Arts

Voyage : Le Cap vu par Georges Lory

Vue du Cap, en Afrique du sud © Damien Fauchot/CC/Flickr

De Sea Point à Green Point Stadium en passant par le musée d'art contemporain africain ou encore les jardins du Parlement... Découvrez La Cap, en Afrique du Sud, avec le regard de l'écrivain Georges Lory.

Entre Georges Lory et l’Afrique du Sud, c’est une longue histoire. En 1974, le Français obtient une bourse pour passer un an à l’université de Stellenbosch. Un choix qui tient alors à sa curiosité pour le pays de l’apartheid et à sa connaissance du néerlandais, langue mère de l’afrikaans.

Un an après, il sera interdit de visa pour avoir traduit un livre du poète et peintre Breyten Breytenbach, emprisonné jusqu’en 1982 pour avoir lancé un mouvement anti-apartheid. L’interdiction de visa durera quinze ans pour Lory, et c’est seulement en 1990, alors que Mandela quitte sa dernière prison, qu’il pourra revenir en Afrique du Sud comme conseiller culturel à l’ambassade de France.

Poste qu’il occupera jusqu’en 1994, ce qui lui permettra de rencontrer à de nombreuses reprises l’ex-plus célèbre prisonnier politique du monde. À l’époque le gouvernement sud-africain réside au Cap, siège du Parlement, six mois par an, ce qui permet à Lory de vivre à mi-temps dans sa ville de prédilection.

Il sera ensuite directeur des affaires internationales de RFI (1998-2008) puis délégué général de l’Alliance française en Afrique australe (2009-2013). En mars de cette année, il est de nouveau retourné au Cap pour disputer le Cycle Tour, une course de 110 km autour du cap de Bonne-Espérance.

Écrivain, polyglotte – il parle 12 langues dont le zulu –, Georges Lory est le traducteur des plus grands écrivains sud-africains : André Brink, Nadine Gordimer et J.M. Coetzee, Prix Nobel et lui aussi amateur de vélo, et dont Lory a d’ailleurs traduit L’Abattoir de verre, qui sortira au Seuil le 16 août prochain.

De Sea Point à Green Point Stadium

« Pour longer l’océan Atlantique, rien de mieux qu’une promenade d’environ trois kilomètres entre Sea Point et le Cape Town Stadium. On suivra d’abord, comme aime à le faire Breyten Breytenbach, le parcours qui conduit aux « lunettes de Mandela » qui permettent de regarder Robben Island, où l’icône anti-apartheid fut détenue pendant de longues années. Une île-prison dont on a du mal à décider si elle est proche ou lointaine, mais dont il était en tout cas impossible de s’évader.

Plus loin, Three Anchor Bay, où l’on a retrouvé le corps de la poétesse afrikaner Ingrid Jonker, qui s’est suicidée à l’âge de 31 ans en 1965. Un temps maîtresse d’André Brink, cette militante anti-apartheid fut citée lors du discours inaugural de Mandela. Pour finir, on dépassera le phare rouge et blanc de Mouille Point, qu’un vaste golf sépare du stade. »

Long Street

« Il y a encore une vingtaine d’années, il ne faisait pas bon se promener sur Long Street, repaire de toxicomanes et de délinquants. On vous conseillait même de prendre un taxi pour aller d’un bout à l’autre de cette rue mal famée, aujourd’hui devenue la plus branchée de la ville.

Elle abrite un grand nombre de restaurants parmi lesquels le sympathique Mama Africa, où l’on dîne plutôt bien au son d’une bonne musique sud-africaine live. Les cafés, animés et bruyants, sont parfois situés au premier étage d’anciennes demeures victoriennes au style colonial très chargé. Tout en haut de Long Street se trouvent des bains turcs, fréquentés par nombre de Libanais.

Henrietta Dax vous accueillera dans sa librairie où l’on découvrira des perles

Plus bas, sur la droite, Henrietta Dax vous accueillera dans sa librairie une des rares qui n’appartienne pas à une chaîne où l’on découvrira des perles, comme les livres de François Le Vaillant, l’explorateur français rousseauiste du XVIIIe siècle qui fit découvrir l’Afrique australe et ses habitants de toutes origines aux Européens. »

Le musée d’art contemporain africain

« Inauguré le 22 septembre, le Zeitz MOCAA (Museum of Contemporary Art Africa) est le premier grand musée d’art contemporain africain du continent.

Son architecture est aussi originale que réussie grâce à la transformation d’anciens silos à grains en une cathédrale de béton

Créé à l’initiative du milliardaire et philanthrope allemand Jochen Zeitz, l’ancien patron de Puma tombé amoureux de l’Afrique, il abrite pour l’essentiel la collection que ce dernier a réunie depuis une vingtaine d’années. Son architecture est aussi originale que réussie grâce à la transformation d’anciens silos à grains en une cathédrale de béton.

Flickr/CC/junaidrao

L’intérieur n’est pas moins remarquable, avec des centaines de peintures, sculptures, installations, photos ou vidéos puissantes d’artistes contemporains originaires de très nombreux pays africains. On signalera deux vidéos aux vertus hypnotiques: l’une du célèbre plasticien William Kentridge (More Sweetly Play the Dance) et l’autre de l’artiste kényane Wangechi Mutu (The End of Carrying All).

En ce mois de juin, pour l’anniversaire des émeutes de Soweto de 1976, se dressera devant le musée un « arbre de la liberté » de 9,5 mètres de haut, sculpture en métal de Willie Bester, qui a longtemps milité contre l’apartheid. »

Les jardins du Parlement

« Tout en bas, la cathédrale anglicane Saint-Georges. C’est là qu’en avril 1993, peu après l’assassinat du leader communiste Chris Hani, on a pu voir monseigneur Tutu se lancer dans un numéro inoubliable.

Desmond Tutu réussit, ce jour-là, à éviter de terribles émeutes

Mimant des dribles sur l’estrade, il s’écria : « On ne peut pas jouer au foot tout seul, il faut jouer collectif si on ne veut pas connaître la défaite. » Puis, après quelques petites blagues dont il a le secret, il renouvela ses appels au calme face à des manifestants prêts à en découdre et réussit, ce jour-là, à éviter de terribles émeutes.

Schalk van Zuydam/AP/SIPA

En montant à travers ce jardin peuplé d’écureuils, on longe le Parlement, on dépasse une statue de Cecil Rhodes regardant la mer, puis on atteint l’Iziko Museum, On achève la marche devant le Mount Nelson, l’hôtel le plus prestigieux de la ville.

Pendant les négociations qui mettront fin au régime de l’apartheid entre 1992 et 1994, on y croisait des dignitaires de l’ANC venus rencontrer informellement des représentants du pouvoir. »

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