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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : deuxième souffle»

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Économie

Croissance, tourisme, infrastructures… La Côte d’Ivoire abonnée aux prix d’excellence ?

Par

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

Vue d'Abidjan © REA

La Côte d’Ivoire est abonnée aux prix d’excellence ces derniers temps. Elle compte de plus en plus d’infrastructures. Le nombre de touristes a été multiplié par quatre depuis 2014.

Sa croissance galope (+ 7,8 % en 2017), et le pays occupe la quatrième place des champions subsahariens derrière la Guinée (+ 8,2 %), le Ghana (+ 8,4 %) et l’Éthiopie (+ 10,9 %). Son déficit budgétaire et sa dette sont sous contrôle. Le taux d’inflation officiel est au-dessous de 1 % par an. Sa balance commerciale est excédentaire, et le revenu par habitant a augmenté de 62,2 % depuis 2012.

Ce tableau flatteur permet à la Côte d’Ivoire de trouver sans mal l’argent dont elle a besoin. En juin 2017, elle avait procédé avec succès à l’émission d’un Eurobond avant de récidiver en mars pour un total supérieur à 3,5 milliards de dollars (3 milliards d’euros).

Il semblerait pourtant que le moteur ivoirien connaisse une petite perte de puissance. L’agence de notation Bloomfield a publié fin mai une étude sur son risque pays qui suscite des interrogations.


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Carburant social

« Même si les performances économiques sont toujours appréciables, les objectifs visés pourraient finalement ne pas être atteints en raison d’un ralentissement de l’investissement public et de la mollesse de l’investissement privé », écrivent les auteurs de l’analyse. Notamment parce que les recettes de l’État croîtront moins vite et que le service de la dette ne permettra plus d’augmenter le poids de cette dernière. Il faudrait que la Côte d’Ivoire aligne un taux de croissance moyen de 8,4 % d’ici à 2020 pour vraiment « émerger ». Le FMI ne prévoit pas mieux que 7 % à courte échéance.


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Le document pointe aussi un risque sociopolitique. Un mécontentement latent est perceptible dans la population. Le taux de croissance spectaculaire est porté par la création d’infrastructures qui n’améliorent pas la vie quotidienne. « Selon l’édition 2016 du Programme des Nations unies pour le développement [Pnud], la Côte d’Ivoire demeure dans le groupe des pays à faible développement humain, souligne Bloomfield. La qualité de vie de ses populations a peu changé entre 2010 et 2015. Bien qu’ayant réalisé des performances économiques moindres, le Togo, le Bénin, le Sénégal et le Rwanda restent mieux classés que la Côte d’Ivoire » en la matière.

S’il veut remédier à cette situation, le gouvernement doit afficher la même volonté que pour l’électricité et les routes. Il doit s’atteler à la réduction du travail informel (aujourd’hui 93,6 % des emplois), à la surcharge des classes [qui comptent plus de 40 élèves chacune] et à la mise en place de la couverture maladie universelle (CMU). En carburant au social, le moteur ivoirien devrait mieux résister aux chocs économiques et politiques qui ne manqueront d’entraver sa route.

DR

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