Politique

Présidentielle au Mali : Hamadoun Touré, un candidat connecté ?

Hamadoun Toure (Mali), directeur exécutif du programme Smart Africa. © Vincent Fournier/JA

Candidat à la présidentielle du 29 juillet, Hamadoun Touré, directeur général du réseau Smart Africa, porte un regard critique sur le bilan d’IBK et pointe du doigt la corruption et le chômage des jeunes. Son mot d'ordre : intégrer les nouvelles technologies pour développer le Mali.

E-agriculture, start-up, open waves… Hamadoun Touré, 64 ans, s’enthousiasme lorsqu’il parle des nouvelles technologies. Le conseiller spécial de Paul Kagame en la matière est convaincu qu’elles peuvent être un « moteur de développement économique pour le Mali ». Candidat à la présidentielle du 29 juillet aux côtés d’une vingtaine de prétendants déjà déclarés à la succession d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), il a passé plus de trente ans hors du pays. Pourrait-ce être un handicap ?

Après l’obtention d’un doctorat à Moscou, il a en effet occupé plusieurs postes à l’international. Passé par Intelsat, le premier fournisseur mondial de services de télécommunications par satellite, et ICO Global Communications, une société de téléphonie par satellite, il devient en 2007 secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), puis, en 2015, directeur général du réseau Smart Africa, établi à Kigali. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il quitte ses fonctions pour se réinstaller à Bamako.

Déconnecté des réalités du pays ?

Aujourd’hui, il rêve de faire profiter le Mali de son expertise 2.0. « Le meilleur moyen de lutter contre la corruption, c’est de mettre en place des systèmes transparents de gestion, insiste-t-il. Le paiement électronique, par exemple, permet de limiter le contact direct entre fonctionnaires et usagers et d’augmenter la transparence et le taux de recouvrement de la douane et des impôts. »

À ceux qui affirment que je suis déconnecté, je réponds que, contrairement à eux, je ne suis pas mouillé dans des affaires de corruption

Natif de Goundam, dans la région de Tombouctou, il sait que nombre de ses compatriotes ne voient en lui qu’un technocrate déconnecté des réalités du pays, mais s’en défend : « J’ai été fait chevalier de l’Ordre national par Alpha Oumar Konaré et officier par Amadou Toumani Touré parce que j’avais servi mon pays. J’ai été un digne représentant du Mali aux Nations unies. À ceux qui affirment que je suis déconnecté, je réponds que, contrairement à eux, je ne suis pas mouillé dans des affaires de corruption. »

Lorsque l’on évoque l’enquête du Cenozo, consortium de journalistes d’investigation ouest-africains, selon laquelle il serait propriétaire d’une société offshore enregistrée aux Seychelles par le biais du cabinet panaméen Mossack Fonseca, cet homme qui a coutume de s’exprimer à voix basse hausse le ton. « J’ai entrepris l’enregistrement d’une compagnie pour faire du consulting en communication par satellite lorsque j’étais libre de mes fonctions aux Nations unies. J’en avais le droit, et tout a été fait dans les règles. À l’époque, en 2015, le scandale Fonseca n’avait pas encore éclaté. De plus, cette société n’a même pas de compte bancaire et n’a jamais vraiment commencé ses activités. »

Regard critique sur le bilan d’IBK

Sur la scène politique malienne, Hamadoun Touré jouit d’une image d’homme neuf. Il porte un regard critique sur le bilan d’IBK et pointe du doigt la corruption et le chômage des jeunes. Début juin, lui et d’autres candidats à la magistrature suprême – Modibo Sidibé, Mountaga Tall, Housseini Amion Guindo ou encore Moussa Mara – ont lancé la Convention des bâtisseurs, une coalition dont les membres se sont engagés à « se porter assistance pour la conquête du pouvoir et à tendre vers une candidature unique ».

On évite la confrontation des idées, alors que c’est de la friction que sort la lumière

Mais Touré dit déjà regretter que la présidentielle ne soit pas l’occasion de lancer de vrais débats : « On évite la confrontation des idées, alors que c’est de la friction que sort la lumière. » En décembre 2017, il a créé l’association politique Alliance Kayira et s’est lancé dans une tournée de six mois pour « prendre le pouls du pays et écouter les préoccupations des populations ». La véritable campagne présidentielle démarrera, elle, le 7 juillet et s’annonce déjà tumultueuse.

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