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Cet article est issu du dossier «Tchad : nouvelle République»

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Économie

Tchad : les boulets de l’économie tchadienne

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

La Place de la Nation à N'Djaména. © Abdoulaye Barry pour JA

Si le ciel s'éclaircit pour le Tchad grâce aux aides internationales, le climat des affaires reste détestable, à tel point que les investisseurs privés traînent les pieds pour s’installer dans le pays.

Le Tchad l’a échappé belle. La chute des cours du pétrole en 2014 avait tellement tari ses ressources que seule l’aide budgétaire – à hauteur de plus de 130 milliards de F CFA (environ 200 millions d’euros) – de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de la France lui avait permis d’éviter la faillite et de payer ses fonctionnaires et ses militaires en 2017.

Il faut dire que le président Déby Itno avait lourdement insisté sur le fait qu’un effondrement économique de son pays risquait d’avoir des répercussions sur la lutte antiterroriste. Cela a payé.


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Restait une épine dans le pied du Tchad, qui interdisait l’intervention déterminante du FMI et bloquait l’arrivée des quelque 18 milliards d’euros promis en septembre 2017 lors de la conférence de Paris : la dette de 1,36 milliard de dollars contractée en toute discrétion en 2014 auprès du suisse Glencore pour racheter la part de l’américain Chevron dans le consortium qui exploite le pétrole de Doba. Dette que N’Djamena était hors d’état de rembourser.

Signature d’un accord

Après sept mois de rudes négociations et l’intervention de la France et du FMI auprès de Glencore, un accord a été signé entre la compagnie et l’État tchadien le 21 février. Il prévoit deux années de grâce pour les remboursements, l’allongement de la durée du prêt de dix à douze ans et un taux d’intérêt ramené de 7,5 % à 2 %. Cette signature a permis de débloquer le 13 avril le versement de l’aide du FMI (312,1 millions de dollars sur trois ans). Les investisseurs seront rassurés.

Le ciel s’éclaircit d’autant plus pour le Tchad que le prix du pétrole s’est redressé depuis deux mois, à plus de 70 dollars le baril. Ce qui aidera à corriger la récession de 2016 (– 6,4 %) et de 2017 (– 3,1 %) et à doper la reprise, qui, selon le FMI, pourrait atteindre + 3,5 % cette année.

Source : FMI, avril 2018

Mal en point

Il n’en demeure pas moins que le Tchad est mal en point. Les grèves sont là pour en témoigner. Le pays traîne toujours les mêmes boulets. Certains ne peuvent lui être imputés, comme le terrorisme ou l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés. Mais la plupart restent de son fait : un climat des affaires détestable, une fiscalité qui ne pèse que sur les entreprises à capitaux étrangers, des arriérés de paiement de l’État qui se chiffrent en dizaines de milliards de francs CFA, une corruption endémique…


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L’application rigide du code des marchés publics ralentit considérablement les chantiers. Certains en profitent alors pour conditionner la reprise des travaux au versement de prébendes. Comment s’étonner dans de telles conditions que les investisseurs privés traînent les pieds pour s’installer au Tchad et que la création d’emplois formels y demeure rarissime ?

Manque de compétences

Les bailleurs de fonds internationaux sont les premiers à déplorer la lenteur dans l’exécution des projets de développement. La faute au manque de compétences d’une fonction publique mal formée et au clientélisme, au clanisme et au « parentélisme », qui consiste à confier, le plus souvent, des responsabilités à des personnes qui ne sont pas qualifiées.

Toujours aussi amateurs « d’éléphants blancs », les dirigeants du pays continuent de créer des entreprises qui se révèlent des gouffres pour les finances publiques. Dernier exemple en date, l’usine de jus de fruits de Doba est aujourd’hui en vente pour 1 F CFA symbolique.

Boko Haram cause certes de réels dégâts dans le pays. Mais l’absence de rationalité économique qui semble parfois régner à N’Djamena aussi.

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