Transports

Loic Amado, directeur général d’Uber en Afrique de l’Est : « Nous voulons construire avec les gouvernements la smart city du futur »

Loic Amado, directeur général d'Uber en Afrique de l'Est © Capture d’écran Youtube/K24TV

Concurrence, expansion territoriale, élargissement de l’offre… Pour Jeune Afrique, le dirigeant passe au crible la méthode et les ambitions du géant californien.

Uber compte actuellement près de 2 millions d’utilisateurs actifs et 29 000 chauffeurs sur le continent africain, principalement en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigeria. La plateforme, qui n’opère pour l’instant qu’en Afrique anglophone, veut aujourd’hui œuvrer à la diminution de la pollution et de la congestion urbaine.

Loic Amado, directeur général d’Uber en Afrique de l’Est, présente la stratégie de l’entreprise dans la région. Le service de VTC lance Uber Movement au Kenya, une plateforme publique de partage de ses données, et vise de nouveaux marchés.

Jeune Afrique : Aujourd’hui, que représente le marché est-africain pour Uber ?

Loic Amado : Nous sommes arrivés dans la région en 2016 avec une réponse enthousiaste de la part des conducteurs et des usagers. Nous avons aujourd’hui 7 000 conducteurs enregistrés sur l’application et un demi-million d’utilisateurs actifs entre Nairobi, Mombasa, Dar es-Salaam et Kampala, et la région présente aujourd’hui de grandes opportunités d’expansion.

Lesquelles ?

Nous envisageons de nous installer là où la demande est forte. Il y a beaucoup d’intérêt pour l’application à Kigali, mais aussi à Addis-Abeba, qui est très intéressante pour nous, tout comme Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Je pense que l’Afrique est l’un de nos marchés les plus prometteurs en matière de croissance

Nous pensons aussi à de nouvelles villes dans des pays où nous sommes déjà implantés, comme Eldoret et Kisumu au Kenya, ou Mwanza en Tanzanie. Personnellement, je pense que l’Afrique est l’un de nos marchés les plus prometteurs en matière de croissance.

Uber

Cependant, la compétition s’accentue avec l’arrivée sur le marché de l’application Little Cab du kényan Safaricom et de l’estonien Taxify. Depuis, beaucoup dénoncent une guerre des prix dont les chauffeurs pâtissent. Quelles mesures prenez-vous pour les conducteurs ?

La compétition est positive. Elle nous pousse à trouver de nouveaux moyens pour attirer davantage de clients. Après avoir procédé à des changements de prix l’année dernière, nous nous sommes rendu compte que l’Afrique de l’Est, et plus particulièrement Nairobi, sont des marchés très sensibles aux prix.


>>> À LIRE – Face à la concurrence, Uber peut-il s’implanter en Afrique ?


Nous avons donc tenté de trouver un moyen de baisser les tarifs pour les clients, tout en maintenant et même en améliorant les revenus des conducteurs. C’est ainsi qu’est né Uber Chap Chap (service low cost lancé en février), qui est le fruit d’un partenariat avec Suzuki, CMC et Stanbic Bank.

Certains conducteurs peuvent bénéficier d’un financement à 100 % et ainsi devenir propriétaires de leur véhicule

Nous importons d’Inde des Suzuki Alto qui sont très peu gourmandes en carburant avec un coût d’entretien très réduit. En présentant leurs évaluations et leur historique de courses, certains conducteurs peuvent bénéficier d’un financement à 100 % de ces voitures de la part de Stanbic Bank et ainsi devenir propriétaires de leur véhicule.

Uber a récemment suspendu ses activités au Maroc, invoquant « un manque de clarté » dans la régulation de ce type d’application dans le pays. Comment entendez-vous gérer les problèmes de régulation dans la région ainsi que vos relations avec les autorités ?

Nous voulons nous rapprocher des gouvernements afin d’explorer avec eux la construction des smart cities du futur. C’est l’un de nos projets majeurs. Aujourd’hui, nous lançons Uber Movement au Kenya, une plateforme sur laquelle nous publierons les millions de données que nous récoltons chaque jour à partir des trajets des conducteurs et des clients.

Nous voulons également travailler avec les gouvernements en assurant un meilleur respect des normes sur le marché

Les autorités municipales et les urbanistes pourront utiliser et mettre à profit ces données pour identifier et évaluer des besoins, mais aussi attribuer des financements à des infrastructures de manière optimale. Nairobi est maintenant l’une des 21 villes où Uber Movement a été lancé.

Actuellement, vous ne pourrez y voir que les temps de trajet, mais nous allons dans les mois qui viennent ajouter progressivement des données. Nous voulons également travailler avec les gouvernements en assurant un meilleur respect des normes sur le marché.

Comme en Ouganda, pays dans lequel à peine 4 % des conducteurs ont un permis de conduire et où nous avons lancé un service de motos-taxis. Il s’agit d’accompagner ces conducteurs vers un respect des normes.

Comment voyez-vous la smart city du futur en Afrique de l’Est ?

Outre le partage des données, il y a la décongestion. Nairobi, Kampala et Dar es-Salaam présentent toutes des problèmes de circulation. Il faut nous diriger vers une multiplication des trajets partagés.


>>> À LIRE – Ce que les embouteillages nous disent du futur de l’Afrique


Je pense que dans le secteur de la livraison de repas, il y a une vraie chance à saisir dans la capitale kényane

Allez-vous lancer de nouveaux produits dans la région ?

Nous venons de lancer Uber Eats à Nairobi. Nous voulons aller plus loin que le transport de personnes et entrer dans le marché de la livraison de repas. Et je pense que dans ce secteur il y a une vraie chance à saisir dans la capitale kényane.

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