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Politique

[Édito] Tchad : le calcul « intégral » d’Idriss Déby Itno

Par

Christophe Boisbouvier est journaliste à RFI et collaborateur de Jeune Afrique.

Le président du Tchad Idriss Déby Itno, le 18 janvier 2017, au palais présidentiel. © Vincent Fournier/JA

Le Tchad est désormais sous le « régime présidentiel intégral ». Que va faire Idriss Déby Itno de cette présidentialisation accrue ?

Désormais, au Tchad, tout est « intégral ». Depuis que les députés ont instauré un « régime présidentiel intégral », les fonctionnaires grévistes réclament le paiement de leur « salaire intégral », et l’économiste Succès Masra, qui vient de créer un nouveau mouvement politique, Les transformateurs, milite pour une « république de développement intégral »… Derrière cet humour à la tchadienne, il y a un évident scepticisme. Idriss Déby Itno (IDI), le chef de l’État, sait que son pays traverse une sérieuse crise. Il veut reprendre l’initiative pour convaincre.


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À l’origine de cette crise, il y a une réélection très controversée et un trou financier sans précédent. Pour l’opposition, le scrutin présidentiel d’avril 2016 est un « hold-up électoral ». Pour les syndicats, l’amputation depuis 2016 d’un tiers des revenus des fonctionnaires peut se comprendre quand le cours du baril de pétrole tombe à 50 dollars, mais pas quand il remonte à 70.

Une image de rassembleur 

Face à cette double opposition, IDI le stratège a mené une opération en deux temps. Par une attaque frontale, il a changé de Constitution et instauré une IVe République. Et par une manœuvre d’enveloppement, il a longuement reçu dans son palais le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, qui trois semaines plus tôt, pourtant, qualifiait la nouvelle Constitution de « coup d’État constitutionnel » et de « véritable crime contre le Tchad ». Par ce tête-à-tête du 17 mai, IDI s’est donné une image de rassembleur.

Tout est-il réglé pour autant ? Loin de là. Dans la nouvelle Constitution, la suppression du poste de Premier ministre fait le « buzz », mais l’affaiblissement du pouvoir législatif n’est pas une réforme secondaire. Désormais, le gouvernement n’est plus responsable devant l’Assemblée nationale, alors que le président conserve le droit de dissoudre ladite Assemblée et de légiférer par ordonnance. Le pouvoir judiciaire est aussi diminué. Le Conseil constitutionnel est remplacé par une simple chambre de la Cour suprême. La Cour des comptes également. Même après son audience du 17 mai, Saleh Kebzabo, qui ne rend pas les armes, continue de dénoncer « un pouvoir de plus en plus personnel et omnipotent ».


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Que va faire le chef de l’État de ce « pouvoir intégral » ? Récemment, il a eu cette phrase : « Je reconnais volontiers que de nombreuses personnes ont bâti des fortunes importantes grâce à la corruption. » Preuve que les déclarations de patrimoine auxquelles sont soumis les ministres et directeurs de société n’ont pas grande valeur. Les élections législatives auront-elles vraiment lieu en novembre ? Si les fonctionnaires ne recouvrent pas leurs primes et indemnités avant décembre, IDI aura sans doute intérêt à reporter le scrutin à 2019. C’est à l’occasion de ce vote qu’on verra si la IVe République inaugure ou non la transparence électorale.

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