Politique

Présidentielle en Côte d’Ivoire : à la conquête de l’Ouest

Laurent Gbagbo. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Sept ans après la chute de Laurent Gbagbo, la région semble encore chercher son identité politique.

Zone favorable au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sous Félix Houphouët-Boigny, l’Ouest a vu le Front populaire ivoirien (FPI) s’implanter petit à petit sur son territoire avec l’arrivée du multipartisme en 1990, pour en devenir l’un des bastions après l’élection de Laurent Gbagbo en 2000.

La chute du régime, en 2011, a bouleversé les équilibres politiques. À l’agonie – avec un grand nombre de ses cadres emprisonnés ou en exil – et absent de l’échiquier pendant plusieurs années, le FPI est aujourd’hui déchiré par une guerre intestine entre une tendance dirigée par Pascal Affi N’Guessan et une autre, fidèle à Gbagbo, menée par Aboudramane Sangaré.

Une ombre pesante

Une situation qui a morcelé l’électorat, notamment dans le cœur de l’Ouest, constitué du Cavally, du Guémon et du Tonkpi. Longtemps fidèle au PDCI, la première région demeure dominée par la formation d’Henri Konan Bédié. Malgré la mort en août 2017 de son président, Dagobert Banzio, le PDCI continue de diriger le conseil régional. Le Rassemblement des républicains (RDR), lui, est parvenu à s’implanter dans plusieurs villes, dont Duékoué.


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Mais c’est dans le Tonkpi que le parti au pouvoir est le plus fort. Le RDR a réussi à y supplanter l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) de l’ancien ministre Albert Toikeusse Mabri, toujours président du conseil régional. Même si, malgré la perte de plusieurs villes lors des législatives de 2016, la formation demeure bien implantée.

La région du Guémon est celle où l’ombre de Laurent Gbagbo pèse le plus. Le FPI en a fait l’un de ses fiefs à partir de 2000. Mais aujourd’hui le poids du parti est difficile à jauger. Pascal Affi N’Guessan y a très peu d’influence. Et la tendance dirigée par Aboudramane Sangaré n’a participé à aucune élection depuis 2011, appelant à boycotter l’inscription sur les listes.

Aucun grand parti n’a véritablement réussi à profiter de cette situation pour s’insérer dans la zone. « Résultat, l’électorat de Gbagbo a reporté son soutien sur les indépendants, de plus en plus nombreux à être élus », estime un responsable politique de la région.

« Comme la tendance Sangaré ne devrait pas présenter de candidat aux prochaines élections locales, la participation sera le principal indicateur du poids de l’ancien parti de Gbagbo », précise Sylvain N’Guessan, analyste politique à l’Institut de stratégies d’Abidjan. Mais ce dernier estime que le véritable enjeu des scrutins à venir est d’ordre sécuritaire.

La moindre étincelle risque de réveiller les conflits latents

Défiance et rejet de l’État

Dans cette région encore meurtrie par les conséquences de la guerre civile (1989-2003) survenue au Liberia voisin, puis par la décennie de crise politico-militaire ivoirienne de 2002-2011, la moindre étincelle risque de réveiller les conflits latents.

« Les autorités n’ont pas fait assez d’efforts pour se rapprocher de ces populations. Il y a encore trop de défiance et un très fort rejet de l’État. Et quand on voit, ces derniers mois, le nombre d’affrontements entre autochtones et allogènes, on peut se demander si la sécurité sera suffisante pour que tout le monde puisse voter et que les urnes circulent librement », s’inquiète Sylvain N’Guessan.

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