2,7 millions de m3 d’eau par jour dans le monde et possède près de 22 GW de puissance installée, dont 1 GW d’énergies renouvelables (ENR). Dans ce paysage, le Maroc occupe une place à part. Il représente à lui seul quelque 80 % du portefeuille ENR d’Acwa Power. Un succès fulgurant qui a correspondu au lancement, en 2009, du Plan solaire Noor.

« Cela nous a tout de suite intéressés, confie Derradji. On a discuté avec les autorités et on est arrivés à la conclusion qu’il y avait une occasion à saisir. Dès le lancement de l’appel d’offres pour Noor I, on s’est mobilisés de façon très sérieuse. »

En effet, opposé à trois consortiums emmenés par les Italiens d’Enel, les Espagnols d’Abengoa et les Égyptiens d’Orascom, Acwa Power fait sauter la banque… et fait une offre moins chère de près de 25 %. Un écart qui a éveillé des suspicions : « 25 %, c’est énorme, commente un expert du Plan solaire marocain. À l’époque, on a entendu des concurrents dire qu’Acwa Power n’avait pas proposé un projet rentable pour pouvoir mettre un pied en force au Maroc. »

Notre modèle est différent de celui des acteurs traditionnels, nous “challengeons” tous les coûts » rapporte la compagnie

Une explication rejetée par la compagnie. « Acwa Power est un opérateur privé qui peut espérer des retours sur investissement. Nous sommes là pour gagner de l’argent. Mais notre modèle est différent de celui des acteurs traditionnels. Généralement, nos concurrents ont une approche qui intègre dans les calculs des extrapolations relatives à leurs offres précédentes. Nous, nous “challengeons” tous les coûts : les coûts d’investissement, les coûts opérationnels, le retour sur investissement, le coût du financement. Nous passons beaucoup de temps avec nos fournisseurs pour optimiser la solution technique et parvenir au meilleur prix. Et nous effectuons cet exercice pour chaque appel d’offres. »

L’agence Masen, qui a attribué au saoudien les différents projets, ne dit pas autre chose. Ses équipes ne tarissent pas d’éloges sur lui, que ce soit en matière de prix, de conception ou de délais.

En réalité, Acwa Power n’est ni un constructeur ni un fournisseur de technologie, il s’appuie sur des entreprises, l’espagnole Sener (Noor I, II et III), la chinoise Sepco III (Noor II et III) ou l’indienne Sterling & Wilson (Noor IV).

« C’est un développeur, mais aussi un exploitant, tempère notre expert. Ce n’est pas juste une interface comme peut l’être le japonais Mitsui. » En effet, le « petit saoudien » possède sa propre société d’exploitation et de maintenance appelée Nomac.

L’optimisme toujours de mise malgré la concurrence

En 2014, Acwa Power remporte Noor II avec une marge de 12 % sur le ­deuxième soumissionnaire. Puis avec seulement 2 % pour Noor III. Pour Noor IV, il a moins de 0,1 % sur son premier concurrent.

L’écart se resserre. Les autres s’adaptent et adoptent la même philosophie que nous » constate Badis Derradji

« L’écart se resserre. Les autres s’adaptent et adoptent la même philosophie que nous », constate, satisfait, Badis Derradji. En 2015, Acwa Power a même enregistré sa première défaite dans le royaume en terminant quatrième pour l’appel d’offres éolien lancé par l’Onee. De mauvais augure pour Noor Midelt ?

Alors qu’il doit livrer tour à tour Noor II, III et IV d’ici à la fin de l’année, Derradji se veut optimiste quant aux chances de son groupe de décrocher le grand chelem. « À la fin, c’est le moins-disant qui l’emportera, et, à ce jeu-là, nous ne sommes pas mauvais. Dans le monde, notre taux de réussite aux appels d’offres se situe entre 70 et 75 %. » Un succès insolent.


Cap sur le Sud

Mauritanie, Sénégal, Éthiopie, Acwa avoue qu’il scrute avec attention l’Afrique subsaharienne. Sa capacité à proposer des projets dans lesquels le prix de vente de l’électricité oscille entre 2 et 6 cents le kWh en fait un candidat sérieux, quand les tarifs proposés par les autres entreprises sont en général bien supérieurs.

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