Politique

Tunisie – Mahmoud Ben Romdhane : « C’est le moment de vérité »

Mahmoud Ben Romdhane est responsable de la partie economie dans la partie Nidaa Tounes. © Ons Abid pour JA

Économiste et ancien ministre des Affaires sociales, Mahmoud Ben Romdhane plaide pour la constitution d'un gouvernement de salut public en Tunisie.

Jeune Afrique : La Tunisie se prépare-t-elle à un automne social ?

Mahmoud Ben Romdhane : Disons que la situation est très compliquée pour l’État. Il lui est de plus en plus difficile d’honorer ses factures auprès de ses principaux fournisseurs, de financer salaires, retraites, entreprises publiques et caisses de sécurité sociale…

La Tunisie est également confrontée à une inflation galopante et à l’impossibilité matérielle d’instaurer un dialogue social qui donnerait lieu à de quelconques augmentations. Le mémorandum d’entente signé avec le Fonds monétaire international (FMI) engage fortement l’État, qui doit entreprendre des réformes douloureuses. Ses marges de manœuvre sont réduites, les limites ont été atteintes cette année. C’est le moment de vérité.

La situation politique entrave-t-elle la prise de décisions ?

C’est une évidence. Face à l’extrême gravité de la situation, il n’y a qu’une seule possibilité : constituer un gouvernement de salut public, d’un côté pour faire la lumière sur la situation, de l’autre pour réformer avec courage et ouvrir des perspectives. Or, dans le cadre du pouvoir actuel, ce n’est pas envisageable. Car le président de la République, Béji Caïd Essebsi, ne nommera comme chef de gouvernement qu’une personne qui lui est proche et qu’il peut contrôler.

Ajoutez à cela un parti vainqueur gangrené par la corruption, intéressé uniquement par le pouvoir et les privilèges, et qui a trahi les promesses faites à ses électeurs… et vous avez tous les ingrédients d’une catastrophe.

Le duo au pouvoir n’est pas en prise avec les problèmes réels de la Tunisie

L’accord de Carthage finit-il par paralyser la vie politique ?

Là encore, c’est du théâtre pour faire plaisir aux uns et aux autres. Mais les réformes indispensables n’y sont pas. Et si on appliquait rigoureusement cet accord, la Tunisie irait droit dans le mur. Certains points de la feuille de route sont extrêmement dangereux, comme le changement de billet de banque, par exemple, qui amènerait le pays dans une situation comparable à celle de l’Inde en 2016, entre affolement et faillite du système bancaire. Le duo au pouvoir n’est pas en prise avec les problèmes réels de la Tunisie. Il n’est pas non plus empreint de l’esprit d’État et n’a effectué aucune réforme pour sauver le pays.

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