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Cet article est issu du dossier «Agrobusiness : stratégies et secteurs»

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Agroalimentaire

Agrobusiness : comment gagner le pari de la compétitivité

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Consultante éditoriale pour le Africa CEO Forum

Lors du Africa CEO Forum, en mars, à Abidjan (de g. à dr. : Julien Wagner, journaliste à Jeune Afrique, Sérgio Pimenta, vice-président Afrique et Moyen-Orient d’IFC, Venkataramani Srivathsan, directeur régional d’Olam pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Christiane Laibach, directrice générale de la DEG, Alassane Doumbia, président du conseil d’administration de Sifca, et Karim Senhadji, directeur général d’OCP Afrique) © Jacques Torregano/Ceo Forum/JA

Développer des financements agricoles inédits, mieux accompagner les petits exploitants, s’appuyer sur des technologies innovantes… Six experts présentent les solutions qui permettront au secteur de s’épanouir.

En 2016, la facture des importations africaines de produits alimentaires s’élevait à 65,8 milliards de dollars (62,4 milliards d’euros). Si rien n’est fait pour changer la donne en matière de compétitivité, ce montant pourrait atteindre 110 milliards de dollars d’ici à 2025. Les investissements privés ont beau prendre de l’ampleur en Afrique, le secteur reste confronté à la concurrence internationale.

En ne contribuant qu’à moins d’un quart du PIB continental, il est loin d’avoir atteint son plein potentiel. Difficultés d’accès aux financements, absence de prise en compte des petits exploitants, prix des intrants… La plupart des pays africains peinent à trouver le modèle qui leur permettra d’augmenter leur productivité et, in fine, de transformer l’agriculture en une activité commerciale répondant aux standards internationaux.

Aucune banque n’est prête à financer un planteur seul. Dans nombre de cas, nous avons été obligés de nous en charger directement » assure Alassane Doumbia

Le premier problème à surmonter, d’après Alassane Doumbia, président du conseil d’administration du groupe agro-industriel ivoirien Sifca, est celui des financements privés. « Aucune banque n’est prête à financer un planteur seul. Dans nombre de cas, nous avons été obligés de nous en charger directement. »

Deux solutions complémentaires ont été avancées pour résoudre cette problématique. La première, émise par Sérgio Pimenta, vice-président Moyen-Orient et Afrique de l’IFC (Société financière internationale, groupe Banque mondiale), consiste à élaborer des financements agricoles novateurs. Des outils mixtes (blended finance) combinant acteurs publics et privés seront spécifiquement adaptés aux petits exploitants, qui représentent 80 % des agriculteurs du continent.

Aider les producteurs à augmenter leurs rendements

Dans cette configuration, l’acteur public accompagne l’investisseur privé pour qu’il ne supporte pas seul les risques en cas d’échec. Un système à l’origine du succès du fonds nigérian Sahel Capital, selon Yana Kakar, associée gérante monde du cabinet de conseil Dalberg.

Monté en 2010, Sahel Capital est parvenu à lever plus de 30 millions de dollars auprès des gouvernements nigérian et allemand pour l’assistance technique des PME du secteur agricole nigérian. D’après la Banque africaine de développement (BAD), l’identification de nouvelles sources de financement pourrait générer entre 110 et 125 milliards de dollars de revenus d’ici à 2025.

La deuxième solution consiste en la mise en place, par les bailleurs, de programmes d’assistance technique afin d’aider les producteurs à augmenter leurs rendements. Car le continent reste à la traîne. « Si l’on prend l’exemple de la production de céréales sur les cinquante dernières années, l’Amérique du Sud et l’Asie ont respectivement accru leurs rendements de 50 % et 40 %, alors que l’Afrique n’a pas dépassé les 25 % », rappelle Yana Kakar.

Il existe une corrélation très forte entre taux d’utilisation des engrais et taux de rendement agricole » rapporte Karim Senhadji

Mais quelles méthodes utiliser pour améliorer la productivité ? Selon Karim Senhadji, directeur général d’OCP Afrique, « il existe une corrélation très forte entre taux d’utilisation des engrais et taux de rendement agricole ». Or l’exploitant africain, pour des raisons de distance, de coûts de transport, de communication ou de financement, dispose d’un accès limité aux engrais.


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« Pour surmonter ces difficultés, la seule solution est de construire un écosystème autour du fermier », assure Karim Senhadji. C’est ce qui a été réalisé en Guinée, où l’ensemble des parties prenantes se sont réunies en task force dans le but de livrer en temps et en heure près de quinze types d’engrais différents, réduisant ainsi de 40 % leur coût d’acheminement.

Il faut apprendre au fermier à utiliser avec la plus grande efficacité possible les technologies auxquelles il a accès » poursuit Karim Senhadji

Une fois cette question réglée, « il faut apprendre au fermier à utiliser avec la plus grande efficacité possible les technologies auxquelles il a accès », poursuit Karim Senhadji.

Un volet formation auquel Alassane Doumbia est lui aussi très attaché : « En Côte d’Ivoire, nous encadrons un bassin de palmiers à huile de plus de 120 000 hectares cultivé par de petits planteurs. Le rendement de ces plantations est de l’ordre de 5 à 7 tonnes par hectare alors qu’il est de 18 tonnes pour les industriels. Avec des équipes mieux formées, il serait possible de l’accroître de manière exponentielle. »

Grâce à ce travail, l’Éthiopie a augmenté sa productivité dans la culture du maïs de 37 % en utilisant un nouvel engrais » affirme Karim Senhadji

Mais ce ne sont pas les seules pistes. Sérgio Pimenta, lui, a choisi de mettre en avant ce qu’on appelle « l’agriculture intelligente ». Un concept déjà développé par OCP en Éthiopie, où, depuis cinq ans, le leader mondial des phosphates a collaboré avec des institutions agricoles locales afin d’élaborer une « carte de fertilité » permettant d’adapter la composition des engrais à la nature des sols.

Pour y parvenir, une vaste collecte de données in situ et par l’intermédiaire d’outils satellitaires a été nécessaire. « Grâce à ce travail, l’Éthiopie a augmenté sa productivité dans la culture du maïs de 37 % en utilisant un nouvel engrais, à la fois plus économique et plus efficace », affirme Karim Senhadji.

Des infrastructures logistiques fiables et en nombre suffisants

Et les technologies ont encore d’autres vertus. « Les nouveaux outils de collecte de données agricoles favorisent une meilleure anticipation des rendements », fait valoir Venkataramani Srivathsan, directeur régional d’Olam pour l’Afrique et le Moyen-Orient.


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Plusieurs pays sont sur la bonne voie. En Éthiopie, un fort soutien du gouvernement a permis de développer considérablement la floriculture : en moins de vingt ans, les exportations de fleurs ont généré 550 millions de dollars de revenus.

Pour véritablement gagner le pari de la compétitivité, une meilleure productivité ne suffit pas

De même, au Nigeria, la transformation du système de distribution d’intrants réalisée au cours des dix dernières années a permis de tripler la production de cassave tout en économisant environ 100 millions de dollars en importations par an.

Reste que, malgré tout, pour véritablement gagner le pari de la compétitivité, une meilleure productivité ne suffit pas. Encore faut-il « disposer d’infrastructures logistiques fiables et en nombre suffisant telles que lignes ferroviaires, ports ou routes, pour entrer en compétition avec le reste du monde », rappelle Karim Senhadji. Des outils dont la mise en place, inévitablement, prend du temps.

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