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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : deuxième souffle»

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Politique

[Édito] Côte d’Ivoire : l’heure des grandes manœuvres

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André Silver Konan est un journaliste et éditorialiste ivoirien, collaborateur de Jeune Afrique depuis Abidjan.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Stratégies divergentes des formations du parti unifié RHDP, potentielle candidature de Laurent Gbagbo, troisième mandat d'Alassane Ouattara... À l'approche de la présidentielle, l'heure est aux grandes manœuvres en Côte d'Ivoire.

Il est indéniable que les prochaines élections locales vont constituer un test pour tous les partis qui aspirent à diriger la Côte d’Ivoire en 2020, après les deux mandats du chef de l’État, Alassane Ouattara. Pour les membres du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle), l’enjeu est de taille.

Chacun son agenda

Après treize ans de cheminement commun, après avoir été dans l’opposition ensemble et alors qu’elles gouvernent ensemble, bon an, mal an, depuis huit ans, les formations qui composent cette alliance commencent à développer leurs propres agendas.

Le Rassemblement des républicains (RDR, d’Alassane Ouattara) s’est engagé dans le projet hypothétique du parti unifié qui devrait, au moins jusqu’en 2020, en rester au stade de fédération de formations politiques. Ce parti « essentiellement urbain, qui a déçu de nombreux Ivoiriens, y compris ses propres militants », selon le politologue Geoffroy Kouao, compte se saisir des municipales pour démontrer à ses partenaires du RHDP qu’il n’est pas fini.

Chaque responsable dénombrera ses cadres sortis victorieux de la confrontation

Certes, ces derniers se présenteront en rangs serrés dans la plupart des circonscriptions. Cependant, chaque responsable dénombrera ses cadres sortis victorieux de la confrontation. C’est ainsi que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié), deuxième force politique du pays (après le RDR) et qui compte de nombreux électeurs dans le monde rural, mise pour sa part sur les scrutins régionaux, dont il était sorti grand vainqueur en 2013.

L’espoir des petits partis

Les petits partis de l’alliance espèrent eux aussi profiter de listes communes pour faire élire des conseillers. Seule l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI, d’Albert Toikeusse Mabri) semble pouvoir remporter des sièges de maire et de président de conseil régional dans son fief de l’Ouest montagneux.

Du côté de l’opposition, le Front populaire ivoirien (FPI, de Laurent Gbagbo), toujours en panne d’unité, peine à adopter une stratégie commune. Alors que son président légal, Pascal Affi N’Guessan, s’active à présenter des listes, la fronde d’Aboudramane Sangaré se prépare à boycotter, une fois de plus, des élections locales. Pour Affi aussi, le défi est sérieux : après le camouflet reçu aux législatives de 2016 (trois députés sur 255), il compte prendre sa revanche et s’imposer comme LE leader de l’opposition avec, en point de mire, la présidentielle, pour laquelle il continue de sillonner le pays.

Double jeu

Dans cette perspective, une libération provisoire ou sous surveillance dans un pays de l’Union européenne de Laurent Gbagbo, jugé à la Cour pénale internationale (CPI), viendrait rebattre les cartes au FPI.

Avec ou sans Gbagbo comme candidat ?

Le camp Sangaré, qui a axé tout son plan de bataille sur le retour de l’ex-président, espère ainsi être la meilleure alternative en 2020. Son porte-parole, Boubacar Koné, réputé radical, répète : « Nous serons présents à la présidentielle, et le FPI se donnera les moyens de la remporter. » Avec ou sans Gbagbo comme candidat ?

Bien sûr, dans les états-majors, des militants rêvent de voir rejoué le match à trois de 2010. Certains y travaillent, aidés par le double jeu de Bédié, les propos sur un potentiel troisième mandat de Ouattara et le silence de Gbagbo, alors que la crise secoue son parti.

L’octogénaire Bédié et les septuagénaires Gbagbo et Ouattara à nouveau à l’affiche ? Le scénario reste improbable, tant les quadra-quinqua-sexa des trois principaux partis bouillonnent d’ambitions.

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